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Full text of "Memoires de la Societé royale des sciences, et belles lettres de Nancy. Tome premier quatrieme"

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MEMOIRES 

DELA 

SOCIÉTÉ ROYALE 

DES SCIENCES, 
.ET BELLES-LETTRES 

DE NANCY 

• i| 

TOM B PREMIER. 


\ • ' ' ' ■ 

\ 

\ 

A NANCY, 

* A n t o i n e , Imprimeur 
Ordinaire du Roi , de la Société Royale 
& de l’Hôtel de Ville. * J 





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i 

I 

I DISCOURS 

PRÉLIMINAIRE. 

T* plus Grands Rois fi fine 
toujours fait un plai/ir , fai 
piejque dit j un devoir de protéger 
les Arts & les Sciences . Ce goût aujfi 
rare que les vertus qui Cinfpirent , 
ou quil fait 'naître , na rien qui 
doive nous étonner, ^ui peut douter 
qu il ri y ait un rapport mutuel en- 
tre les divers talent de tefprit & 

J du cœur t dès qu'ils ont acquis la 

| 

I 

î * * 

, 

■ ■ 



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DI SCO U RS 

perfection qui leur efi propre ? Soit 
par des traits de refiemblance , Joit 
par un infiinCl Jècret , chaque efpéce de 
mérite , té fi fofiis parler ainfi, cha- 
que Beau fi connaît, s éfiime té fie re- 
cherches ainfi , plus une ame a de no- 
ble fie té de magnanimité , plus elle efi ■ 
portée à favori fir les Arts, quelle fiait 
propres à former ou à nourrir dans les 
cœurs ces qualités fublimes. 

Ce nefi pas ici le lieu de nous éle- 
Ver contre le faux brillant d'un para- 
doxe qu on s 3 efi efforcé et accréditer de 
nos jours . Il efi décidé depuis long-tems 
que l'étude des Sciences té des Arts 


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PRELIMINAIRE . 
ne firt pas moins à régler le cœur qu'a 
éclairer l'efprit. Onfçaitqu il ri appar- 
tient qri aux Lettres de donner aux 
grands fentimens la gloire qu'ils mé- 
ritent. Jéhiel qu en Joit le prix, il leur 
faut un éclat qui réveille l'émulation 
il) l'engage à les reproduire s ^ en cela, 

du moins , les lettres contribuent au 

% 

bonheur de l'humanité. De -là vient 

i 

aujji que l'immortalité que les grands 
Princes afurent aux beaux Arts, ils 
fila préparent à eux-mêmes, qu'il 
efl rare que par des éloges qui doivent 
durer toujours , ces Princes ri acquié- 
rent autant A éclat , qu'ils en ménagent 


4 


DISCOURS 

aux beaux Arts far l' avancement 
quils leur frocurent . 

A ce goût naturel des Grands Rois 
pourl’efprittéle fç avoir, fè joint ordi- 
nairement un fentiment aujji louable, 
il ne{l aucun d'eux qui ne regarde les 
Lettres comme un bien néceffaire à 
leurs Etats s té la Politique autant 
que leur penchant les engage a rappro- 
cher de leur Trône ceux qui les culti- 
vent avec fhccès . Ils ne connoif- 
fent que les Lettres capables d’épurer , 
et adoucir les mœurs de leurs Sujets , de 
les rendre plus fages , plus fournis , plus ' 
tranquilles. Cefl ainfi que penfoient 


PRELIMINAIRE, 
tes Augufle 9 les Trajan 3 les Marc- • 
Auréle 3 les François I, les Louis XI K 
Cefi ainfî que penfa toujours notre 
Augufle Fondateur > le Roi de Pologne , 
' STANISLAS I. Né dans un 
Pays où les Arts furent toujours né- 
gliges , parce qu’on rij connoît d'au- 
tre gloire y que celle de le défendre 
de le gouverner , Stanislas 
ne laijfa pas d’y être occupé dés fis 
plus jeunes ans à l’étude des Lettres. 
Dès-lors parut en lui cette vivacité 
fine piquante , cette intelligence 
prompte facile > cette fleur d’efirit 
qu il a toujours confirmée depuis , 


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DISCO UKS 
qutl ri employa jamais quà orner U 
mi fin, dont Us grâces mêmes ont fi 
fiuvent b e fi in d'être embellies. 

Porté, comme malgré lui , fiur le Trône 
de fit Nation , quil eut cru acheter 
trop cher par un fimple défir ,il ne put 
s. y fiutenir que par les Armes. Corn*- 
pagnon ajfidu d'un Prince , dont lu*- 
nique pajfion ctoit. de combattre té de 
Vaincre, il défit avec lui prejque au- 
tant de Peuples quil parcourut de 
climats. Mais lun té l'autre devin - 

• A 

rcnt malheureux par leurs fiiccês-mê - 
mes ; ils fi firent des Difiiples fians le 
Vouloir. Ils apprirent leur Art d des 


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F 


PRELIMINAIRE. 
Hommes 3 qui par une brutale indiffé- 
rence pour la gloire de leur Nation té 
pour leur vie même 3 ni apportaient au 
combat qu une immobile intrépidité , 
quils prenoient pour de la hardiejjé 3 
té qui eût pourtant ébranlé tout autre 
courage 3 que celui de leurs Vainqueurs . 
Bien-tot ces mêmes Hommes 3 toujours 
réduits au feul honneur dê une réfiflan - 
ce inutile 3 fi crurent afié s dt expérience 
pour attaquer s té leurs coups d’ejfai 
furent dl autant plus heureux , que leur 

apprentijjage avoit été plus long té plus \ 

< 

Ce changement de fortune coût a - le 



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• r~yr *rsr 9 



DISCOURS 
trône à Stanislas s mais il ne lui 
(oüt a aucune 'vertu . Dans une retraite 
paifïble , ou content de lui - même 3 il 
eut pu vivre heureux parle fiul repos, 
il reprit le goût des Lettres , il 
éprouva quen acquérant de nouvelles 
connoiffances 3 on acquiert de nouvelles 
fiurces de plaijir. Son bonheur devint 
? ouvrage de Ja raifin. Il oublia fis 
difgraces. Il eut cru Us mériter en fi 
Us rappellant. 

Ce fut dans le doux loifîr de fa fi- 
litude ^ qu il compofa cet * Ouvrage , 
fi bien accueilli de nos jours , où déplo~ 
* La Voix libre du Citoyen.- 


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PRELIMINAIRE, . 
aant les malheurs de fa Patrie , il lut 
expofi ■ les réglés d'un Gouvernement 
plus heureux. Etonné plus que jamais 
d'y voir régner en commun des gens 
à qui la nature n'a point refusé de 
talens s mais qui du privilège de 
leur naifiance fe font un devoir de ne 
les point cultiver: Il fi plaint quune 
Valeur impétueufi leur tienne lieu de 
tout /avoir d la Guerres té que dans 
la Politique un violent amour de la 
liberté leur paroiffe préférable ,fiuvent 
d la rai fin, prefque toujours d 1 expé- 
rience. U n'ignorok point que ces dé- 
fauts rapprochoient les Polonois des 


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« 


DISCOURS 

premiers Romains 3 qui ot oient la bride 
d leurs chevaux pour courir Jur l'en- 
nemi avec plus de Vitejfi 3 qui ne 
craignoient point de confier leur Capito- 
le leur sûreté aux cris incertains de 
quelques oifiaux domefiiques s mais < 
cette rejfiemblanceparoijjoit d Stanislas 
moins glorieufi > que préjudiciable d Ja 
Nation s ffi il ne défijpéroit pas* de la 
rendre aujfi heureufi par fis eonfiils , 
quelle méritoit de l être par les tendres- 
regrets quelle confirvoit toujours de 
fa perte , 

Les fient imens qu il avoit pour elle, y 
il les avoit pour tous les hommes • en 


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PRELIMINAIRE, 
général. Toujours occupé dans fa re- 
traite , mais occupé en Roi, il ne r ap- 
portait fis réflexions té fis études qu'au 

dnen commun de I humanité. Ainfî le 

)} 

Soleil , quoique caché feus un nuage , 
ne ceffe point d'être lame de l’Uni- 
vers, té lui fait part de fit chaleur , 
s'il ne peut répandre fur lui tout l'é- 
■clat de fa lumière . 

Pour arracher le Roi de Pologne a 
de s Ouvrage s, dont la bonté de fin ca- 
ractère lui faifeit prefque un devoir, 
il fallut que la France fi chargeât , 
pour ainfi dire , d'avoir des vues té de 
I ambition pour lui. Elles n eurent que 

« 

• • 


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4 


DIS: COURS 
le fuccès qu'il dêfiroit peut-être s U 

Lorralne 3 en perdant les meilleurs des 
"Princes 3 seflima trop beureufe de fi 
yoir gouvernée par le plus fige té le 
plus bienfaifant des Rois. 

Son premier fiw fut de faire des 
Heureux. Il ne connoiffoit que ce feul 
moyen de le devenir lui-même. Il crut 
recevoir tout ce quil donnait 3 té pro- 
fiter le premier de toutes fis grâces. Les 
Lettres ne tardèrent pas à fi reffèntir 
du tendre amour quil eut toujours pour 
elles. Il voyoit les talens éclore autour 
de lui de toutes parts 3 té ne demander 

i 

qu un peu plus de douleur té de vie. 

* 

I 

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PRELIMINAIRE. 

Sur dans le choix des moyens y (d 
depuis long-tems accoutumé à joindre 
à la jufiejfide fis 'vues la promptitude 
de t execution y le Roi de Pologne eut 
d peine apperçu ces fonds eftimables * 
quil n oublia rien pour les mettre en 
yaleur. Ce fut dans ce dejfein qu il fit 
un établijfement digne de fa magnifi- 
cence , id F un des plus propres à aug- 
menter la gloire le bonheur de fis 
Sujets. On en y erra le détail dans 
F Hiftoire qui y a fiuiyre. Elle fi fait un 
deyoir d? en configner la mémoire à la 
fofiérité . 



I 


V 



HISTOIRE 

DE L’ACADEMIE 

DES SCIENCES, 

E . 


ET BELLES-LETTRES 

DE NANCY. 


'Établissement, dont nous 
allons parler-, eut cela de particulier 
qu’il en rcnfermoit véritablement 
rrois à Iq fois. Sa Majesté voulant d’abord 
fournira fes Sujets les moyens d’affermir, ou 
d’e'purer leur goût pour les Sciences , com- 
mença par fonder une Bibliothèque, où il leur 
Tome I. A 



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/ 4 - 

1 

fcroir permis d’aller puifer des lumières dans 
tous les divers genrfcs de Littérature aufquels 
ils voudroient s’appliquer. Venant enfuite à 
fe rappeller les dégoûts prefque inféparables 
d’une étude pénible, & Tachant que l’amour 
de la gloire eft lame des travaux , Elle excita 
cet amour par des récompenfcs, & les propofir 
telles, que l'intérêt lui-même pût contribuer 
à les faire mériter. Que n’eut-elle pas imaginé 
pour ne pas rendre fes bienfaits inutiles? Ju- 
geant enfin néccfïàire de diriger les Athléccs 
dans la carrière qu’ils auroient l’ambition de 
fournir. Sa Majesté choifit des Hom- 
mes capables par leurs leçons autant que par 
leurs exemples , de leur marquer la route 
qu’ils dévoient tenir & de rendre juftice aux 
Vainqueurs , fans décourager ceux dont les 
efforts auroient du moins réüfii à balancer 
leur fuffrages» Voici l’Edit qui fut donné £ 
ce fujet. 


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edit du roi 

Du 2.8. Décembre 1750. 

S TANISLAS, par la grâce de Dieu, 
Roi de Pologne, Grand Duc de Lithua- 
nie , Ruffie , Prufle , Mazovie , Samogitic , 
Kiovie, Volhinie, Podolie, Podlachic, Livo- 
nie , Smolensko , Sévérie , Czernichovie , Duc 
de Lorraine & de Bar, Marquis de Pont- à - 
Mouflon & de Nommcni , Comte de Vaudé- 
mont, de Blamont, de Sarwerden ôc de Salm. 
A tous prefens & avenir. Salut. Rien ne 
contribuant plus efficacement à procurer aux 
Hommes des avantages folides, que de les 
mettre à portée de cultiver les Sciences , les 
Lettres & les Arts , en augmentant par ce 
moyen leurs connoiflànces & diminuant leurs 
befoins , Nous avons /ort à cœur de fournir 

Ai) 


4 


à nos Sujets les fêcours nécefïàires pour par-^ 
venir à une fin fi défirabl^, Toit p?r la for- 
mation d’üne Bibliothèque publique, où cha- 
cun pourra puifer de quoi fe perfectionner 
dans le genre d’étude qu’il aura embraflfô , foit 
par une fondation.de prix annuels, à diftri- 
buer aux pièces qui en feront jugées dignes, 
par des Cenfeurs nommés à cet effet, ce qui. 
Nous mettra en état de connoître,diftinguer 
& récompenfer le génie, le goût & les talcns,. 
qu’aucun motif d’émulation n’avoit jufqu’à, 
préfent excités , dans une Nation dont les , 
avantages font notre unique objet, & qui a, 
marqué dans tous les tems les plus heureufes 
difpofitions à cet égard, préférant cet établit- • 
fement à celui d’une Académie » qui ne peut, 
être utilement compofée que. de Sujets déjà » 
en réputation par des Ouvrages qui auroienc. 
mérité l’approbation du Public. A ces Causes., 



î ; 

Nous, de notre pleine puifïànce & autorité 
Royale , avons dit, ftatué & ordonné , difons, 
ftatuons, ordonnons, voulons, entendons &, 
Nous plaît ce qui fuit : 

A'rY’ïcie Premier. 
ïi fera incelîàmmcnt difpofé un emplace-' 
ment fufïifant,àl’Hôtel de l’Intendance, dans 
notre bonne Ville de Nancy , pour contenir en’ 
ordre , tant les Livres & Manulcritsdont Nous ' 

ferons faire inceflàmment l’achat , & qui com* • 

» 

mcnceront le fonds de ladite Bibliothèque , 
que ceux que nos Sujets zélés pour le progrès 
des Sciences , des Lettres & des Arts, vou- 
dront y joindre à l’avenir par Donations, TeC- 
tamens ou autrement. 

r i. 

L adi te Bibliothèque fera à perpétuité lous 
la dire&ion d’un notre Bibliothécaire , par 
Nous nommé , aux gages que Nous lui régie- 


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« c 

rons, & aura notredit Bibliothécaire un Sous- 
Bibliothécaire , aux gages qui feront aullî par 
Nous arretés. 

I I I. 

Sera ladite Bibliothèque ouverte tous les 
jours , depuis les huit heures du matin jufqu’à 
onze > & depuis une heure après midi jufqu’à 
quatre , hormis les jours de Dimanches & Fê- 
tes, la quinzaine de Pâques & la huitaine de 
Noël. 

I V. 

Le fonds de ladite Bibliothèque fera aug- 
menté chaque année , jufqu’à la concurrence 

t . 

de la fomme de trois mille livres de France , 
qui feront employées en achats de Livres & 
Manufcrits, & ladite augmentation fera inf- 
crite à mefure dans le Catalogue général de 
ladite Bibliothèque. 

V. 

. / 

Si quelqu’un pour raifbn d’incommodité, 


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7 

ou d’une plus grande afliduité à l’étude, vou- 
fôit faire ufôge chez lui de quelques Livres ou 
Manufcrits de ladite Bibliothèque, il fera per» 
mis à notre Bibliothécaire de les lui prêter , 
en prenant par lui toutes les lurctés néceflai- 
res , pour que ces Livres ou Manufcrits ne s’é- 
garent point, 8c que la Bibliothèque Ce trou- 
ve complettc au bout de chaque année, dans 
la vifite qui en fera faire. 

V I. 

Il fera diftribué chaque année deux Prix 
de lîx cent liyres de France chacun , l’un à un 
Ouvrage de Sciences, l’autre à un Ouvrage de 
Littérature , ou Arts , compofés *par nofdit» 
Sujets feulement, fur telles matières relatives 
aufdites Sciences, Littérature & Arts qu’ilsju- 
geront à propos, félon leur goût, pourvu 
qu’elles foient d’une utilité évidente. 


t 

VIL 

Et pour l'examen débits Ouvrages , avor» 
trcé & créons par le préfent Edit , à perpétui- * 
ré , quatre Cenfeurs Royaux, aux gages qui 
leur feront par Nous ordonnés , lefquels con- 
jointement avecnotrcdit Bibliothécaire , ‘qui 
formera le cinquième , y vaqueront pendant 
les mois d’Oétobre» Novembre Si Décembre 
de chaque année , Si décideront aufquels dcf- 
dits Ouvrages iefdirs prix devront être adju- 
gés, dont il Nous fera cependant rendu comp- 
te préalablement? 

V II I. 

Lesdits Cenfeurs tiendront leurs A/Tern-- 
hlces à la Bibliothèque , aux jours & heu- 
res dont ils conviendront entr’eux, non-feu- 
lement durant les trois mois qu’ils employé- 
ront à examiner lcfdits Ouvrages, mais pen- 
dant tout le cours de l’année j notre intention 

étant- 


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9 

étant.qu’outre ledit examen ils travaillent «nx- 
memes, joignent leurs Ouvrages à ceux qui 
auront remporté le prix, & qu’ils les donnent 
au Public à la Hn de chaque année, avec l’ap* 
probation ordinaire. 

I X. 

N o sd it s Sujets qui auront travaillé pouf 
obtenir des Prix , feront tenus de remettre 
leurs Ouvrages avant le premier O&obrc de 
chacune année, à notredit Bibliothécaire, qui 
tiendra lieu de Sécrétairc parmi Icfdits Ccn- 
feurs , dont il leur donnera récépiflê , 6c feront 
lcfdits Ouvrages foule rits d’une dévife ou fèa- 
tence à l’ordinaire, fans nom d’ Auteur, à pei- 
ne detre rejettés du Concours. 

X. 

C eux qui auront remporté deux fois Tua 
des Prix, auront droit dans la fuite d’aflifter, 
comme Juges, aux AfTemblées dcfdits Cen- 
Tomt 1. B 


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ïS 

leurs, aufquels Nous attribuons le pouvoir# 
la liberté de remplacer ceux d’enrr’eux qui 
viendront à manquer 5 comme auffi , après ne- 
tte dccès, la distribution des Prix, la difpolî- 
tion de ladite Bibliothèque publique, de l’a- 
chat des Livres , dont elle fera augmentée 
chaque année. 

Sj donnons ïn Mandement à nos 
aroés & féaux les Prélîdens , Confeillers 8c 
Gens tenans notre Cour Souveraine de Lor- 
raine & Barrois, que les Prélcntcs ils fàflènt 
lire, publier, régiftrer & afficher par-tout oà 
bafoin fera , pour être exécutées félon leur for- 
me & teneur , fans permettre ni fouffrir qu’il 
y foit contrevenu dire&emcnt ni indirecte- 
ment ; Car ainsi Nous plaît. £nfoi 
de quoi Nous avons aux Préfentes , lignées de 
notre main, & contre-lignées par l’un de nos 
Confeillers-Sécrétairesd’Etat,Coinmandemcn$ 


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I 


fl 

& Finances , fait mettre 6 c appencîre notre 
grand Scel. D on n é en notre Ville de Luné* 
fille le a 8. Décembre 1750. 

STANISLAS ROY. 

Vit au Confeil > C H AUMONT. 

Par le Roy,Ro iio x. 

Y ^ Côur adonné 'Atte delà letturaÿ publia 
Catien cbt prefent Edit ; oüi& ce requérant 
le Procureur-Général ; ordonné qu'il fera fuivi 
exécuté félon fa forme Çf teneur , & régiSbré 
en fes Greffes, pour y avoir recourt le cm échéant ; 
qu'à fa diligence , copies duement collationnées 
dudit prefent Edit , feront envoyées dans tout les 
Bailliages £? autres Sièges refortiffuns uniment 
à la Cour, pour y être p ar cillement- lit , publié » 
re’giflré , fuivi & exécuté ; enjoint aux Substi- 
tuts des lieux de tenir la main à fon exécution » 
& d'en certifier U Cour au mois. Fait à Nancy, 

Bij 


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en U grande Salle du Palais , Audience publique 
tenante le 31. Décembre 1750. 

Du Rovvrois. 

Et plus bas , F. Lacroix, Greffier. 

En lifant cet Edit on aura remarqué , fans 
doute, que le dcfTeindu Roi de Pologne n’é- 
toit pas abfolument de fonder une Académie > 
& qu’il ne prétcqdoic qu’établir une efpéce de 
Tribunal, où fous le nom de Cenfeurs, de* 
Juges éclairés, tels que les Agonothétcs, qui 
préfidoient aux Jeux facrés de la Grèce, déci- 
deraient du mérite des Combattans , Ôc diftri- 
bueroicnr les Prix à ceux qu’ils en auroicnt 
jugés les plus dignes. 

* Les Cenfeurs nommés, furent M. Thibault, 
Lieutenant-Général du Bailliage de Nancy $ 
■M. de Tervenus, Chanoine de l’Eglife Prima- 
tiale > le P. Demcnoux, Jéfuitc, Supérieur des 
•Millions Royales i M, Gautier , Chanoine Ré- 

• N 


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*5 

guRer*, & cft qualité de Bibliothécaire, M. de ' 
Solignac , Sécrétaire du Cabinet 5c des Corn- 
mandemens de S a Majesté Polonoife. 

1 1 ctoit difficile de ne pas admirer la fim- 
plicicé de ce projet. Elle feule pouvoir en ga*- 
rantir le faccès 5c la durée v 5c comme les mar 
chines où il n’entre que le moins de reflorts 
qu’il cft poffible, manquent rarement de pro- 
duire i’eftét qu’on en attend , on avoit lieu 
d’cfpércr , qu’exempt de trouble 5c de confit* 
fion,le petit nombre de Cenfeurs concoure* 
toit à l’envi à remplir les fondions qui lui 
étaient imposées. * - - 

Quels que fuftent cependant les avanta- 
ges d’une union Ci précieufc & prcfquc infail- 
lible, le Projet, dont il s’agit, fut altéré dès 
fa naifïànce; 5c s’il n’en devint plus folide, il 
commença du moins à s’annoncer dès -lors 
avec plus d’éclat. Le Comte de Trçflkn ÔC 


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i4 

ÏEvêque de Troyes qui fe trouvoient en ce* 
momens à la Cour de Lunéville , furent û- 
lavis de l’établiflcment d’une Société , dont on 
Be connoifToit point encore de modèle , qu’il» 
demandèrent avec empreflèment d’y être ad- 
mis. Leur goût pour les Sciences & les beaux 
Arts follicitoit en leur faveur. L’un étoit Mem- 
bre de trois Académies les plas fameufes de 
PEurope; l’autre venoit d’étaler à la Cour, du- 
rant un A vent, tout ce que l’éloquence a de 
plus énergique quand elle entreprend de prouv 
ter les fublimcs vérités de la Religion. 

Deux Sujets fi capables de contribuer aut- 
YÛës de S a Majesté ne rifquoicnt point 
de lui offrir des vœux inutiles* Ainfi le Projer 
pour l’avancement des Lettres , vit a peine le 
jour , qu’il changea de forme. Le nombre des 
Cenfears fut augmenté:, & il fut aifé de pré- 
voir, que 1© Tribunal prêt à ctte établi,, ne ear- 


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V 

dcroit pas i s’ériger en Académie , que les 
fondions des Cenfeurs devenant communes à 
chacun de ceux qu’on y reccvroir, le nom mê- 
me de Cenfcur s’aboliroitdans la fuites 8c que 
plutôt même qu’on ne l’auroirpenfé, ceux qui 
dès le premier érablilfemcnt avdîent eu ce titre, 
ne conlcrveroicnt plus rien qui les diftinguàt 
des autres Membres de la Société. 

Cet augure étoif d’autant mieux fonde , 
que du moment que M. l’Evêque de Troyes 
& M. de Trefïàn eurent etc agréer par S a 
Majesté, M. de Ch oifeul,- Primat de Lor- 
raine & grand Aumônier du Roi, fe Tentant 
animé parleur fuccès , crut devoir faire céder 
famodeftie au dé/ir d’employer auflî utilement 
les ralens. Il ne penfoit pas qu’il offroir à la 
nouvelle Société quelque chofe encore de plus 
eftimable, je veux dire , cet elprit de fagelîc 
& d’union , de douceur 8c de politcfle, qui 


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rS 

donne Iesconfcils (ans préfomption , les reçoit 
avec déférence, loue les vrais fuccès avec plai- 
fir , & craint de déprimer les efforts même 
inutiles. 

Des qualités fi précicu fes & qui font le plus 
ferme appui des Sociétés Littéraires, Ce rrou- 
Voicnt fi conformes à la façon de peirfer du 
Roi, qu’elles l’auroient engagé à recevoir dans 
fon Académie tous ceux en qui elles Ce trou- 
voient jointes aux dons de l’cfprir. Ce fut auffi 
ce qui lui fit accepter les vœux de M. d’He- 
guerty, ancien Commandant de l’Ifle de Bour- 
bon. Sa Majesté connoiffoir d’ailleurs fon 
zélé pour le progrès des Arts. Il avoit depuis 
peu drefîé le plan d’une Société favante*, & ce 
plan qu’il avoit eu l’honneur d’offrir au Roi, 
avoir hâté, pour ainfi dire,da naiflànce de celle 
que Sa Majesté projettoit depuis long- 


tems^ 


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*7 

I/Ac croisse ment que celle-ci vendît 
de prendre avoit befoin de Réglemensr nou- 
veaux. Le Roi lui donna ceux qui- fiiivenr ; 
Nous les rranferivons ici tels qu’ils furent tra* 
ces par la plume même de S a M a j est*. 
Nous rr avons garde d’en fijpprimer aucun ar- 
ticle, ni d’en altérer la moindre expreflîon. 


INSTRUCTION 

PARTICULIERE, 

«i 

Sur ce que doivent obferver les Cenfèurs 
far Nous établis , en conséquence de 
notre Edit du 2.8 e » jour de Décembre 
175°. 

S I c’cft un bien d'exciter les Génies d Ce 
produire , il n’eft pas moins dangereux de 
les expofee à fc faire connoîtrc. L’approbation 


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1 $ 

du Public qui fait un objet Iégitimfc de leur 
travail, n’en eftpas toujours une récompenfc' 
allurée ; & les moyens dont on Ce 1ère pour 
réveiller l’émulation des Hommes , fe tournent 
quelquefois contre eux-mêmes. 

T elle feroit l’inquiétude que nous caufe-^ 
roit l’établiflement que nous venons de faire 
fi nous" ne conr.oilfions aiilfi parfaitement le 
goût de nos Sujets pour les Sciences , le défi? 
qu’ils ont de l’exercer ; & fi nous n’étions per- 
fuadés que les Cenfeurs par Nous nommés, 
en s’appliquant à couronner avec équité le 

». v 

mérite des autres , ne négligeront rien de tout 

• t 

te qui peut contribuer à leur propre gloire,- 
de mettre leurs Ouvrages à l’abri de la ccnlurc 
publique. 

Deux feuls objets doivent donc captiver 
route l’application deldits Cenfeurs. i°. Les 
Ouvrages qui leur feront préfenrés» Ils le* 


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examineront avec foin , les dilateront avec 
attention, & décideront de leur fort avec juf- 
tice. i°. Les fruits de leurs propres travaux î 
ils fe jugeront eux- mêmes avec une févérité 
judicieufe>& ils fe défieront toujours de cette 
prévention naturelle , dont la préforhption eft 
le principe, & qui couvre ou qui déguifeaur 
yeux d’un Auteur les imperfections de fon Ou* 
yrage , fins les réformer. 

C’e.st pour remédier aux abus qui pour- 
raient s’introduire à l’aycnir , que nous faifons 
le préfent Réglement > & notre intention eft, 
que les Cenfcurs aCfcuels, tant ceux qui font 
fondés, que les Honoraires, & ceux qui pour- 
raient être nommés par la fuite , ayent à s’y 
conformer exactement;- 

Article Premier. 

Qu o i qu e par notre Edit ci-deftus datté , 
tes- Lorrains foient les feuls qui puiffent pré- 


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*0 

tendre aux Prix par Notfs fondés, Nous efpé- 
rons que les étrangers, entrant dans nos vues, 
& plus jaloux du fuccès que de la récompen- 
fc que nous y attachons pour nos Sujets , con- 
courreront avec nous par leurs Ouvrages i 
faire fleurir les Sciences, les Belles- Lettres & 
lés Arts dans une Province dont la gloire doit 
les intérefler. C’cft dans - cette confiance qu'c 
Nous voulons que chacun defdits étrangers 
qui aura réuni trois fois en fa faveur , par trois 
Ouvrages différens & alternatifs fur les Scien- 
ces & fur les Belles-Lettres , les fuflrages des 
Cenfeursvfoit lui-même aflocié auldits Cen* 
leurs en qualité d’H o n orairc ; ce que IcSécrô» 
taire aura loin de lui faire fçavoir. 

I L 

CoMMion laiflè à chacun la liberté de tra- 
vailler fur tel genre de Sciences , Belles-Lettres 
& Arts qu’il voudra , il cft jndilpen fable que 

I». t 


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les Cen&urs , fur des matières dont ils ne font 
point profeffion & dont ils n’ont point de par- 
faite connoiflànce, telles que font la Médecine, 
l’Anatomie , la Botanique , la Chymie , les Mi- 
néraux, le Commerce ,1’Occonomie, & tout 
çe qui peut être avantageux au Pays, il eft, 
difons-nous , indilpenfable , qu’ils confultent 
des Gens experts dans ces fortes de Sciences 8c 
Arts*, &afin que dans ces cas le Public ne puif- 
(c point accufor lefdits Çcnfeurs de s’en être 
rapportés à leurs propres lumières dans le ju- 
gement qu’ils auront rendu. Nous voulons, 
que l’avis des perfonnes confultées » foit à la 
fuite de l’Ouvrage qui aura remporté le prix, 
ï I I. 

Les Cenfeurs , dans l’examen des Ouvra- 
ges, auront une extrême attention à la diver- 
sité des génies. Il y en a qui ont le talent de 
foduirc fuis rien prouver, d’autres cnfanccac 



11 


,des idées aflfez heureufcs & ne fçavent point 
les mettre au jour. D’autres trop vifs ou trop 
pleins de leur fujet, s'embrouillent & s’expri- 
ment lï confufement, qu’ils ne paroi/ïènt pas 
s’entendre eux-mêmes. Il fera de la prudence 
& du zélé des Cenfeurs» de recueillir dans ces 
fortes d’Ouvrages ce qu’il y aura de mieux , 
de donner du folidc au brillant, de déveloper 
les idées confufes , d’éclairer & de mettre en 
ordte tout ce qui méritera leur attention. Ce 
qu’ils feront pour la perfection de ces Ouvra- 
ges ( néanmoins avec dilcrction & indulgen- 
ce pour ne pas dégoûter de l’étude ) fervira 
de leçon à ceux qui n’auront pas réüflï à les 
rendre tels qu’ils doivent être i & cette occu- 
pation fera celle des Cenfeurs durant les trois 
derniers mois de l’année. N’entendons com- 
prendre dans cet Article les Ouvrages qui au- 
ront etc préfentés , Ci ce n’eft que les Auteurs 


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*5 

ne vouluflent eux-mêmes les retoucher encore 
avant de les mettre au jour. 

I V. 

Personne ne fera admis pour être Cen- 
fcur ,s’il n’eft de la Religion Catholique , Apo- 
-ftolique & Romaine, de bonnes mœurs & 
d’une dodrine orthodoxe; & dans le cas (ce 
qu’à Dieu ne plaife ) où quelqu’un des Cenr 
feurs nommés le livrcroit à un libertinage , 
ou d’efprit ou de cœur , Nous nous réfervons, 
de notre vivant , à le punir fur la dénonciation 
qui Nous en fera faire ; & Nous voulons qu’a- 
près Nous, les Cenfeurs puiflent, à la plura- 
lité des voix , l’exclure de leur Société Littér 
raire, & nommer à (a place, s’il en occupe 
unedes cinq qui doivent toujours êtreremplics. 

V. 

Qyo iq^ue par l’Article VII. de notre Edit 
de Fondation , Nous ayons fixé le nombre des 


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2 4 

Cenfeurs à cinq pcrfonnes que Nous aurions 
gagées à cet effet. Nous avons cru que rien 
ne feroit plus capable de donner un nouveau 
lufere à notre établiflement & d’augmenter la 
confiance des Auteurs , que de joindre à la So- 
ciété par Nois formée, des Cenfeurs Hono- 
raires, dont les noms, les lumières, la capa- 
cité & l’attachement pour notre Perfonnc , ne 
peuvent que procurer un avantage réel à l’ob- 
jet que Nous nous fommes propofé s c’eft 
pourquoi Nous voulons que lefeiits Cenfeurs 
Honoraires, tant ceux que Nous ayons nom- 
més, que ceux que Nous pourrions nommer 
à l’avenir , ou qui pourront l’êcre apres Nous 
par les Cenfeurs, qui feuls auront droit de les 
choifir , jouïffènr dans les Aflcmblées aufquel- 
les ils aflifteront , des racmes droits & privi- 
lèges que les autres, faas néanmoins que leurs 
noms paroiflcnt dans les Approbations des 

Ouvrages 


i 

J 


i 


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M 

Ouvrages, lefquelles Approbations ne feront 
fi’gnées que des cinq Ccnlèurs fondé». 

v r. 

Notre intention eft aulïï , que pendant 
que les Afpirans aux Prix s’appliqueront aux 

; 

études, c’eft-à-dire, durant les neuf premiers 
mois de l’année, les Cenfeurs ne relient pas 
oi/ifs; leur commerce & leur liaifon doivent 
leur fournir alfcz de matières pour s’occuper. 

G’eft pourquoi , lins préjudicier à la liberté 
que Nous leur lailïbns par l’Article VIII. de 

notre Edit du zg. Décembre dernier , de con« 

' \ 

venir entre eux des jours & heures aufquels 

ils s’aflembleronr , Nous entendons , 

\ 

i°. Que tous les Jeudis au moins de'cha- 
que lèmaine, ils tiennent Une Àiïemblée dans 
la Salle de la Bibliothèque , & que chaque lean- 
ce lôit de deux heures j commcnçantdepuislâ 
Toullàints jufqu’à Pâques , à deux heures après 
Tome I, C 


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i 




i6 

Midi & finiflant à quatre ; & depuis Pâques?- 
jufquâ la Touflàints , commençant à trois- 
heures après raidi & finifl'ant à cinq. 

, i°. Qu’ils conviennent dans leur première 
féance de la matière que chacun voudra trai- 
ter, & que fuivanrla méthode des Académies 
de Sciences & Belles-Lettres de Paris, chaque 
Cenfeur, rour à tour, donne à examiner. fon 
Ouvrage à Tes Confrères, 

3°. Nous voulons que, pour que les Cenv 
fcurs apportent une attention particulière à 
remplir nosintentions,& qu’ils reçoivent aufli,' 
par leurs travaux, les applaadilTemensque nous 
les exhortons de mériter , il fe tienne tous les 
ans trois A/Ièmblécs publiques , Sçavoir : La 
première le huit du mois de Mai* la fécon- 
de, le vingt du mois d’Oètobre ; & la troifié- 
phclc iept du mois de Janvier ( à moins que 
«s jours ne- fuflènt empêchés par quclqpe 


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Z7 

Je te j auquel cas , la féance feroit rwnjfé au 
lendemain ) dans lefquclles Aflèmbldes des 
mois de Mai & d’Odobre , un ou deux des 
Ccnfeurs feront la lçdure des Ouvrages qu’ils 
auront faits ; & quant à l’Afl'embléç qui fc 
tiendra le fept de Janvier, on y lira feulement 
les deux Ouvrages qui auront été jugés di- 
gnes de remporter les Prix.- 

4°. Qu’au bout des neuf mois, ils ra/îèm* 
Blent tout ce qu’ils auront fait, en y joignant 
€c qu’ils auront choifi de mieux dans les Ou- 
vrages qui leur auront été pr-éfeatés,& qu’ils 
en fàflènt au bout de l’année un volume utile, 
6c qui puiflTe fair-e honneur aux Lorrains. 

5 °« Nous leur recommandons d’avoir une 
Corrcfpondance exade avec les Savans de tous 
Jes Pays, pour acquérir de nouvelles connoil- 
Jânces & être iuftruics des progrès qu’auront 
fait ailleurs lès Sciences, les Belles-Lettres* 
lés Arts* 


18 

r * 

' é°. Et afin de préferver le Tribunal Litté- 

raire , que Nous mettons fous notre protec- 
tion , de cette efpéce de guerre civile , qui n’eft , 

que trop commune parmi les Gens de Lettres, 

Nous voulons que les Cenfeurs évitent avec 
foin toutes fortes de Critiques. Si cependant 
ils Ce croyent obligés de relever les défauts de 
quelque Ouvrage , ils pourront travailler fur 
h* même matière. Si la traiter de façon que 
le Public puifiè fentir lui-même la différence, 
des deux Ouvrages. 

7 ®. Dans le Volume que les Cenfeurs don- 
neront tous les ans ils auront foin d’y rap- 
peler les différens Ouvrages que les Lorrains 
auront fait imprimer (quelque part que ce foit) 
dans le courant de l’année’, & après avoir ren- 
du- femmairement l’idée de 1 Auteur, ils ré- 
glèrent leurs éloges à fôn égard-, fur la bonté 
ëc fur l'utilité de l’Ouvrage.- 


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ÏÇf 

3°. Nous ordonnons que FOriginal de* 
préfcns Réglemens , écrits fur parchemin , li- 
gné de Nous y fcellc du Sceau de nos Armes , 
& contrefigné - par le Sieur Allior, notre Con*i 
féiller Aulique,CommiHâire Générai cte notre 
Maifon, loir déposé à- la Bibliothèque & dc« 
meure à toujours fous- la garde du Bibliothé** 
caire,. lequel Bibliothécaire aura foin d’en dé» 
livrer une copie collationnée à chacun des 
Genieurs 1 . 

Voulons en outre que lefdits Réglemens 
foient lus une fois tous les fix mois dans l’une 
des Ademblées ordinaires qui fe tiendront tous 
les Jeudis. 1 

Don ns en notre Ville de Lunéville le i 
Janvier 175*. STANISLAS ROY. 

Et ah dejfons, Ailiot. 

Peut-être aura- r- on remarqué dans 
les Réglemens qu’on vient de lire, quelque* 


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5» 

„ Articles peu conformes aux ufages ordinaires? 
des autres Sociétés ; mais rien ne marque plus 
fenfiblemcnr l’amour du Roi pour les Lettres, 
& le défir qii’il avoir de les voir fleurir dans 
fes Etats. Craignant for toutes chofes l'inac- 
tion d’une Société qu’il n’établifloit que pour 
le bien de fes Peuples, il auroit voulu , pour 
ainfi dire , la tenir toûjours dans l’obligation 
de hâter leurs progrès dans les Arts. 

On aura du moins apperçu dans ces Ré- 
glemcns-, que le Roi de Pologne confervant 
encore l’idée de ’fon premier étàbliflèmenr , 
donne le nom deCenfour aux Sujets nouvel**' 
lernent élus , & ne met d’autre différence en^ 
tre eux & les Membres de la Société déjà choi- 
fis , & dont il avoir fixé le nombre , qu’eri ap- 
pelant ceux-ci Titulaires & les autres Hono- 
raires.- Quoique nous les ayons déjà tous nom- 
Jfcés dans l’expofé que nous venons de faire,. 



I 


yk 

i 



J f 

flous jugeons à propos de le? ranger ici en trt» 
fculTàbleau. On y verra de fuite & d’un coup 
d’œil ceux dont l’Académie Ce trouva compo- 
se, le jour qu'avant toute autre AlTcmbléc, 
elle parut pour la première fois en public. 

LISTT DES CENSEURS 

IDE LA- SOCIÉTÉ ROYALE 

NOMMÉS PAR SA» MAJESTÉ. 

HONORAIRES. 

Mt le Comte de Tressan , Lieutenant' 
Général des- Armées du Roi T„ C. Com- 
mandant dans le Toulois» Barrois & Lor- 
raine-Françoife , de l’Académie RoyalrdeS 
Sciences de Paris , de la Société Royale de 
Londres & de celle de Berlin. 

M. Poire et de la Ri vi ere, Évéquede 
Tro^s , Maître de la Chapelle du Roi , 
Membre de l’Académie Royale d’ Angers.- J 


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3 * 

M. de Choiseul, Primat de Lorraine , 
Grand Aumônier du Roi.- 
M. d’H e g u e r t y /Ancien Dire&eur Géné- 
ral du Commerce , Prcfident du Confêil 
Supérieur, & Commandant pour le Roi 
T. <i. dans rifle de Bourbon. 

TITULAIRES. 

K Thibault Lieutenant - Général du 
Bailliage Royal de Nancy, Procureur Géné- 
ral du Bureau Souverain de Fénétrange. 

M. le Chevalier de Solignac, Sé+ 

- - crétaire du Cabinet & des Commandemens 
; du Roi , Sécrétaire Général de k Lorraine 
} & du Barrois, Membre de l'Académie de 
I Rome & de celle dé la Rochelle, Corres- 
pondant de l’Académie des Inscriptions & 

Ç Belles-Lettres de Paris, Bibliothécaire , Ccn- 
v fcur & Sécrétaire perpétuel de la Société- 
■ Littéraire. 


* 

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il 

M. de Tervenus, Chanoine de Ilnfigne 
Eglilè Primatiale. 

Le R. P. Demenoüx» delà Compagnie 
de J ES U S , Supérieur des Millions Roya- 
les , de l’Académie de la Rochelle & de celle 
de Rome. 

M. Gautier, Chanoine Régulier de la 
Congrégation de Notre Sauveur, Profefi- 
leur de Mathématique & d’Hiftoire des 
. Cadcts*Gentilhommes établis à Lunéville. 

C’etoient-l'a les feuls Membres de la 
Société, lorlque le Roi jugea à propos de fi- 
xer au ttoifiéme jour du mois de Février fui- 
vant,Ie jour de l’ouverture de l’Académie dans 
la Salle de l’ancien Château de Nancy , defti- 
née à la Bibliothèque publique. 

L’i n t h n t i o n de ce religieux Monarque, 
en excitant & encourageant les talens, étant 
principalement de les Faire lèrvic à la gloire 
^ Tome I. D 


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54 

du Créateur qui les donne , il crut devoir in- 
téreffer le Ciel au fuccès de Ton projet. 

Le jour deftiné à la première féancc, toute 
la Cour , route la Nobleffe de l’un & de l’au- 
tre fexc, les Magiftrats des Cours Souveraines, 
les Ordres Religieux, les Perfonncs les plus 
diftinguées de Nancy , s’étant rendus dans 
l’Eglife Primatiale, dont les Portes éroient 
gardées par un Détachement de la Garnifon , 
& l’intérieur par les Gardes du Corps du Roi, 
on célébra une Me de du Saint Elprit , chantée 
par la Mu/iquc de la Chapelle de Sa Majesté, 
M. deChoiftul Officia Pontificalemcnt, & le 
P. Demcnoux prononça un Difcours , dans 
lequel il fit voir les avantages qui reviennent 
à la Religion des différentes Fondations faites 
par le Roi de Pologne , & en particulier de 
celle de la Bibliothèque & des Prix. 

A trois heures apres midi Ce tint la féancc 


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U 

publique. L’AlTemblée fut auflx brillante que 
nombreufe. M. le Chevalier de Solignac parla 
le premier. Il étoit chargé , comme Sécrétaire 
du Cabinet & des Commandcmens de S a 
Majesté, d’annoncer de fa partie déficit» 
& le» motifs de l’établificmcnt qu’Eüc venoic 
de faire. M. Thibault répondit au nom de 
la Nation. Son Dilcours fut fuivi d’une Diflcr- 
tation de M. de Treflfan , qui tâcha d’infpircr 
l’amour du travail par le détail qu’il fit de» 
decouvertes heureufes de notre fîéclc dans les 
Sciences & les Arts. M. l’Evcque de Troyes 
fit voir enfuite quel elt le vrai goût des bons 
Ouvrages d’elprit. On verra ces Dilcours au 
commencement des Mémoires qui fuivent. 

Le ii. Février, la Société ayant tenu la 
première Aflcmblée particulière, jugea à pro* 
pos de fc donner un Directeur , qu’elle con~ 
vint de changer, ou de pouvoir changer tou» 

Dij 


les ans. Ayant procédé fur le champ par bul- 
letins à cette nomination, elle choifit unani- 
mement M. de Choifeul, Primat de Lorraine. 

Dans la même féance, il fut décidé que la 
Société prendroit déformais pour Patron St. 
STANISLAS, Evcque de Cracovie, & que 
tous les ans le 8. de Mai, elle adifterojt à une 
Melfc , qui feroit célébrée en l’EglifedesCor- 
deliers de Nancy, ain/î qu’au Panégyrique du 
Saint, qu’elle y feroit prêcher , & que l’après 
midi, fuivantles réglemens donnés par le Roi, 
elle tiendrait une AfTemblée publique. 

On réfolut aufli de faire une députation 4 
Sa Majesté, pour la remercier de leta- 
blilïèment qu’EIle avoir fait en faveur de* 
Sciencçs & des Arts , pour la fupplicr d’agréer 
les deux Articles précédens ; 8c pour lui de- 
mander un Privilège en vertu duquel il fut 
permis à la Société de faire imprimer les Ou- 


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37 

vrages quelle donneroit en Ton nom. 

Le Lundi 1 5 . Février , M. l’Evêque de Troycs 
& M. d’Héguerty, députés de la Société, sctant 
rendus au Château de Lunéville , accompagnes 
du Directeur & du Sécrétaire perpétuel de la 
Compagnie , eurent fur les trois heures aptes 
midi une audience particulière du Roi. M. l’E- 
vêque de Troyes portant la parole, dit à Sa 
- ■ Majesté: 

S I R E,’ 

» C’ist un premier hommage que 
», nous apportons aux pieds de Votre 
,» Majesté', au nom de la Société Litté- 
», raire, dont nous avons l’honneur d’être 
», Membres. Quel tribut de reconnoiüànce 
„ fut jamais plus jufte & plus légitime , que 
», celui dont nous venons nous acquitter en 
„ ce moment ! En effet, que de précieux avan* 
* rages ne donne pas lieu d’efpérer, nom- 


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■1 



I 

i 

f 

i 

i 

‘I 


38 


„ feulement pour vos Sujets, mais pour l’Eii* 
if rope entière, un établi ll'ement infpiré pat 
„ votre générofité , créé par vos foins, for- 
„ mé par vos bontés, dirigé par vos lumières, 
,, foûtenu par votre protection ? Que pour- 
„ roit-il vous relier à délirer, SIRE, pour 
„ mettre le comble à la gloire d’un projet fi 
„ utile, fi ce n’elt de trouver en nous un zélé, 
,, dont la vivacité réponde à lctenduë & à 
,, l’élévation de vos dclfeins? Interprètes de 
„ nos Confrères, Dépofitaircs de leurs fenti- 
,, mens , nous ofons , S I R E , vous alîtircr de 
„ l’attention que nous apporterons toujours 
„ àjullifter le choix dont Votre Majesté 
„ nous a honorés, & de notre emprelTemcnt 
,, à mériter de plus en plus & fes bontés Se là 
,, confiance. 

Ce Difeours fini , M. de Troyes préfenta 
au Roi un Mémoire, contenant les Articles 


[ * 

V 


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!9 

donc nous avons parlé. Le Roi reçut cette Dé- 
putation avec une extrême bonté , daigna ac- 
corder tout ce que contenoit le Mémoire , 8c 
«'entretint long-tems avec les quatre Membres 
de la Société de tout ce qui pouvoit contri- 
buer à faire naître, ou à foûtenir dans les 
Etats l’amour & le goût des Lettres. 

Il n’^toit pas poflîblc que la Compagnie 
s’occupât de leur avancement aulît-tôt qu’elle 
l'auroit fouhaité. Il eft des préliminaires indif- 
penfables dans des commcncemcns de Société. 
Us exigent bien des détails pour y établir i’u- 
nion & la décence , pour prévenir tout ce qui 
pourrait dans la fuite en troubler l’ordre 8c 
la paix. C’cft une Lice qu’il importe d’abord 
d’applanir. Différente d’ailleurs des lices or- 
dinaires , où l’on ne remporte le prix qu’à for- 
ce de devancer tous ceux qui y prétendent , 
elle ne peut être remplie avec fuccès , iî les 


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' 4 ° 

Athlètes n’ont foin d’unir leurs forces, de lès 
employer de concert, de s’aider les uns les au- 
tres, de marcher d’un pas égal, & fans difi- 
tin&ion , ni rivalité de partager la gloire qu’ils 
ont acquile; mais ce devoir, comment le rem- 
plir, fi avant qu’on ouvre la barrière , ils n’ont 
eu le tems de s’examiner , de s'étudier , de le 
connoîtrc, de mettre en jeu les rapports de 
fimpathie qui peuvent fe former entre eux, 

' & , fi j’ofois parler ainiî , de mefurer , de com- 

JT. 

biner leurs efforts, de manière que foûtenus - 
mutuellement, ils ne puifiènt être diftingués 
les uns des autres , malgré l’inégalité des for- 
ces, malgré le plus ou le moins de zclc & de 
travail? 

La Société fçue bien-tot abréger le tems , 
qu’elle étoit forcée d’employer à des liai fous 
néccflàires. Il Ce forma prcfquc fur le champ 
entre les Sujets, dont elle étoit composée , une 




I 


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4 1 

Convenance parfaite d’idées .& de fèntitfienS. 
Soit qu’ils eufïcnt déjà les uns pour les autres 
cette forte d’cftime que les talens s’attirent & 
fè rendent réciproquement ; foie que l’hon- 
neur, ou l’intérêt public les prefsât de Ce con- 
certer fur les fondions qui leur éroient impo- 
sées, ou, comme il arrive toujours aux âmes 
bien nées , ils n’eufTenr befdin que de Ce trou- 
ver rafTemblés pour fè reconnoître, s’unir ÔC 
s’encourager , ils différèrent moins qu’on ne 
I’auroit cru, d’entrer dans la vafte Carrière que 
le Roi de Pologne ouvroit devant eux. 

Ce fut dans le court intervalle qui s’écoula 
jufqu’à ce moment, que Sa Majesté agréa 
pour un des Membres honoraires de la So- 
ciété M. Bourcier de Montüfeux > Procureur 
Général de la Cour Souveraine. Ce choix 
ayant été notifié dans la féancc du i f. Fé- 
vrier par le Sécrétaire perpétuel , il fut arrê- 


4 i 

téi que pour rendre plus folemnelle la récep- 
tion de ce nouveau Ccnfeur, on la remettroit 
à l’Affcmblée publique du mois de Mai fui- »- 
vant. L’Académie ateendoit ce jour avec une 
impatience égale à la haute idée quelle avoir 
des talcns de ce Magiftrat. 

Né pour honorer là Patrie par fes vertus & 
par fes lumières, M. de Montureux avoit tou- 
jours aimé , toujours cultivé, même avec une 
e/pcce de paffion , les Arts & les Sciences. U 
fentoit ce dont on s’apperçoit fi rarement dans 
les grandes charges : le rapport intime des lettres 
avec les devoirs de celle qu’il occupoir. C’étoit 
dans les Lettres qu’il puifoit l’étonnante faci- 
lité de démêler les affaires les plus embrouil- 
lées. Il fcmbloit créer les vérités qu’il appro- 
fondifloit ; ôc il les expofoit avec tant de force 
& de clarté , qu’il leur épargnoit d’ordinaire 
k choc des opinions , fouyent moins propre à 


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43 

les faifir * qu’à les replonger dans leurs premiè- 
res ténèbres. C’étoit aux Lettres, autant qu’à la 
droiture de Ton cœur, qui vraïfcmblablcment 

Vcnoit elle-même de Ion application aux lettres, 

* 

qu’il étoit redevable de cette prudence qui gui- 
de la raifon, toujours d’autant moins confiante* 
qu’elle eft plus attentive à ne Ce point égatet : 
De cette fermeté , qui ne -fçaehant point fc roi- 
dir par hauteur , fçait encore moins mollir par 
foiblefTe: De ce défintereflement qnilaiflcun* 
pleine liberté de pen/cr avec hardiefle & de 
parler avec candeur : Pour tout dire enfin, de 
cette humanité, de cette douceur, de cette fim- 
plicité de mœurs, qui lui avoient fait une répu- 
tation, dont lui feul ignoroit l’éclat & la fourcc* 
Le plus précieux de Ces talens , étoit celui , fi 
c’en eft un, de ne s’en point connoîtrc.Il pofi» 
sédoit fins le fçavoir un bien qu’il eût été 
fâché de n’avoir point acquis j & il le méritoif 


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44 

d’autant plus , qu’en l’augmentant fans celTe , 
il n’ofoit fe flatter qu’il eût le bonheur d’en 
-jouir. 

Au refle, le portrait que nous venons de 
faire ici, & qui n’eft fl beau que parcequ’il eft 
fidèle , nous le devons à la mémoire du digne 
Magiftrat qui nous en a fourni les traits. II 
mourut peu de jours avant qu’il vint recevoir 
dans la Société la Couronne de l’efprit & des 
falens que le Roi lui avoir deftinée. Ses mânes 
rcfpeéhbles auroient été indignées d’un éloge i 
nous n’avons fait que le deffiner ; mais il eft 
trifte que le fêul moyen qui refte à la Société 
de foulager les regrets qu’elle a de fa perte , 
ne ferve qu’à renouvelle! la douleur quelle en 
relient. 

Avant cette mort imprévue, le Roi de Po- 
logne avoit defigné pour l’un des Censeurs 
Titulaires le P. Lcflie, Jéfuke, qui dès fêta- 

/ 

/ 


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45 

bliÆement des premiers Censeurs avoir eu 
l’honneur de prcfentcr à Sa Majesté une 
Epitre en Vers, fur l’amour qu’EIle marquoit 
pour les Sciences, & fur la noble émulation 
qu’ElJp alloit répandre dans lès Etats» En con- 
séquence de cette nomination , il fut convenu 
dans la Séance du 4. Mars , que cette Epitrç 
feroit imprimée à la fuite des Difcours pro- 
noncés à l’ouverture de la Société , & que le 
P. Leflie {croit reçu à l’Afïcmbléc publique qui 
avoit été indiquée pour 1 a réception du Pro- 
cureur Général. 

J’ai déjà dit , qu’on ne tarda pas long-tems 
à remplir avec fuccès,du moins avec ardeur, 
les intentions de Sa Majesté Polonoife. 
Çe fut en effet dans la Séance du 1 1. Mars > 
tenue à Lunéville en préfcnce du Roi , que l’A- 
cadémie fans plus différer commença fes Exer- 
cices Littéraires. La Directeur, M. le Pâ- 
ti. 


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A* 

mat de Lorraine , y prononça le Difcours qui 
fuit: 

SIRE, 

„ Pi r sonne n‘ignore que les plus Grands 
„ Rois ont aimé les Sciences & protégé les 
n Talens. Ce n’cft même qu’à proportion 
„ qu’ils ont contribué à la gloire des Sciences 
n & des T alcns , qu’ils ont vu croître leur pro- 
,, pre gloire. Je ne dirai pas , qu’il eft encore 
„ indécis. Ci le premier des Céfars a été plus 
„ redevable de la réputation à fes vertus, qu’à 
„ la reconnoiflànce des Sçavans qu’il hono- 
„ roit de Ton cftime. Ce que je fçai, c’cft qu’un 
„ befoin mutuel a lié de tout tems les Grands 
n Princes avec les Gens de Lettres, & que ces 
„ Princes éclairés , ont mieux fenti que 
„ tous les autres , l’intérêt qu’ils avoient 
„ de faire fleurir les beaux Arts & de récom- 
„ penfer le mérite de ceux qui les cultivenfT 

r 


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47 

„ Ce font les Académies qui oot étendu 
„ l’honneur de la France , peut-être plus que 
„ n’ont fait les conquêtes du Monarque à qui 
„ elles doivent leur établilTcment. C’cft aux 
,, Sçavaos raîfcmblés autour de ce Prince & 
,, dans foa Palais même, que la France doit* 
„ l’empire de i’efprit & de l’induftric qu’elle 
,, a fur tant d’autres Nations. Mais ces Sçavans 
„ ne puifoient leur émulation que dans les 
,, bienfaits du Prince, qui par des honneurs» 
„ des diftinéfcions , des récompenfcs , toûj ours 
,, dignes de fon grand cœur. Ce plaifoit à ver- 
n fer fur eux autant de biens, qu’il les fentoit 
„ capables d’en procurer à leur Patrie, 

,, Notre Société, SIRE, formée par Votre 
„ Majesté, jouît d’un avantage bien plus 
„ flatteur encore. Orné de tous les dons de l’ef- 
„ prit, exa&itudc, finefle, vivacité, enjoue- 
n ment, délicatcflc , capable de nous donner 




43 

» -des leçons, yous daignez honorer nos Af- 
„ lèmblées de votre préfencc ; vous venez 
,, nous aider , nous foûtenir , nous guider dans 
», nos travaux. Quel heureux préfage pour 
w les fuccès que vous en attendez , & que (ans 
3 ) confulter nos talcns, notre zélé pour Vo- 
*> tre Majesté, a d’abord ofé vous en 
„ promettre! 

>, Rien n’cft plus capable de (outenir ce 
» zélé, que les bontés que vous daignez nous 
»> témoigner. Puiflcnt-elles vous être un ga- 
», rant éternel de notre attention à répondre 
» à vos défies, de notre émulation à nous fur- 
„ pafïèr nous-mêmes dans la carrière où vous 
», nous avez appelles. 

„ Chargé, en qualité de Directeur de la 
», Société, de rendre à Votre Majesté 
i, nos très-humbles aétions de grâces , je re- 
„ connois combien ce Miniftéte eft glorieux ; 

„ mais 


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4 9 

- * » 

w mais je fens combien il cft difficile. Le cœur 

* K 

„ feul ne peut y fuffire ; & mon cœur fait tous 
„ mes talens. Auffi la Société eût-elle trouvé 
„ des Sujets plus capables de foûtenir l’hon- 
,, neur du choix qu’elle a fait. Il auroit dû 
„ tomber naturellement fur ceux de les Mem- 
„ bres, dont les Difcours nouvellement pro- 
,, noncés, vont être comme le fondement de 
„ la gloire qu’elle fe propolè d’acquérir. 

„ Permettez , Messieurs, que fans rien 
„ diminuer de ma jufte rcconnoiflànce, je 
„ public ici que je ne puis être redevable de 
„ la place que vous m’avez déférée, qua celle 

* * v . 

fJ que j’ai l’honneur d’occuper auprès du R.oi, 
„ Cet aveu , bien loin d’afFoiblir la grâce que 
„ vous m’avez faite » en rehaulïe le prix à mes 
,, yeux •, & j’en fuis d’autant plus flatté , qu’elle 
„ a pour principe des bontés qui mettent le 
„ comble à ma gloire. 

Tomt /. 


E 


* t 



5 ° 

' » U me rcftc un moyen de remplir ma place 
„ avec dignité ; c’cft , Messieurs, en ne 
„ cclTant de concourir avec vous aux fages & 

,, utiles dclTeins de notre Illuftre Fondateur, 

,, & en le fuppliant dans toutes lesoccafions, 

„ d’honorcr de fa proteékion une Société , qui 
„ peut afpiter à tout , dès qu’elle cft Ton Ou<* 
j> vrage. 

„ Elle ne délire rien tant, SIRE, que de 
„ tranfmcttre à la poftérité la plus reculée ,les 
„ qualités éminentes & les yertus héroïques 
it de Votre Majesté, Il eft vrai qu’elles 
« feront éter ni fées par une infinité de Monu* 

>y mens de Piété 8c de Charité i mais ce qui 
„ cft plus flatteur pour un bon Roi, c’eft que 
„ ces vertus, ces qualités, ces fentimens au* 1 
„ guftes, tous vos Bienfaits font déjà gravés 
,, dans les coeurs de vos Sujets, avec des ca» 

„ ra&crcs d’autant plus durables » que c’cft 


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- a* - m 


s* 

„ l’amour Sc la reconnoifTance qui les y ont 
„ tracés. 

Ce Difeours fini , le Roi dit ces mots re- 
marquables, & qui méritoient bien d’être in- 
férés le meme jour dans nos Régiftres : Mr , 
dit -il, au Primat, Fous mouvrez, le cteur ; 
mais vous me fermez, la bouche. Le P. Demc- 
noux lut enfuitc le Difeours qu’on va trouver 
à la fuite de nos Mémoires..' 

Il n’étoit pas poflîble que l’établiflement que 
le Roi venoit de faire en faveur des Arts , 
n’augmentât dans le cœur de tous ceux qui les 
aiment , les fentimens d’admiration & d’efti- 
mc que ce Monarque y avoir fait naître de- 
puis long-tems. 

M. de Montcfquicu , qui durant un féjour 
de quelques mois à la Cour de Lunéville, 
avoit parfaitement faifi le cara&ére de Sa 
Majesté ; Caractère d’autant plusjnoblc , 

£ij. 


I 

I 

( 

f* 

iqu’il cd plus humain -, mais caradtére uni , finT- 
ple , toujours égal , & d’autant plus aifc à 
pénétrer à des jreux philofophcs , qu’il l’eft 
meme à ceux qui ne le font pas : M. de Mon- 
tcfquieu, dis-je, n’eût pas plutôt appris ce que 
Sa Majesté Palonoife venoit de faire pout 
J’avancemcnt des beaux Arts , qu’il fcntit toir- 
te la fagefle des motifs qui l’avoient engagée 

i 

a les ranimer dans fes Etats. Ravi de retrou- 
ver dans le Roi ce fonds de bicnfaifancc& de 
magnanimité' qui avoir toujours mérité fês 
hommages, il crut par cela même lui en de- 
voir de nouveaux, & ne pouvoir mieux s’en 
acquitter, qu’en s’offrant de concourir à fës 
vues. Il écrivit à Sa Majesté le 20. Mar-s 
& lui demanda une place dans fon Académie. 

Ce Génie heureux, qui reçoit autant d’é- 
clat des Lettres , qu’il en répand fur elles par 
l’éminence de fes talens , Sc dont les fuccès qui 


5 * 

ttous étonnent , apprendront éternellement 
aux hommes quelque chofe de plus merveil* 
[eux que l’art de bien écrire, celui de vivre en 
Citoyens paifibles fous l’empire des Loix : M, 
de Montefquieu, qui ne trahit jamais la véri* 
fé qu’en parlant de lui-même, eût la modeftie 
de dire au Roi : „ Il faudra que Votre 
„ Majesté ait la bonté de répondre Elle- 
„ même à fon Académie du mérite que je puis 
„ ayoir. Sur fon témoignage, il n’y aura per- 
,, fonne qui n’c m’en croye beaucoup. " y 
ajoutoit en faite ces mots:,, Votre Majesté 
,, voit que je n.: perds aucune des occaaons 
a qui peuvent un peu m’approcher d’Elle i «Sc 
» quand je penfe aux grandes qualités de 
„ Votre Ma j esté, mon admiration de- 
,, mande toujours de moi ce que le relpe& 
n veut me défendre. 


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Le Roi , touché de cette Lettre , y répondit 
ces termes : 

„ Mr. je ne puis que bien augurer de ma 
Société Littéraire , du moment qu’elle vous 
infpire le défir d’y être reçu. Un nom auflî 
diftingué que le vôtre dans la République 
des Lettres, un mérite plus grand encore 
que votre nom , doivent la flatter fans 
doute } & tout ce qui la flatte me touche 
fcnfiblcment. Je viens d’affifter aune de Tes 
Séances particulières. Votre Lettre que j’ai 
fait lire, y a excité une joye , quelle s’efl: 
chargée elle-même de vous exprimer. Elle 
(croit bien plus grande , cette joye , fi la 
Société pouvoit fc promettre de vous pof- 
féder de tems en tems. Ce bonheur, dont 
elle connoîtroit le prix , en feroir un pour 
moi qui ferois véritablement ravi de vous re- 
voir à ma Cour. Mes fentimens pour vous 



f 5 

}> font toujours les mêmes , & jamais je n« 
, „ céderai d’être bien finalement , Mr, votre 
»> bien affeâionné , STANISLAS ROY. 

Cette Lettre fut envoyée à Mr. de Montek 
quieu en même teins que celle du Secrétaire 
perpétuel, écrite au nom de l’Académie. Le 
Secrétaire lui marquoit que la Société avoit vu 
avec joye la Lettre qu’il avoit écrite à Sa 
M a j ï s t i : „ Vous lui demandez , Mr , difoit* 
>» 11 > une grâce que nous aurions été emprefi. 
>» les de vous demander à vous-même, fi Tu» 
» làge nous l’avait permis. Nous nous cfti» 
» mons heureux que vous préveniez nos dé*. 
», firs. V ous pouvez , plus qu’un autre , nous 
,» faire entrer dans l’elprit de nos Loix , & 
,» nous apprendre à remplir les vues d’un 
», Monarque que vous aimez & que nous vou- 
„ Ions tâcher de fatisfaire. C’en cfl: déjà uo 
» moyen , que de vous donner une place par» 


5 * 

â mî nous ; & nous vous l’accordons avec 
ÿy d’autant plus de plaifîr, que nous pouvons 
par là nous acquitter envers Sa Majesté 
„ d’une partie de notre reconnoiflànce, ôcc. 

La fârisfaâion qu’avoit l’Académie de ré- 
pondre aux défirs de M. de Monrefquieu , fut 
bien-tôt augmentée par l’envoi que ce nouveau 
Cenfeur lui fit d’un écrit qui va faire un des 
morceaux les plus précieux de nos Mémoires* 
CcDifcours qui a pour titre : Ljfimaquc> étoit 
accompagné de la Lettre fui vante >adrefîce au 
Secrétaire de la Société. On y verra quelle étoit 
la raifon qui engageoit M. de Monrefquieu à 
préférer à tout autr-e fujet celui qu’il traite dans 
Cet Ouvrage» 

„ Mr. je crois ne pouvoir mieux faire mes 
„ remercîmens à la Société Littéraire , qu’en 
» payant le tribut que je lui dois , avant même 
j> qu’elle me le demande, & en fail'ant mon 

„ devoir 


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„ devoir d’ Académicien au momentde ma no- 
„ minacion -, & comme je fais parler un Mo« 
„ narquc , que fes grandes qualités élevérent 
„ au Trône de l’Afic, & à qui ces mêmes 
„ qualités firent éprouver de grands revers , 
„ que je le peins comme le Pere de la Patrie» 
» l’amour & les délices de fes Sujets ; j’ai cm 
que cet Ouvrage convcnoit mieux à votre 
„ Société qu’à toute autre. Je vous fupplie 
„ d’ailleurs , de vouloir bien lui marquer mon 
„ extrême reconnoiïTance, &c. A Paris > le 4. 
U Avril 1 7 j* 1. 

Tout fembloitconfpirer de nouveau contre 
le premier delTein du Roi dans l’établiflèmcnt 
de la Société Littéraire. Elle prenoit de jour 
en jour un plus grand cfior. On n’y recon* 
iloifloit déjà plus les bornes preferites. M. le 
Comte de TrefTan, toujours paffionné pour 
la gloire du Roi , Ce propofa de la voir célé- 
Tome /. F 



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58 

I ■rer pir autant de bouches, qu’il connoifToit 
. Vyivan; propres à l’imm ortalifer. Il n’ou- 
blia rien pour les engager à venir féconder 
Ion zélé dans le nouveau Sanébuaire des Mufcs, 
où il fe faifoit un devoir de le faire éclater. 
Plein de ce projet, il écrivit une Lettre à M e s- 
sieurs de la Société Royale des Sciences de 
Montpellier. Nous allons montrer par l’extrait 
fuivanr quel fiit le fuccès de l’invitation gra- 
cicu(e»queSA Majesté voulut bien lui per- 
mettre de faire en fon nom. 

Extrait des Regijires de la Société Royale 
des Sciences de Montpellier, du Jeudi 

9 

il. Avril 1751 . 

,, Le Roi de Pologne , Duc de Lorraine & 
„ de Bar, qui joint aux vertus les plus fubli- 
„ mes, le goût le plus vif pour les Sciences, 
„ & le défîr le plus ardent d’en hâter les pro- 


t 


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r* 

„ grès par fcs bienfaits , a fait l’honneur à la 
„ Société Royale de vouloir quelle (oit dans 
» une étroite correfpondance avec la Société 
>, Littéraire que cet Augufte Monarque vient 
„ de fonder à Nancy. Dans cette vûc Sa 
„ Majesté Polonoifc a chargé M. le Comte 
„ de T reflàn , Lieutenant Général des Armées 
„ du Roi y $c Commandant dans le Toulois, 
„ Membre de l’Académie des Sciences de Pa« 
,, ris & des Sociétés Royales de Londres , de 
„ Berlin & de Nancy , d’écrire à ce fujet à M. 
„ de Ratte, Directeur &Sécrétaire perpétuel 
„ de la Société Royale des Sciences. M. de 
„ Treiïàn s’eft acquitté de cette commiffion 
„ de la manière la plus flatteulè pour la Com- 
>> pagnie, qui regardera toujours comme un 
,, monument bien précieux pour elle , la let- 
» tre que cet iliuftre Académicien a écrite à 
» Mr. de Ratte au nom de Sa Majesté 

Fil 


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éo 

„ Polonoife : Il a etc unanimement délibéré, 
„ que l’original de ccrte Lettre feroitmis dan* 
„ la bocte où font les Lettres-Patentes, après 
„ qu’on en auroit préalablement tiré la copie 

„ qui fuit M. le Comte de Treflan ayant 

„ marqué dans fa Lettre que fi M. deRatte 
„ adrefloit dirc&ement au Roi la réponfe de la 
„ Société ,Sa Majesté recevroit cette ré» 
„ ponfe avec bonté , il a été délibéré unani- 
„ mement , que M. de Ratte écriroit au Roi 
„ de Pologne au nom de la Compagnie , pour 
„ remercier ce Monarque dans les termes les 
„ plus refpeâueux , de la part qu’il veut bien 
„ prendre aux fuccès des travaux de la Société, 
„ & pour l’aflùrcr que Tes intentions feront 
„ exa&ement remplies : De plus , il a été dé- 
„ libéré , que M. de Ratte auroit l’honneur 
„ d’envoyer à ce Prince les extraits des AC- 
„ fcmblées publiques j qu’il éairoit auflî * 


\ 


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6t 

» M. deTrcflàn , pour le remercier au nom 
a, de la Compagnie > & à M. le Chevalier de 
a» Solignac, Secrétaire perpétuel de la Société 
a> Royale de Nancy , avec laquelle la Société 
aa Royale fera en correfpondance, conformé-- 
» ment aux intentions deSAMAjESTÉ Po- 
„ loqoi/è. 

aa Cette Délibération a été /ignée par les 
aa Académiciens pré/èns, dont voici les noms, 
» De Ratte, Direéfceur & Secrétaire per- 
aa pétucl. Bon, le Pere, Doyen. Lamure, 
Sous-Dircéteur. Pitot, de l’Académie 
„ Royale des Sciences. Laurés. Hague- 

aa NOT. DANYEZY. GuiLLEMINET. SeRANE. 

»» De Sauvages. Tioch. Monte t. 
aa DAVISARD. RoMIEU. LoYS. BrUN. 
ai Peyre. 

L’envoi de cet extrait fut accompagné de la 
Lettre /ùivante, adre/fêe à Sa Majesté par 
M. de Ratte le 19. Mai 1 7 j 1. 


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6i 

SIRE, 

„ La Société Royale des Sciences eft infini- 
„ ment honorée de la Lettre que Votri 
„ Majesté lui a fait écrire par M. le Comte 
„ de Treflan , dans laquelle elle a vu les preu- 
M y es les plus marquées de la part que vous 
», voulés bien prendre au fuccès de fes travaux. 

„ Elle a quelque tems héfité à vous en rendre 
,, elle-même de très-humbles aétions de gra- 
„ ces, dans l’incertitude où, elle étoir, fi elle 

s 

„ ne devoir point plutôt fe renfermer dans le 

„ filence •, mais raflfurée par lextrême bonté 

1 * * 

„ de Votre Majesté, & par la protec- 
„ tion que vous avez toujours accordée aux 
„ Sciences & aux Lettres , elle a cru pouvoir 
„ porter jufqu’anx pieds de votre Trône , 
„ l’hommage du plus profond relpeéfc , & fi 
* elle ofc dire , de la plus vive reconnoi fiance. 
„ Chargé de parier au nom de tous mes 


6 i 

„ Confrères , j’aurai i’honneur , S I R E , d’af. 
„ furcr Votre M ajesté, du zélé, de l’ac- 
j> deur, de la ptomptitude avec laquelle toute 
» la Compagnie s’eft conformée à vos inten* 
„ fions , en commençant dès aujourd'hui, à 
„ lier une étroite correfpondance avec la So- 
» ciéré Littéraire que vous avez fondée dans 
„ vos Etats, & en fe propofànt de continuer 
„ a l’avenir ce commerce fçavant avec la plus 
» exaéfce régularité. 

,, J ai l’honneur, SIRE, de préfenrer cri 
„ même tems à Votre Majesté quel- 
» ques-unes des pièces qui ont été lues dans 
» nos Aflèmblées publiques. Les Académi- 
» ciens qui les ont composes , feront au com- 
,, blc de leurs vœux , s’ils peuvent fe flatter 
„ que vous aurés quelque indulgence pour 
», leurs foibles efforts. 

» La Société Royale marchant fur les tr*- 




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64 

»> ccs de l’Académie des Sciences de Paris , avec 

„ qui elle ne fait qu’un feul & même Corps, 

„ ne cultive, comme elle, que la Philîque & le» 

,, Mathématiques. Elle lai/Te à d’autres Aca- 

» démics les connoilTanccs agréables, l’Elo- 

„ quence, la Poëfc, les Belles-Lettres ; mais , 

« 

33 SIRE, pourroit-elle ne pas fentir en cette 
„ occalîon , combien l’Art de l’Eloquence lui 
„ feroit nécelïàire pour loirer dans Votre 
„ Majesté ces qualités rares qui vousren- 
» fknt le modèle des Rois, cette piété qui cft 
,, au delTus de tous les éloges, cette inclina- 
„ tion bienfaifântc qui ne cherche qu’à faire 
„ des heureux, ce goût des Lettres & des 
,, beaux Arts , que vous alliés lî bien avec la 
M< Icience de gouverner les hommes. 

Puiffiés-vous , SIRE, faire long-tems 
„ le bonheur des Peuples à qui le Ciel vous a 
„ donné pour Souverain. PuilEcs-vous faire 


I 


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*5 

„ lông-tems admirer à l’Univers l’affembla- 
», ge le plus parfait de toutes les vertus. Ce 
» font les vœux de la Compagnie dont je fuis 
» l’Interprète , aufquels j’ofe fupplier Votre 
» Ma je st É de me permettre de joindre ici ' 
», les miens. 

Je fuis avec un très profond relpeét > S I R E > 
de Votre Majesté» &c. A Montpellier 
le 19. Mai 1751. 

Le Roi répondit à cette Lettre de la manière 
qui fuit : 

„ Mr. je ne puis vous dire ce qui me flatte 
,, le plus » ou l’envoi que vous me faites de 
,, plufteurs pièces qui ont èrè lues dans vos 
„ Aflcmblccs publiques > ou l’étroite corref- 
„ pondance que votre Société confent d’en- 
», tretenir avec celle que je viens de former 
„ dans la Capitale de mes Etats. Quoique 
» votre amour pour l’avancement des Lettres» 


I) 


66 

quelque part qu’on les cultive, me fm un 

„ garant de votre empreffement d répondre 

,, à la propofition que le Comte de Treffim 

„ étoit chargé de vous faire : Je ne laifle pas 

„ d’en refTentir autant de joye, que fi je n’avoi* 

„ point eu raifon de l’efpércr. Je remarque 

„ avec un fenfible plaifir dans la Lettre que 

„ vous m’avés écrite , les grâces de cette ur- 

„ banité toujours fuie de plaire, & toujours 

„ inséparable du vrai fçavoic. Il eft bien jufte 

* 

„ aufïî , que par l’intérêt que vous allés pren- 
„ d.c à mon Académie naiflànte, je m’inté- 
n refîè plus que jamais à la gloire que la vô-* 
» tre s’eft acquife & que vous ne cefsés d’auge 
>, menter tous les jours. Il y a long-tcms que 
îï j’applaudis à vos fiiecès. PuifTc la Société 
» Littéraire de Nancy marcher fur vos traces: 
« Mais puiffiés- vous auffi dans la part que je 
» prends à tout ce qui vous regarde , rccon-* 


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67 

„ noître tous les fentimens d’cftime que j’ai 
„ pour votre Académie en général , & pour 
„ chacun de ceux qui la compofent. Il n’eft 
,, point d’occafïons où je ne me fafle un plai- 
fîr de les leur marquef>& fur-tout à vous, 
„ Mr. à qui je ferai toujours ravi de faire con- 
„ noîcre , que je fuis véritablement votre très- 
„ affeétionné, STANISLAS ROY. 

Il parut bien-tôt que cette Lettre avoir été 
reçue avec un plaifir mêlé de la plus vive re- 
connoiflancc. Les vrais Sçavaas humanisés par 
ks Lettres, manquent rarement d’être Ccn 
blés aux marques d’eftime qu’bu leur donne, 
aux moindres grâces qu’on leur fait. Modèles 
des belles âmes , ils font peut-être ceux qui 
foutiennent le plus la gloire & le mérite des 
fentimens , qu’ils furent les premiers à infpi- 
rer aux hommes. Auffi rien n’égale ceux que 
Mr. de Ratte s’efforça d’exprimer an nom de 


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68 

fa Compagnie dans une Lettre au Secrétaire 
de la Société. Il fe plaint de ne pouvoir afsés 
marquer combien Tes Confrères fe fentoicnt 
honorés de la réponfe de Sa Majesté. 
Dans ce qu’il dit, otf apperçoit une efpéce de 
défe/poîr de ne pouvoir tout dirp i mais qu’on 
eft éloquent quand on fe fent dans l’impuif- 
fance de l’être autant qu’on le fouhaite, & 
qu on l’eft peu d’ordinaire quand on fe flatte 
de J erre autant qu’il le faut ! 

-Au rtfte, dit Mr. de Ratte au Sécréraire 
de- la Société „ vous comprenés bien, que û 
3> la Compagnie a déjà une fois osé prendre 
* la liberté de témoigner à Sa Majestï’ 

» là jufte reconnoiflànce, c’eft en conséquence 
», de la permiflîon que ce Monarque avoir bien 
» voulu lui en donner. U ne nous convicndroit 
” P las au / our d , hui de lui adrefler de nouveau 
o nos remercîmens. Nous efpérons , Mr. 


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c? 

„ eontinuë-t-ii , que vous voudrés bien y 
fupplécr, & que vous ferés en cette occa- 
,, fion l'Interprète des fentimens de la Com- 
„ pagnie ôc des vœux ardens qu’elle fera toû- 
„ jours pour la confervation d’un Prince , en 
,, qui l’amour des Sciences & des Arts égale 
yy les qualités précieufes qui font les Héros. 

La correspondance avec la Société Royale 
de Montpellier étoit à peine établie, queMr. 
de Carainan, Lieutenant-Général des Armées 
de France, fc trouvant à la Cour du Roi, lui 
demanda d’être reçu dans l’Académie. PreSquc 
auili-tôc Mr. de St. Lambert , Capitaine dans 
le Régiment des Gardes-Lorraines , témoigna 
le meme défir. Le premier s’étoit toûjours fait 
un mérite de l’étude des Lettres ; le Second , 
connu par fes Ouvrages , pouvoir aisément 
v fournir des modèles , où fa modeftie oc cher- 
choit que des leçons. 


7 * 

Un emprelîcmcnt fi marqué de la part de 
ceux, qui par la célébrité de leurs talens, ou par 
leur fcul amour pour les Sciences , avoient eu 
le bonheur de mériter Peftime du Roi , devoit 
naturellement engager de plus en plus ce Prin- 
ce à leur laiflèr aggrandir la carrière qu’il ve- 
noit d’ouvrir aux beaux Arts. 

Quelque louable que fut le projet de la So- 
ciété qu’il avoit établie, ce projet n’avoitparu 
que comme l’ébauche d’un dcflèin plus bril- 
lant Sc plus étendu. Ce n’étoit d’abord , pour 
ainfi dire , qu’un germe , qui venant à répon- 
dre aux foins que le Roi lui donnoit lui mê- 
me , avoir déjà produit une tige d’un pré fige 
aflêz heureux i mais Sa Majesté’ ne pou- 
*oit refixfer d’enter fur cette tige des branches 
dès long - terns connues par l’excellence des 
fruits qu’elles avoient portés \ & cette tige , en 
conlcrvant toujours la force qu’elle droit de 


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7i 

{à culture, autant que de la bonté de (on ter- 
roir, devoir changer infènfîblement de nature, 
Sc rifqucr de perdre jufqu’au nom même qu’- 
elle avoit eu jufqu’alors. 

Il eft vrai en effet , «Sc il n’eft peut-être pas 
inutile de le répéter ici, que malgré l’éloigne- 
ment que le Roi de Pologne avoit toujours 
marqué pour l’établiflement d’une Académie 
dans fes Etats , de jour en jour il s’y en for- 
moit une, & qu’il ne pouvoit même ne pas 
confentir à la laifler former. 

Parmi ceux qui l’érigeoient en quelque forte 
par les feuls défirs qu’ils témoignoient d’y être 
reçus, parurent prefque tout à la fois M.de Se- 
condât, M. le Préfidcnt Hénault,M. deFonte- 
nelle, M. dcS‘ c Palaye, & M.Tercier. La plupart 
avoient fouvcnt euoccafion d’offrir leurs hom- 
mages à Sa Majesté *, plus fouvent encore 
Sa M aj e s t e’, dans le fecret de fbn Cabinet , 


m 


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7 » 

leur avoir rendu le tribut d’élogeS, ofons même 
dire, les hommages dûs à leurs talens. 

Nous voudrions rapporter ici, fans en re- 
trancher aucune , les Lettres que ces nouveaux 
Aflociés le firent chacun un devoir d’écrire au 
Roi, pour le remercier de fon confentemcnc 
à leur réception dans l’Académie. On y ver- 
roit autant de modèles de cette noble fimpli- 
cité lî propre à peindre le fentiment, & qui , 
dans le genre épiftolaire fur-tout, n’a de grâ- 
ces qu’autant qu’elle eft élégante fans correc- 
tion & prcfque fans arrangement & lâns mé- 
thode. Nous nous contenterons de produire la 
Lettre de M. de Secondât & celle de M. de 
Fontenelle. On remarquera dans l’une la ten- 
dre effiifion d’un cœur , qui plein de fentimens 
d’eftime & de vénération pour un grand Roi, 
les lailTe plutôt échapper, qu’il n’a deflèin de 
les faire paroître. Dans l’autre, on ne verra à la 

vérité 


♦ 


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75 

vérité qu’un premier trait de pinceau; mais 
c’eft le trait -d’un génie heureux à qui les ans 
n’ont pu rien ôter de Ton brillant ni de là force. 
Nous allons donner ici ces deux Lettres avec 
les réponlès de Sa Majesté’. 

Lettre de M. de Second 4t au Roi. 
SIRE, 

,, Pénétré de la plus vive reconnoi/ïànce, il 

,, m’eft donc permis d’cxpolcr à Votre Ma- 

„ j e s T e’ les fêntimens que m’ont infpiré fes 

„ bienfaits. Quel bonheur pour moi d’avoir 

,, obtenu par de fi foiblcs talens, l’honneur d’ê- 

„ tre admis dans une Société qui fera un des 

„ monumens les plus auguftes de l’amour de 

„ VotreMajeste’ pour le genre humain. 

,, Qu’il eft doux de vivre fous la protection 

' „ d’un Roi, qui parvenu au Trône par Ion 
' « 

„ courage, par là patience dans les travaux & 

,, par la réunion de toutes les qualités héroï- 

Tome /. G 


74 

qu es, a été le modèle des Souverains par 
», la fàgeflè 8c la douceur de fou gouverne» 
», ment y l’admiration & l’exemple des plus 
», grandes âmes par fa confiance dans les re- 
n vers : D’un Roi , qui bien sûr de régner dans 
», les cœurs de fà Nation, a répandu fur elle 
,, des bienfaits immortels en l’inflruifànt des 
„ vrais principes de fon Gouvernement , des 
,i défauts de ce Gouvernement & de leurs rc- 
„ médes : D’un Roi qui ayant triomphé de 
» l’adverfité , voudroit la bannir du cœur de 
„ tous les hommes 8c de la face de la terre » 
M 8c qui devenu par un fonds inépuifabLed’hu- 
iy manité 8c de bicnfaifànce , &r par une infini- 
„ té d’érablifTemens utiles, l’amour & les dé* 
„ lices des Peuples qu’il gouverne, éclaire les 
„ autres Nations de la terre par fis propres 
„ ouvrages & parle puiflanc fccoucs qu’il ac- 
„ corde aiu Lettres. Jouïffés lcng-tems,SlRE,. 


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75 

,, <fun bonheur fi cher aux grandes âmes, de 
„ la douceur de faire des heureux. 

Non propins fas. eft. mort ali attingcre divos. 

,, Je ferai toute ma vie avec les fèntimcns 
,i d’admiration , de refpcâ & de reconnoif- 
n Tance que m’infpirent tant de grandes qua- 
» lités, SIRE, de Votre Majesté’, le 
i, très-humble , &c. ABorde a ux le 5 . Mai 
*7J 1. 

Reponfi du Roi à M. de Secondât. 

» Mr. votre Lettre vient d’achever le por- 
it trait qu’on m’avoir faitde vous. Elle me don- 
» ne un nouveau fujer de m’applaudir du con- 
33 lentement que j’ai donné au choix de mon 
„ Académie. Cette Société aura de quoi Ce 
33 foutenir , fi elle a toujours des Sujets qui 
,, vous reflèmblent, autant que vousreffèm- 
blés à M. le Préfidentdc Montefquieu , pour 
»» qui j’ai toujours eu la plus parfaite eftirac. 

Gij 


,, Je fouhaite avoir des occafions de vous mar- 
„ quer celle que j’ai pour vous , & de vous 
» bien faire connoitre que je fuis véritablc- 
» ment, Mr. votre bien affectionné. 

Lettre de M. de Fontencllc Roi. 

SIRE, 

„ Jugés de ma rcconnoifTance de la grâce 
„ qucVoTRE Majesté’ m’a faite .enm’ac- 
,, cordant une place dans fon Académie de 
„ Nancy , par l’idée que j’en ai. Je me crois 
„ dans le même cas que fi l’Empereur Marc- 
,, Auréle m’avoit admis dans une Compagnie 
- — •„ qu’il eut pris foin d’établir Sc de former lui- 
,, même. Je fuis avec le plus profond refpeCt, 
„ SIRE,de Votre Majesté.Ic très-humble, &c. 

Refonfe du Roi à M. de Fontenelle. 

„ Mr. Il n’eft aucune Académie qui ne s’ef- 
„ timât honorée de vous pofleder. La mienne 
„ fent parfaitement l’avantage qu’elle a de . 






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77 

„ vous compter parmi (es Membres. Ses dé- 
„ firs fe rapportent aux miens. Elle fouhaitc 
,, de pouvoir profiter long-tems de vos lumié- 
„ res, & de voir accomplir à votre (Égard ce 

M que dit Horace: Dignum lande virnm Mufa 

\ 

j> mort. Je fuis très- véritablement , Mr. 

„ votre bien affe&ionné. 

Les Séances publiques , où furent reçus le» 
Alïociés , dont nous venons de parler , dé- 
voient naturellement achever de développer ► 
l’ambition de la plûpart des Sujets du Roi , qui 
par choix , ou par état , croient dévoués à la 
culture des Lettres. Plufieurs d’entr’eux deman- 
dèrent d’entrer dans la carrière, où ils voyoient 
tant de Maîtres de l’Art , qui du fein des Acai- 
démies les plus fameufes, étoient venus rani- 
mer leur goût pour les Sciences , & les con- 
vaincre par leur exemple de la gloire qu’on 
acquiert en les cultivant. 


79 

Pcrfonnc d’ailleurs après cane d’adoptions 
déjà faites, ne pouvoir ignorer que Sa Ma-, 
je s t e’ agtéeroic encore avec plaifir toutes cel*. 
les qui pourraient fervir à ctendre le commer- 
ce de lumières & de talcns qu’il médirait d’é-» 
tablir pour l’avantage de fes Peuples. On fça-w 
voit que ce Prince n’aimoit rien tant quede- 
voir des hommes uniquement appliqués à rap- 
pcller tous les autres au fontimentde leur pro- 
pre excellence , des hommes qui ne s’occupe- 
raient que du loin d’agrandir en quelque forte 
l’cfprit & le coeur de leurs fomhlables,de redref- 
fer , d’éclairer ,d’é jurer leur raifon , de leur ap- 
planir Ls routes de la gloire & de la vertu, & de 
leur kfpirer un goit fi jufte & fi délicat, qu’ils 
fufiènt autant choqués du faux des fentimens 
dans les mœurs & dans la conduire ordinaire 
de la vie, que du faux des pensées St des ex- 
prenons dans les ouvrages dclpcit. 


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79 

Les défirs du Roi furent bicn-tôt accomplis. 
De proche en proche la Société fit d’heureu- 
fes acquittions *, & fe voyant de plus en plus 
en liberté d’en faire encore de nouvelles , elle 
prit enfin le ton & la forme d’une Acadé* 
mie, fans pourtant renoncer à fon nom de 
Société. 

Ce feroit ici le lieu de rappeller chacun de 
ceux à qui leurs talens méritèrent l’entrée de 
ce Sanctuaire* dès qu’il fut devenu plusaugu- 
fte par le nombre & le mérite des hommes 
de Lettres qui les y avoient précédés. Nous 
nous contenterons, pour abréger, de donner 
à la fin de cette Hiftoire la Lifte de tous les 
'Académiciens qu’on y a reçus julqu’â ce jour* 
& qui par un redoublement d’étude & de tra- 
vail ne ceflènt de juftifier les droits qu’ils a - 
voient d’y prétendre. 

Il étoit cependant aufti utile qu’indifpenlà- 


STATUTS 

DE LA SOCIÉTÉ ROYALE 

DES SCIENCES, 

ET BELLES-LETTRES 

DE NANCY. 

L E Roi de Pologne , voulant donner des 
marques ultérieures de fon affeéfcion à 
la Société des Sciences & Belles-Lettres , qu’il 
a établie à Nancy par fon Edit du 28. Décem- 
bre 171*0. Sa Majesté’ a réfolu le préfenc 

* 

Réglement , qu’Elle veut & entend être exac- 
tement obfervé. 

Article Premier. 

La Société Littéraire fera composée de cinq 
Académiciens Penfionnaires, de douze Hono- 
raires,. de quinze A oc és Titulaires réfidans 
à Nancy, Sc de huit AfTociés étrangers. Le 
Tome /. H 



: 1 

1 

1 

, i 

« 

♦ | 



% 


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Û' 

nombre de ces diverfes Claflesme pourra être 

augmenté tous quelque prétexte que ce foie. 
I.I, 

La Société aura pour Patron S. Stanislas, 
.Evêque de Craeovie. Le jour de la Fête, il fera 
célébré une Grand’Mefle dans l’Eglife des Cor- 
deliers de Nancy, où le Panégyrique du Saint 
feu prononcé, par le Prédicateur qui fera nom- 
mé par l’Académie. L «près midi du même 
jour , il fera tenu une Séance publique dans la 

Bibliothèque. 

, . III. 

Il n’y aura dans la Société que trois Offi- 
ciers , fçavoir : Un Directeur, un fous-Direc- 
tcur & un Secrétaire. Celui-ci fera en même 
tems Bibliothécaire ; & ces deux dernières 
Charges feront perpétuelles. 

I V. 

Le Dire&eur de le fous » Directeur feront 


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S* 

f 

«Îlus tous les ans le Jeudi d’après la Séance pu- 
blique, qui fe tiendra d’abord après la Fête des 
Rois. Il fera procédé à leur élection par billets 
fecrets. On pourra le choifîr indifféremment 
entre les Honoraires, les Pcn/ionnaires & les 
A (Tories. En l’abfence du Dire&eur, (à place 
fera remplie par le fous- Directeur, & en l’ab- 
fènee du fous-Dire&eur , IeSécrétairc fera les 
fonctions de l’un & de l’autre, 

V. 

La fonction du Dircétcur fera de pré/îder 
aux A/Temblées, d’en convoquer d’extraordi- 
naires en cas de bcfoin , d y faire oblêrver la 
décence & le bon ordre , d’y recueillir les voix 
lune après 1 autre , fans permettre qu’aucun 
Académicien parle ayant (on rang ; de pronon- 
cer les réfolutions à la pluralité des; fufFrages, 
de porter la parole dans les députations , de 
propofér les Sujets d recevoir, de veiller d 

. H i; 


! 


S 6 

I’obfervation J es Statuts de l’ Académie. 

V I. 

Le Secrétaire perpétuel gardera le Sceau de 
la Société. Il lignera & Icellera tous les Aétes 
qu’elle fera expédier. Il tiendra un Journal 
exaéfc du réfultat des Aflèmblées. Il gardera les 
Titres & Papiers concernans l’Académie, en- 
tretiendra les correlpondanccs avec les Acadé- 
mies étrangères, écrira les lettres au nom de 
la Compagnie ; & en qualité de Bibliothécai- 

v 

re . veillera à la conlèrvation des Livres de la 
Bibliothèque publique, achètera tous les ans 
ceux dont il faudra l’augmenter , de l’avis de 
la Compagnie. Il fera aufli la recette & la dé- 
penfc des revenus, dont il rendra compte tous 
les ans aux Commiflàires nommés par la Com- 
pagnie. 

V I I. 

I orfque par maladie , ou par autre raifon 


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*7 

confidérable , le Secrétaire perpétuel ne pourra 
Venir à l’Aflemblée il y commettra tel d’en- 
tre les Académiciens qu’il jugera à propos pour 
tenir le Régiftre en la place» 

VIII; 

Les Aflcmblées ordinaires de la Société fc 
tiendront dans la Salle qui eft jointe à la Bi- 
bliothèque, & les Séances publiques dans la 
Bibliothèque même. 

IX. 

Lorlque quelque place viendra à vaquer dans 
Ja Société , elle fera remplie à la pluralité des 
voix &par lavoye du ferutin. Il faudra, pour 
être reçu , avoir les deux tiers des fufrraçcs , 
& que l’Aflemblée dans laquelle fc fera ce 
choix, loit au moins, ainfi que pour toute De- 
liberation confldérablc, composée de quinze 
Académiciens. Il faudra en outre que le Sujet 
élu ait donné des preuves de capacité, & qu’il 


88 


ait des mœurs & une probité Tans reproche; 

X. • 

Lorfqu’uû Académicien aura été élu , il ne 
ferareçu qu’à l’Aflembléc publique qui fuivra 
fo n cledion. Dans cette Afïèmblée, il lira un 

Ouvrage de fa façon, qu’il aura loin aupara- 

# 

vant de communiquer au Diredeur , ou à 
celui qui devra tenir fa place, & dans lequel 
il fera entrer fou rcmcrcîmeat à l’Académie , 
auquel le Directeur répondra , ou celui qui 
fera chargé de fes fondions- 
X L 

Il n’y aura dans les Aflèmblécs publiques , 
ou particulières , aucune place marquée que 

m 

pour le Diredeur, le fous-Diredeur & le Se- 
crétaire. Le fous-Diredeur fera à la droite du 
Diredeur , & le Sécrétairc à la gauche. Après 
le fous-Diredeur , viendront les Honoraires » 
& après le Secrétaire les Penfionnaires. Les 

i • 




J 


S9 

Âflociés Ce placeront des deux côtés après ceux- 
ci & les Honoraires. Mais les uns & les autres 
fans aucune diftinétion entre eux. 

X I I. 

Les fêuls Afl'ociés Titulaires pourront pré- 
tendre à la penfion de cinq cent livres après la 
mort d’un des cinq -Penfionnaires ; 5c ce fera 
la Société qui l’aflignera à celui des Afl'ociés 
qu’elle croira l’avoir mieux mérité par Ces tra- t 

Vaux & par Ton aflîduite, 

X I I L -, • 

Lorfqu’il arrivera que quelqu’un des Pen- 
fionnairesjou des Afl'ociés Titulaires , fera ap- 
pelle à quelque charge , ou Commiflion , de- 
mandant une réfidcncc habituelle hors de 
Nancy , il fera pourvu à fa place , de meme que 
fi elle avoit vaqué par mort ; bien entendu ; j 

néanmoins qu’il fera toujours regardé comme 
Membre de la Société, fous le titre de Penfion*- 
nairc, ou Aflocié vétéran. 


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*o 

X I V. 

La Société Royale examinera les Ouvrages . 
en tout genre que les Académiciens lui propo- 
feront de faire imprimer. Elle n’y donnera fon 
Approbation , qu’après l’examen & le rapport 
qui en Ce ra fait par trois Commifl'aires dépu- 
rés, ou qu’après une leéture entière faite dans 
les Séances ordinaires. Aucun des Académi- 
ciens ne pourra rien faire imprimer, fous, le 
Privilège de la Sociéré , ni fous k titre d’Aca-- 
démicien , dans les matières concernant les 
Sciences , Ci fon Ouvrage n’a été approuvé par 
la Compagnie > & il ne fera loifihle à aucun 
Académicien de rien changer, dans le cours 
derimprcffion,aux Ouvrages une fois approu- 
vés. Les Approbations données par la Société 
•ux Ouvrages des Académiciens, feront fignées, 
de l’ordre de la Compagnie, par le Secrétaire. 


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* 


*1 

X V. 

On pourra faire imprimer tous les ans les- 
extraits des Aflembldes publiques & les Ouvra- 
ges composés par les Mémbn s de la Société , 
ainfi que les pièces qui auront remporté lePrix s 
& celles qui auront concouru. 

X V I. 

La Société diftribuera tous les ans les deux 
Prix de fix cent livres chacun , à ceux quelle 
aura jugé avoir fait le meilleur Ouvrage fur 
un fujet propre aux Sciences & aux Belles- 
Letrres.Il n’y aura que les Lorrains.& ceux qui 
IbntRégnicoles domiciliés en lorraine depuis 
dix ans, ou attachés à la Province par. un Em- 
ploi censé permanent , qui pourront concou- 
rir pour ces Prix. ... 

XVII. 

t 

Les Auteurs ne ligneront point leurs Ou- 
vrages. Ils y mettront feulement une fentcncc 



k 




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J* 

Sc leur nom cacheté > & ils en fourniront trois 
Copies bien lilîblcs, qu’ils auront foin d’af- 
franchir s’ils les envoyeur par la Porte. 

XVIII. 

Tous ces Ouvrages feront remis au Sécré- 
faire perpétuel de la Société , dans tout le cours 
du mois de Septembre. On n’en recevra au- 
cun au-delà de ce terme. -, 

X I X. 

Le Sécrétàirc écrira fur un Régiftre particu- 
lier la réception des Ouvrages qui lui auronr 
été remis, & il en donnera ufi récépifié , fi 
l’on fouhaite. Il cottera chaque Ouvrage par 
f. x. 4. &c. enforte que les Copies du mê- 
me Ouvrage ayent toutes trois le même nu- 
raéro» 

X X. 

Le premier Jeudi du mois d’Oétobre, le 
Sécrétàirc préfentera à l’A/Tcmblée fon Régif- 

I. 


.h 



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9 * 

ttc , pour ctrc vérifié , clos & figné par le Di- 
reéteur. Dans cette même Séance, on commen- 
cera la leéfcurc des Ouvrages reçus , & l’on re- 
jettera ceux qui ne paroîtront point dignes 
d’occuper l’attcnrion de la Compagnie. 

XXI. 

Cette leélure fera continuée d.ms les A C- 
lêmblces fuivantes ; après quoi les Ouvrages 
reçus à l’examen , feront partagés entre les 
Membres de k Société. On remettra atlx Géo- 
mètres les pièces qui concernent la Géomé- 
trie; aux Phyficiens celles qui regardent la Phy- 
fique, &ainfi des autres Arts &: facultés. Le* 
trois Copies de chaque pièce feront diftribuées 
-en même tems, afin que trois Académiciens 
au moins puiflènt examiner , en leur particu- 
lier ,1e même Ouvrage, (ans être obliges d’at- 
tendre pour le lire qu’un autre l’ait déjà lîL 


54 

\ 

X X I I. 

. Chaque Académicien , fans rien communi- 
quer aux autres, mettra par écrit le jugement 
qu’il aura porté de chaque Ouvrage; Sc fur la 
leéhite qui lcra faite à la Société du jugement 
des Académiciens qui auront lû les mêmes piè- 
ces , la Société admetrra celles qui doivent eon* 
courir , & rejettera les autres. Les Académi- 
ciens ne pourront communiquer à aucun étran- 
ger les Ouvrages confiés à leur examen , ni 
leur avis fur ces Ouvrages: 

XXIII. 

Les pièces deftinées à concourir , étant miles 
à part, on les lira dans les Séances fuivantes 
d’un bout à l’autre. Elles n’y iubiront qu’un exa- 
men de comparaifon, &l’on adjugera le Prix à 
celles qui auront les deux tiers des fufïragcs. 
X X. I V. 

Dans les Ouvrages concernant les Sciences. 


\ 


Digitized bÿ G 


& les Arts, on donnera la préférence à ceux 
qui feront jugés les plus utiles par la nou- 
veauté des idées & par le génie de l’invention. 

X X V. 

Dans les pièces de pure Littérature fur*tout, 
on aura égard à la pureté de langage , & l’on 
rejettera toutes celles qui ne feront pas écrites * 
correctement. 

XXVI. 

Les Ouvrages , dont les Auteurs fe feront 
fait connoître > ou ceux pour lefquels on aura 
Ibllicité, feront exclus du concours. 

XXVII. 

Ceux qui auront déjà paru imprimés ou, 
raanuferits , en tout ou en partie > ne pourront 
point prétendre aux Prix. 

XXVIII. 

Dès que l’Académie aura prononcé fem ju- 
gement fur les Ouvrages dignes du Prix , le 


96 

■Secrétaire ouvrira, en préfcnce de l’Aflemblée, 
je papier cacheté, où fera le nom des Au- 
teurs, uniquement pour voir s’ils font vérita- 

* 

blement Lorrains, ou Rcgnicoles domiciliés 
depuis dix ans en Lorraine, ou attachés à la 
Province par un emploi censé permanent. Ce- 
pendant nul Académicien ne divulguera le ju- 
gement qu’aura porté la Société fur les Ouvra- 
\ 

ges qui devront être couronnés dans l’AfTcm- 
blcc publique du premier Jeudi d’après la Fê- 
te des Rois. Dans cette Affèmblée , le Sécré- 
tairc , apres la leéfcurc faite de chaque Dilcours; 
appellera les Auteurs à haute voix, en cette 
forme : Vous, Monjïeur , * * * qui avés mis 
une telle Sentence à f Ouvrage qu'on vient de 
lire , venez, recevoir le Prix qui vous a été ad- 

j«&- 

XXIX. 

« 

Aucun des Membres de la Société ne pourra 


97 

écrire pour les Prix, non-pas meme fous un 
autre nom que le lien ; &c tout Académicien 
qui feroit convaincu d’avoir prétendu aux Prix 
fous un nom emprunté, fera exclu pour jamais 
de la Société. 

XXX. 

Ceux qui auront remporté l’un des Prix, 
feront tenus chacun de donner leur Portrait , 
au bas duquel feront mis leur nom, le fujçt 
qu’ils auront traité & l’année où leur Ouvra- 
ge aura été couronné. Ces Portraits feront pla- 
cés dans la Bibliothèque Publique, pour fervir 
de monument à leur gloire, & comme un des 
moyens le plus propre à exciter dans la Na- 
tion l’émulation que Sa Majesté veut y 
/aire naître. 

XXXI. 

Les Affemblécs ordinaires de la Société fe 
tiendront le Jeudi de chaque femaine , depuis 


deux heures après midi jufqu’à cinq, excepté 
pendant les Vacances , qui commenceront le 
quinze Août & finiront le dernier Septembre. 
L’Académie vaquera en outre pendant la quin- 
zaine de Piques, la femaine de la Pentecôte, 
& depuis Noël jufqu’aux Rois. Si le Jeudi où 
Ton doit s’aflèmbler fe trouve un jour de Fête, 
la Séance fe tiendra la veille, ou le jour d’a- 
près , au choix du Direéteur. 

■XXXII. 

Tous les Académiciens feront aflidus aux Ai~ 
fcmblécs particulières , & perfonne n’y fera 
admis qui ne foit de la Compagnie , à moins 
qu’il ne foit préfenté par le Direéteur ou par 
le Secrétaire , pour y lire quelque Ouvrage in- 
téreflànt, pour y faire quelque expérience de 
Phyfique , fur laquelle on voudroit avoir l’avis 
dw la Société. 


. ' 99 

XXXIII. 

On ne s’occupera dans Jes Aflèmblées que 
de choies purement Littéraires , fans entrer 
dans des matières de Religion , 'ou d’Etat, ni 
fouffrir aucun Dilcours qui puiffe blciïcr U 
pudeur & l’honnêteté publique. 

XXXIV. 

Indépendemment de la première AlTèmblée 
publique , dont il eft parlé aux Articles IV. & 
XXVUI. il y aura encore celle du huitième 
Mai , fetc de St. S T A- N I S L A S , dont il eft 
fait mention Article II. & celle du vingt Oc- 
tobre, jour de la naiflànce du Fondateur. Dans 
ces Aflèmblées, s’ibn’y a point de.Sujetsà re- 
cevoir, trois ou quatre Académiciens, nommés 

l 

& choilîs par la Société , prononceront des 
Dilcours y ou liront d^s Diflerrations dignes 
d’occuper utilement rAflemblée; pourvu tou- 
tefois que ces Dilcours ayent cré lus ôc ap- 
Tome k L 


100 


prouvés auparavant dans une Séance particu- 
lière. Les AlTemblées publiques ne dureront 
jamais plus de deux heures. 

xxxv. 

IL fera travaillé à une Hiftoirc Générale de 
Lorraine; cet Ouvrage Ce fera par la Société 
en commun , fur les Mémoires qui feront raf- 
fcrablé's par les Académiciens» 

XXXVI, 

Outre l’Ouvrage auquel la Société travail- 
lera en commun , chaque Académicien choifi- 
ra quelque objet particulier de fes études, ÔC 
en rendra compte de tems en tems à l’Acadé- 
mie, foit pour l’enrichir de les lumières, loit 
pour profiter des remarques de fes Confrères. 

. XXXVII. 

Dans chaque Aflemblée particulière , il y 
aura quelques Académiciens obligés , à tour 
de rolle , d’apporter des écrits de leur compo- 


iîcion j & il fera permis à ceux qui feront prc- 
fcns , de faire des remarques fur ces Ouvrages. 

XXXV IM. 

Tous les écrits que les Membres de la So- 
ciété apporteront à l’AlTemblée, 8c qu’ils fou- 
haiteront être inférés dans le Ré_giftre, feront 
par eux laiflcs le jour même entre les mains 
du Sécrétaire, 

XXXIX. 

Quoique le Sécrétaire fcüt /pécialcment 
chargé de la correspondance avec les autres 
Académies, tous lesMcmbres de la Société font 
invités d’entretenir des relarions particulières 
avec les Sçavans & Gens de Lettres, tant dans 
les principales Villes de la Lorraine, que dans 
les Pa js étrangers; 8c ils feront part à l’Aca- 
demie des nouvelles Littéraires qu'^jls auront 
reçue» de leurs Corre/pondans. 


102 . 


X L. 

L’UniverfîtédcPont-à-Mouflbn demeurera ? 
aflociée à l’Académie , & pourronc en consé- 
quence les Profeflèur&aétuels , affifter aux Séan- 
ces particulières, & non à d’autres, pour y 
lire les Ouvrages de Sciencesou Belles-Lettres 
qu’ils auront faits} & pourront leSHrts Ouvra- 
ges, s’ils font approuvés par la-Société, être 
inférés dans fes Recueils. Les Profe/Ièurs ac- 
tuels de Pont-â-Mouflfon n’auront cependant 
aucune voix, délibérative dans l’Académie , 
non-pas même dans le jugement des Prix , ■ 

& n’enrreront aucunement dans ce qui peut 
regarder fon ceconomie. 

X L I,. 

> 

S’il arrivoit qu’un des Membres de la So- 
ciété, commit quelque fuite grave & indigne 

d’un homme d honneur , ou fc déshonorât par 

. j 

dgs. Ouvrages contre la Religion , ou contre. 


1 

I 



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io-Î ' 

l’Etat, ou par des Libelles qu’il eut faits ou ré* 
pandus dans le Pablic , il fera deftitué par une 
délibération cxprelfe faite parlavoycdu (crur 
tin, & infcritc enfuitc fur le Régiftre. Il fau- 
dra les deux tiers des fuffragcs dans une pa- 
reille Aflemblée , & que félon l’Article IX. 
elle foit composée au moins de quinze Aca- 
démiciens. . 

X L I I. 

Le Sceau de la Société fera un Apollon avec 
fes attributs , montrant d’une main des Livres 
de Bibliothèque , & préfentant de l’autre une 
Couronne de Lauriers, avec ces mots: Leges 
& P r Ami a MhJis. E' au bas : Sociétés Nan «■ 
ccia.no, Lit ter aria , fondât a à STAN 1 SLA 0 
Rege Polonia , Duce Lotharingia cÿ Barri, an* 
no 1750. 

- XL! I L 


Il fera libre à la Société Royale de fe choir 


104 

jfir fcf Imprimeur qu’elle voudra, en lui cedant 
Ion Privilège , & de mettre à cette ceffion tel- 
les conditions qu’elle jugera à propos* 

X L I V. 

Veut Sa Majesté, que le prêtent Ré- 
glement Toit lû dans la prochaine AfTemblée, 
& inféré dans les Régiftrcs, pour être exacte- 
ment obfervé fuivanc fa forme & teneur. 

F ait à Lunéville le 17. Décembre 1751. 

Signe y STANISLAS ROY, 

£t plus Sol ignac , Secrétaire dn Cabi- 

net des Commandement de Sa Majtflé. 

En lifant ces Statuts , on aura fans doute été 
furpris de voir les feuls Lorrains appellés aux 
Prix de l\Acàviémic , & dans une pleine liberté 
de prendre^ndifféremmenc pour fujet de leurs 
Ouvrages tout ce qu’ils fè fentent capables de 
difeuter avec plus d’intelligence , & par con- 
féquent avec plus de fuccès* 


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W 



105 

Nous ne diffimulcrons point , que cette li- 
berté de choix captive entièrement la même 
efpéce de liberté qui devroit fc trouver dan* 
l’Académie. Quel moyen en. effet de fe fixer 
dans le jugement de plufieurs Ouvrages qu’on 
ne fçauroit rapprocher , ni pour l’objet que 
leurs Auteurs s’y propofent , ni pour la ma- 
nière dont ils l’envifagent pour le mettre au 
jour. N’a-t-on jamais éprouvé combien il eft 
mal- aisé d’amener les hommes, même les plus 
raifonnables & les plus éclaires, à un fentiment 
jufte & précis fur des difeours qui traitant le 
même fujet, ne différent ent«e eux que par le 
plus ou le moins d’ornemens & de méthode? 
Si cela eft, combien ne doit-il pas être encore 
plus difficile de réunir les efprits, quels qn’ils 
foient, fur des productions, dont aucune ne 
peut être préférée aux atitres , pareequ’entre 
les genres qui leur font propres, il n’eft aucun 


io/> 

crak de convenance qui puifTe aider à les com- 
parer. 

De là vient aufli , que l’Académie auroit 
fouhaité que Sa Majesté Polonoife eût 
bien voulu lui laifler fuivre à cet égard l’ufagç 
ordinaire des autres Académies , & lui per- 
mettre , d’après une autre de leurs Coutumes» 
de propofer les Palmes dont elle eft déposi- 
taire , à tous ceux indillinétement qui font ca- 
pables de les mériter. EU - il en effet aucune 
Académie qui doive regarder comme étran- 
ger tout homme qui s’applique à augmenter 
le fonds précieqx des talens 8c des connoif- 
lances qui font la gloire & le bonheur de l’hu- 
manité ? 

Nous dirions volontiers , Ci nous nous fen- 
dons capables d’exprimer allés naturellement 
une idée qui paroîtea d’abord un peu lïngu- 
liére à quelques-uns de nos Leétcurs , nous 

dirions 


/ 



.107 

dirions qu’il exifte réellement dans l’Univers 
une cfpécc de Parnafïc , qui eft comme le cen- 
tre commun de tout l’efprit répandu parmi les 
hommes, & comme le foyer où fe réunifient 
tous les rayons de lumière, qui partent des gé- 
nies les plus éclairés. 

Nous ajouterions, que toute Académie eft 
comptable à ce ParnafTe de fes progrès; qu’il 
n’en eft point qui ne doive y apporter les fruits 
de Tes études, & de rems en tems y réformer 
fon goût fur celui qui s’y maintient toujours 
dans une pureté parfaite. 

Nous conclurrions enfin par faire remarquer, 
peut-ctre trop ingénument, que ce ne font 
point les hommes de Lettres d’un (cul Pays qui 
forment ce Parnafïc toujours fiibfiftant & tou- 
jours utile ; que les tréfors inépuifàbles qu’il 
renferme lui viennent de tous les lieux de U 
rerre , où l’on s’efforce d’amaffer les richefïèj 
Tonte /. 


K 


qu’on y va dépofer, & qu’il c(l jufte que ceux* 
là puiflènt prétendre aux Prix des Sociétés Lit- 
téraires, qui contribuent tous cnfemble au bien 
général qu’elles ont à cœur ; & fans qu’elles 

s’en doutent peut-être, ou qu’eux-mêmes puif- 

* 

fent s’en douter, les mènent ou les foutien- 
nent au point de perfection que l’on a droit 
de s’en promettre. 

Quelque vraye cependant que foit l’idée 
que nous venons de mettre au jour, nous Tom- 
mes forcés de convenir de la fageffe des Loix 
que notre augufte Fondateur nous oblige de 
fuivre dans le jugement des couronnes dont 
il a bien voulu nous confier la diftribution. 
Rien en effet n’eft plus loiiable que le motif 
de ces Loix. 

Il s’agifToit^de réchauffer dans les Lorrains 
une émulation trop long-tems refroidie", & ce 
projet , le ffuit d'un amour auffi jufte qu’é- 


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10 ? 

claîré , permertolt-il à Sa M a j e s t é de leur 
oppofer fans diftinéirion une foule de con- 
currcns, finon plus habiles, du moins plus 
aguerris , & qu’ils n’auroient pô vaincre qu’a- 
vec des efforts plus propres à glacer leur cou- 
rage, que les couronnes proposées n’eufTcnc 
été capables d’enflammer leur ambition î D’un 
autre côté, le Roi voulant connoître toutes les 
reffources du génie de fes Peuples, pouvoit- 
il permettre qu’on les bornifàdes Sujets, donc 
la plupart auroient été, ou trop au-defïus de 
la force des uns , ou trop au-deffous de la por- 
tée des autres , & qui tout au plus n’auroient 
pû que développer les taîens de quelques-uns 
■d’entre eux, tandis que l’expérience & lé Ra- 
voir de tous les autres feroient rc-flés comme 
éteints, toujours enfouïs & toujours inutiles 
au bien commun de la Nation & à l’avance- 
ment général des Arts & des Sciences. 

Kl; 



k IO 

Occupé de ces deux objets, le Roi de Por 
logne fe les cft proposés jufqucs dans les fomp- 
tueux édifices, dont il embellit actuellement 
la Capitale de fies Etats. Croiroit-on que dans 
ccs ouvrages , que la poftérité confondra peut- 


être un jour dans leurs débris même, avec ce 
qui nous refte des monumens les plus fuper- 
bes de l’antiquité j ce Prince, jaloux de la gloi- 
re de la Lorraine , n’employe d’autres mains 
que celles de fesSujets? Ce qu’il fait à cet égard, 
il veut que l’Académie l’obferve également 
dans toutes les produ&ionsd’e(prit,dont elle 
doit reconnoître & récompenferle mérite; 8c 
que ne peut-il pas elpérer d’une préférence Ci 
flatteufe pour fes Peuples , 8c fur-tout encore 
de la liberté qu’il lailfe à tous leurs talens de 
fc produire , puifque cette même liberté qui 

I 

peut les faire éclorrc, eft même fouvent ca- 

* 

pable de les créer. 


t 


Digiti 


1 1 I 


II n’y a donc pins lieu d’ctre furpris de f Af- 
fidé de nos Statuts , qui regarde la dilpcnfà- 
rion des Prix de l’Académie ; mais fi l’on vient 
à jetter les yeux fur la Lille générale de nos. 

AfTociés, qui va bien- tôt paroître, &• où l’on 
verra prcTque autant de Membres étrangers 
que de Titulaires, ne fera-r-on pas étonné de 
I’inobfcrvation d’un autre Article de ccs mê- 
mes Statuts, qui fixe le nombre des uns &de$ 
autres, jufqu a défendre de l’augmenter, fous 
quelque prétexte que ce foit? 

Il importe fims doute de juftifier la Société 
fur le violement d’une Loi , qui du ton feul 
dont elle eft énoncée , paroiÆbit devoir être 

d l’abri de toute contravention. Nous n’avons * 

« 

pour cela qu’à faire obferver, que ce Régie- 

« 

ment étant un de ceux que l’Académie avoir eu 
la permiflîon de s’impofer elle-même,' jamais 
clic n’auroit osé l’enfraixidre, s’il lui eut toû- 



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1 1 1 


jours été polîîbîc de s’y conformer. 

Pouvoir-elJe prévoir qu’ayant déjà fermé 
fur elle la Lice où elle venoit d’entrer, que fes 
portes, fes rangs une fois réglés, toutes fes 
places remplies, de nouveaux Emulateurs de 
la gloire où elle le propofe d’atteindre, dc- 
manderoient à la partager •, & que ce feroit 
même pour elle un commencement de gloire, 
de fatisfairc leur genéreufe ambition ? 

Qn’on daigne donc maintenant fans plus 
attendre, parcourir les noms des Allociés étran- 
gers de l’Académie, qui excédent le nombre 
de ceux aufqucls elle avoit prétendu fc borner, 

N 

Ce, noms, prefquc tous fameux par de brillans 

fuccès dans les Lettres, montreront allés qu’- 

• 

elle ne pouvoit fe difpenfer de les joindre aux 
premiers , autant pour l’honneur qu’elle en 
efpéroir , que pour celui qu’ils s’en promet- 
toient eux-memes. 

• « 


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Parmi ce$ noms , il en eft que le Roi de Po- 
logne, de rems à autre, s’empreflà lui-même 
de nous faire adopter j & s’il ne prévint les re- 

i 

grets que nous avions de nous être aflu/ettis à 
an Réglement qui gênoitfl fort les égards, l’ef* 
time , l’amitié que nous devons à des Littéra- 
teurs illuflres, il confentit du moins que les 
portes de la Société fulfent déformais ouver- 
tes à tous les étrangers qui sloffriroient à la 
féconder dans fes travaux , ou feulement à 
l’aider de leurs confeils , à l’encourager par 
leurs exemples, à confondre avec fes lauriers 
ceux qu’ils auroient déjà mérités par leur con- 
fiante application à faire fleurir les Arcs & le» 
Sciences. 

Ce que nos Statuts fèmbloient avoir perdu 
de leur vigueur par une dérogation fl expreflc 
à l’un de leurs Articles, fut bien-tôt compen- 
sé, fl nous pouvons le dire ainfi, par une plu» 


1 14 


exaéte foûmifiüon a tous les autres, Sc particu- 
liérement au plus pénible de tous, celui qui 
nous enjoint dotravailler à uneHiftoire Géné- 
rale de la Lorraine. 

Dans une Séance du z. Mfyrs 1751. chacun 
a l’envi fe chargea des parties de ce grand ou- 
vrage qu’il eftima les plus convenables àfes lu- 
mières & à Tes talens. Mr. Thibault prit pour 
lui l’Hiftoire Bénélîciale & Canonique, com- 
prenant les démêlés entre les Papes 8 c les Ducs , 
de Lorraine , entre les Ducs & les Evêques voi- 
/îns , les recherches fur les fondations des Cha- 
pitres 8 c des Abbayes , l’examen de ce que les 
JLoix Ecclé/îaftiques du Duché pouvoient avoir 
ce relatif aux anciennes Loix du Royaume 
d’Auftrafic , la dilcuflion des Droits du Clergé 
Lorrain , & de la prétention qu’il peut avoir 
de jouir des libertés de l’Eglife Gallicane. M. 
l'Abbé de Tervcnus fepropofa de travailler à 


) 1 

1 


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”5 

l’Hiftoire Ecclélîaftique de ce Pays. Quelque*, 
uns s’obligèrent d’en entreprendre l’Hiftoire 
Littéraire j quelques autres de s’appliquer à 
(on Hiftoire Civile. Plufieurs de concert avec 
M. le Comte de Treflan, fe choifircnt pour 
leur tache les Eaux Thermales de la Province, 
Tes Mines , lès Salines , Tes Foiïîles , (es Fontai- 
nes , Tes Plantes rares ou inconnues, tous les 
Phénomènes en un mot, par lefquels la natu- 
re (è décèle elle - meme quelquefois plus vo- 
lontiers dans un climat que dans un autre -, tous 
enicmble s’engagèrent à raflembler les autres 
Matériaux abfolument néceiïàircs àl’entreprifc 
réfoluc par la Société. 

Elle ne tarda point à voir le fruit de ces di- 
vcrfes études ; depuis ce jour, il cft peu de 
Séances particulières où elle n’ait fujet d’ap- 
plaudir au zèle de ceux qui s’y appliquent. Le 
dépôt de leurs recherches laborieufes croît in- 



ii(î 

\ 

fcnfiblement entre Tes mains. Elle n’attend pouf 
les mettre au jour que leur aflèmblage parfait 
avec tout ce qui r'efte à recueillir pour l’entier 
accompliirement du deflein qu’elle fepropofiv 
Ce fut fans doute l’application que l’Acadé- 
mie donnoità ce travail, qui fit naître au Roi 
l’idée d’un Difcours qu’il lui adrelfa, & que 
l’on va trouver à la fuite de ces Mémoires. Pcr- 
fuadé que l’amour du devoir fait peu de pro- 
grès quand il eft nécelfaire qu’on l’infpire , le 
R*.ù le fuppofe dans la Société aufii vif qu’il le 
défiroit. Il la loue de fon zélé à combattre l’i- 
gnorance 6c l’oifiveté y & lui fait entrevoir 
qu’il y a réellement plus de gloire à étendre' 
l’empire des Sciences , qu’à reculer les bornes 
d’un Etat. 

Les éloges répandus dans ce Dilcours furent 
d’autant plus agréables à l’Académie, qu’ils 
renfermoiens des leçons utiles , ôc qu’ils ve- 


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' H7 

noient d’an Prince ennemi de toute flatterie, 
& convaincu, que les fentimens même, que 
le feul mérite infpire, flattent beaucoup moins 
quand on affeéte de les produire , que lorf* 
qu’on Ce contente de les laiflèr deviner. 

Peu de Monarques, faute d’ctude , ou de 
goût, auroient été capables de donner des in- 
ftruétions à des Gens de Lettres ; beaucoup 
moins, quoique habiles, fc fèroient abaiflés 
à leur en donner ; prefque aucun pour les faire 
mieux goûter, n’auroit daigné les aflaifonner 
de marques d’eftime; mais en eft-il qui ayant 
pris la peine de les tracer de leurpropre main, 
auroient formé ledeflein de les dégrader, pour 
ainfi dire , en les donnant fous tout autre nom 
que le leur j & au hafard de leur faire perdre 
de leur autorité, auroient vouly rifquer d’en 
perdre eux-mêmes toute la gloire î Ce fut pour- 
tant le projet du Roi de Pologne. 


1 1 s 

Une heure avant la Séance Publique du io. 
Janvier 175 j , S a M a je st é fit remettre ail 
Secrétaire de la Compagnie le Di fcours donr 
il s’agir ici. Il étoit accompagné d’une lettre 
anonyme , qui prioit le Secrétaire d’en faire 
part à la Société. Elle avoit à peine afsés de 
tems pour le lire*, mais quelques traits lui fuf- 
firent pour en juger; ainfi un Peintre habile 
faifit d’un coup d’œil toute l’ordonnance d’un 
tableau, & jufqu’i ces lointains qui s’enfuyenc 
dans un horifon où l’on diroit que la vûë ne 
peut atteindre. 

L’examen de cet Ouvrage fini, il fut réfolu 
qu’on en feroit la leéture dans l’Aflemblée qui 
étoit prête à s’ouvrir. Véritablement il portoit 
l’empreinte du Génie qui l’avoir produit. C’é- 
toit une diélion pure & dégagée qui faifoic 
plus lèntir que penfer. On y voyoit l’aine d’un 
Roi, qui par amour pour les Arts, autant 


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1 1 9 

<jue par des vues de politique, chcrcjboit à 
multiplier les talcns pour augmenter le nom T 
bre de fês Sujets , car ce n’cft que par les ta- 
lens qu’on peut compter les hommes. On 
y remarquoit , fur - tout , upe forte de po- 
liccffe fort au-deffus de celle que donne le 
(impie ufage du monde, je veux dire , cette 
' politeffc du cœur, préférable à ccl'c des ma- 
nières, qui (ans rien diminuer de l’élévation 
des fentimens , y répand autant de douceur 
que de vérité •> & fans deffein , ni effort, s’at- 
tire autant d’amour que de confiance. 

Le P. Demenoux ayant été chargé de lire cç 
Difcours à la Séance publique, furpric agréa- 
blement tous ceux qui y affiftoient , lorfquç 
* l’ayant fini , il parla de cette forte : 

„ Permettés-moi , Messieurs, de vous 
,, communiquer mes conjectures fur l’écrie 
„ que je viens de lire. Quoique de Ion propre 
„ aveu , l’Anonyme ne foie , ni Académicien , 


\ 


1 10 


1 
[ 

?9 ni . Artiftc, & qu’il n’afpire ni à nos Prix , 

„ ni à nos cloges , cependant à en juger par - i 
„ les vues profondes & les avis judicieux ré- 
,, pandus dans fon Ouvrage , je croirois vo- 
„ lontiers que cet Auteur, juftement applaudi, 

», a mérité plus d’une fois d’être couronné ; 

9 , qu’au milieu même d’une Académie des 

» 

j, Sciences , il fe feroit refpcétcr par les plus 
„ Sçavans, & pourroit leur parler en Maître. 

,, Il ne m’eft pas permis de le nommer > 
p , mais qui peut le méconnoître ici? Qui dans 

# i 

„ la Lorraine n’a pas éprouve fes bienfaits?" 

,, Qui dans l’Europe n’a pas entendu parler 
,, de fes vertus? A la tête des Armées, c’étoic 
« un Héros dans les revers , c’étoitun Sage; 

„ danslaproCpérité, c’eftun Philolophe, dans 
„ le Chriftianifmc, c’cft un exemple ; aux pieds 

„ des Autels, c’eft un Cpeftaclej dans l’Etat, 

> 

9, c’cft un Citoyen ; dans le commerce de la 
„ vie , c’eft un Ami*, pour le Peuple , c’cft un 


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III 



„ Pere; parmi les hommes, ç’eft un homme} 

,, fur le Trône , c’eft un Roi. Il eft beau , M ts- 
„ sieurs, d’écrire comme Célar , & de gou- 
„ vcrner comme Augufte. 

Les applaudifl'emens que l’AIÏèmblée avoit 
donnes au Di (cours du Roi, étoienc d’autant 
plus f ncçres, qu’elle n’en connoilfoit pas l’Au- 
teur; mais s’ils n’augmcncérenr de force 5c de 
vivante, dès qu’on l’eut fait connoître , ils fu- 
rent accompagnés de plus de zélé & de chaleur. 
Les Alîïftans n’avoient plus rien à fc dire, 8c 
ils avoient encore à fe parler. 

Le Roi lui-même fut témoin de ces acclama- 
tions. Ce n’étpit pas la feule fois, que vou- 
lant infpirer du goût pour les Séances public 
ques de la Société , il étoit venu y entraîner à 
fâ fuite jufqu’à ces hommes curieux par oilL- 
veté,qui ne pouvoienty être attirés que par 
£a préfençe. Le même ddïcin l’avoit conduit 


121 


à celle-ci. Il ne Ce doutoit point qu’on y lut 
Ton Di (cours , bien moins encore qu’on put 
l’y reconnoîtrc au point de le lui attribuer. 
propofoit tout au plus de voir par lui - même 
l’impreffion qu’auroient fait fur les Membres 
de l’Académie les inftru&ions qu’il n’avoit 
drefsées que pour les intérefièr à l'amour du 
travail. 

Trop modefte pour goûter les loiianges 
qu’on lui donnoit ; trop grand , ou trop hu- 
main pour s’en offenler, il ne parut ni les re- 
cevoir avec complailànce, ni les rebuter avec 
dedain. On vit feulement combien il cft dif- 
ficile d’apprendre aux grands hommes à s’ef- 
rimer. 

Le Difcours du Roi méritoit fans doute 
d’être rendu public. Il fut bien -tôt connu à 
Rome. Le Pcre Cordara Jéfuite entreprit 
de le traduire en Italien , Ôc ne lui fit rien pcr«- 

> dre 


IZÎ 

dre de la juftefle des idées, ni du naturel des 
eXpreflions. Il n’en changea point la délica- 
telïe en fubtilité. Il connoiffoit les grâces qui 
viennent de la force de la raifon , & il ne les 
voila point fous les parures d’une langue , où 
il ne feroit pas étonnant que l’arc put quel* 
quefois remplacer la nature. 

La traduétion, dont nousparlonJ, fut trou- 
vée fi parfaite, tjii’on la jugea digne d’être lue 
dans une AfTemblée publique de l’Académie 
des Arcades. Le P. Cordara étoit un des Mem- 
bres les plus distingués de cette brillante So- 
ciété ; mais le fuccès même de fon Ouvrage lui 

O 

fit perdre une partie de la gloire qu’il avoir 
droit d’en efpérer. C’eft le fort ordinaire des 
Traducteurs, Sc ce n’eft même le fort que des 
plus habiles. On oublia bien-tôt, en quelque 
forte, la copie, pour ne s’occuper que de l’o- 
riginal. On crut entendre le Roi lui-même, 

\ 

- . Tome /. L 


-i «.rjjncjfjf' *r 


! 


— l 



ii4 

donner des préceptes pour la pcrfe&ion du 
goût. Chacun fut frappé de la nouveauté du 
fpeflacle. Des tranfports d’admiration éclatè- 
rent de toutes parts-, Sc les acclamations de la 
multitude prévenant les fuffrages que'le ref- 
peét ne retenoit plus qu’avec peine, l’Acadé- 
mie ne balança point d’aggréger le Roi de Po- 
logne au nombre de fes Payeurs, fous le nom 
que le Préfident de l’Aflcmbléc lui donna fur 
le champ d’EuTiMio Alifireo. 

Rien n’étoit plus honorable à ce Prince que 
ce qui venoit d’arriver dans la chaleur d’une 
émotion lî fubitc. Elle eut même jufqu’au mé- 
rite de la réflexion & de la lenteur. En effet > 

» 

contre l’ulagc ordinaire de tout ce qu’enfante 
un mouvement précipité, les idées refroidies 
ne firent appercevoir que de la juftice& delà 
reconnoifl'anccdansremprefl'cmcntqu’avoient 
ch les Arcades de s’affocier le Roi fans fon aveu. 


f 

I 

i 

I 

f 


! 



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. 1*5 

Toute l’Europe leur applaudit. Elle fut ravie 
de voir ce Prince entrer dans l'Arène, ou il le 
contentoit d’animeUes combattans,con{èntir 
d’avoir des Rivaux , où il ne pouvoit fervir 
que de modèle, venger les Sciences du ridi- 
cule mépris de la plupart des grands, retracer 
dans Rome l’efprit des Gceron & des Virgile 
& y montrer une ame auflî Romaine que 
celle des Camille & desTrajan* 

Une Séance indiquée à de/ïèin, & consé- 
quemrsiQpt plus folemneîle, fuccéda bien-côc 
à celle dont nous venons de parler. Le Portrait 
de Sa. Majesté fut placé dans la Salle des 
Arcades -, & à ce fujee plus de vingt Académi- 
ciens récitèrent des pièces de Poëlic , dans lcf- 
quelles on ne Içait ce qu’on doit admirer le 
plus, ou ladouceurdu pinceau, ou le brillant 
d if-coloris , ou les fentimens de zèle & d’a- 
mour qu’on y trouve répandus & qui les a- 

Li i 




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voient infpirécs. Tous ces ouvrages font im- 
primés, & feront toujours autant d’honneur 
à l’Académie qui les a mis au jour , qu’au Mo- 
narque dont ils célèbrent les talcns & la gloire. 

Le Père Bofcovich , Jéfuite, fc Signala 
fur tous les autres par un Po'cme Latin , im- 
primé féparément , quoique récité dans la 
* 

meme AfTcmblée. Des traits lumineux, de mâ- 
les tranfports, des grâces fans étude y mon- 
trent du génie, 6c Surprennent d’autanr plus, 
que l’Auteur, l’un des plus grands Qpométrcs 

Y 

de ce tenis, manie plus fouvent 6c plus vbi, 
lontiers l’équerre 6c le compas d’Uranie, que 
la lyre de Pindarc ' y ou le luth d’Anacréon. 
L’ouvrage du P. Bofcovich eut à peine paru , 
qu’il fut traduit en Vers François par M. le 
Chevalier de Cogollin , l’un des hommes qui 
fçait le mieux captiver fon imagination fans la 
contraindre , 6c lui donner l’efTor fans la forcer. 


ii 7 

Eloigne de toute efpéce d’oftenration , le 
Roi de Pologne eut du regret de n’avoir pu 
prévenir ce qui venoit de fc paffer à Rome. 
Il ne penfoit pas qu’il s’en montroit d’autant 
plus digne , qu’il en paroiffoit moins flatté. Il 
ne marqua pourtant point d’indifférence à cet 
égard. Il fçavoit que l’indifférence n’exifte plus 
dès qu’on Paffeéfce, & que la modeftie n’efl: ja- 
mais plus flncére, que lorfqu’en refufant les 
honneurs qui la bleflènt , clic fe plaît à les re- 
connoîcre avec bonté. Cette attention efl: mê- 
me pour elle une vertu ; & c’eft la feule vertu 
dont elle puille fè faire honneur , fans rien 
perdre de fon mérite. 

Les fentimens qu’eut le Roi i cette occa- 
sion , il les exprima bien-tôt apres dans une de 
fês lettres en répondant à l’un des Membres 
les plus fameux d’une des plus illuftres Aca- 
démies de l’Europe. 


rzS 

* Je (crois le premier , lui difoit-il , à rccher- 
„ cher la place que vous me proposés d’ac- 
« cepter dans vorre Académie, fi je me len- 
„ tois les ralens néccfiaires pour la bien rem- 
, plir ■> mais je n’en ai d’autres que d’aimer les 
>, Sciences que vous cultivés ; c’eft la feule 
„ gloire que vous puifliés m’attribuer i 6c c’eft 
„ afsés pour moi , fi vous croyés que je la mé- 
rire. Il finit autre chofe à une Société aufiî 
„ diftinguée que la vôtre, qu’un nom inutile 
j, à fes progrès. Encore fi j’étois- à même de 
« profiter de vos lumières, 6c de les recueillir 
„ à leur fource; mais je ne puis jouir de ce 
,, bonheur. Il ne me refte qu’à figurer dans la 
„ lifte de ceux qui admirent vos ouvrages , 
,, qui applaudifiènt à vos fuccès,qui vous ai- 
>, ment &c qui vous eftimenr, c’eft -là que je 
„ me ferai toujours honneur de paroitre le 
„ premier. Au refte ce n’eft point ici le lan~ 


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H9 


» gage d’une modeftie équivoque , qui de- 
„• mande ce qu’elle parole refufer. Je vous 
,, parle très-naturellement,, & vous m’obligc- 
,, rés de renoncer à une idée , dont je vous 
„ fçais pourtant gré , parccqu’clle me marque 
„ en vous des fentimens dont je fais cas , & 
„ qui m’engageront toujours à vous faire con- 
„ noitre que je fuis véritablement, &c. 

Pendant que le Roi de Pologne marquoic 
tant d’éloignement à être initié dans les Tem- 
ples des Mules , malgré l’amour qu’il leur porta 
toujours, l’Académie qu’il avoit fondée eut le 
précieux avantage de voir une autre Académie 
s’emprellcr de lier avec elle un commerce d’E- 
tude & de fçavoir. L’Alfociation qu’elle délî- 

roit nous eft trop glorieufe, & aux Sciences 

% 

même, pour la laifler- ignorer au Public. Un 
pareil événement intérefle fur-tout lesGens de 
Lettres. S’ils ne partagent notre reconnoiHin- 


i ;o 

ce, ils applaudiront du moins à notre bonheur. 
. A peine l’Académie de Befançon fut établie, 
Quelle fouhaita d’être unie à notre Société , 3c 
de ne faire, pour ainfi dire* avec elle, qu’un 
même Sanétuaire des Mufes. Voici la lettre 

N 

écrite à ce deflein par M. de Courboufon , Sé- 
crétaire- perpétuel de cette Académie. Elle fut 
adreflee à M. le Chevalier de Solignac. 

« „ Mr. l’Académie des Sciences, desBelles- 
3 , Lettres 8c des Arts , nouvellement établie 
„ en cette Ville, s’empre/Ic de vous témoi- 
„ gner par mon organe, l’eftime dont elle eft 
,, pénétrée pour votre illuftre Corps, & l’ex- 
„ trême envie qu’elle a de former avec vous 
,, la correfpondance la plus étroite. 

„ Voifinsde la Lorraine , pourrions-nous, 
,, Mr. ignorer & la rapidité de vos progrès , 
„ & l’étenduë des bienfaits que cette heureufe 
„ Province reçoit à chaque inftant du Grand 

» Roi 


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„ Roi qui a formé votre établiflèment? 

„ Qu’il eft digne d’amoür & de reconnoif- 
f , fance 1 Mais -que pourrions-nous ajouter a 
,, ce que vous en avés dit dans votre première 
„ Affemblce? VosDifcours feront un monu- 
„ ment éternel de la gloire du Monarque qui 
„ en a été l’objet. Je fuis avec refpe&, &c. 

L’Academie ayant reçu cette honorable 
invitation avec tout le plaifir que caufe ordi- 
nairement un bonheur qu’on n’eut ose pré- 
tendre , & qu’on veut s’efforcer de juftifier» 
le Secrétaire de la Compagnie fit la réponfe 
fuivante à M. de Courboufon. 

„ Mr. nous avions déjà appris par les nou- 
j, velles publiques l’établiflèment de votre 
„ Académie » & nous nous réjouïfllons de 
„ voir dans notre voifinage des perfonnes auffi 
», diftinguéesparleurstalensque par leur naif- . ) 

», fance , nous animer à la culture des beaux 
», Arts, Tom< /. M 


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* 3 * 

„ Vous penfés bien fans doute , Mr. qup 
„ notre joye n’a pu qu'augmenter, lorfque par 
,, votre Lettre du 8. de ce mois, vous nou? 
„ avés marqué le défir que vous avés de for- 
„ mer avec nous la correfpondance la plus par* 
>, faite. Ce projet nous fait honneur , & j’ai 
,, ordre de vous témoigner de la part de notre 
„ Société , que nous l’acceptons avec joye. 

,, Le Roi notre augufte Fondateur , partage 
a , nos fèntimens. Il n’a rien tant à cœur que 
„ nos progrès •, ôc il fent parfaitement ce que 
,, les vôtres doivent nous infpirer d’émulation 
,, dans la carrière où il veut bien nous foute* 
,, nir lui-même par fes exemples. 

„ Votre Lettre, Mr. & notre Délibération 
„ ont été couchées fur nos Régiftres. Elle? 
,, ferviront à nosSuccelfeurs d’un témoigna* 
* ,, ge éternel de l’union de notre Académie 

f , avec la yôtre. Puiflè également cette Lettre 


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», vous être une preuve aufli durable de notre 
„ parfait attachement, & à vous, Mr. en par- 
» ticulier, du défir que j’aurai toute ma vie 
», de vous bien marquer le refpeCl avec lequel 
», je fuis , Mr. Scc. ' 

Il n’en a pas etc de l’union que l’Académie 
de Belànçon a déliré de contracter avae la nô- 
tre, comme de ces liaifons ordinaires , que 
forment des befoins mutuels, & qui d’abord 
recherchées avec ardeur , ne durent qu’autanc 
de tems que fubllfte l’intérêt qui les a fait naî- 
tre. En s’ouvrant les routes de la gloire , cette 
Académie Ce cherchoit plutôt des exemples 
que des loutiens. Son zélé fuppléoit à ceux- 
ci , elle eût même pu fe palier des autres ; mais 
fes propres exemples ne pouvant manquer de ^ 
faire naître, ou de renforcer, pour ainlï dire, 
ceux quelle efpére trouver dans notre Société; 
quelle ne doit pas être la durée des engagemens 

Mij 


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*34 

qu’elle a bien voulu prendre avec nous ? Ses 
Régiftres & les nôtres renferment déjade pré- 
cieux raonumens de notre Alliance réciproque. 
Nous n’en cirerons qu’un feul, comme lcpré- 
fage le plus certain de tous ceux qui peuvent 
la mieux conftater dans la fuite. 

M. l’Abbé Dagay , l’un des Membres de 
l’Académie de Bcfancon , fe trouvant à Nancy* 
fut invité à venir prendre place parmi nous le 
jour de notre première Séance particulière. Il 
étoit naturel de penfèr que notre Aflociarion 
avec fa Compagnie lui donnoit droit d’entrée 
dans nos Allcmblées, & que lui - même le 
feroit un plaifir, s’il ne prétendoit même fe 
faire un honneur, d’être le premier pour qui 
l’on eût mis ce droit en ulàge. La Séance le 
jint le 4. Juillet 1754. M. Dagay y parut, & 
nous étonna tous par un Dilcours qu’il n’avoic 
pû préparer, fi l’on peuc le dire ainfi, qu’en 


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»? i 

auffi peu de feras qu’il en faut ici pour le 
tranfcrire. 

,, Messieurs, nous dit-il , je fens tout 

,1 le prix de la faveur que vous me faites en 

i, me permettant de prenne place -parmi 

„ vous. C’eft ici un de ces momens flatteurs, 

,, qui font une époque mémorable dans la 

. 

» vie. 

» Je le fçais , M e s s i e u R S , je ne dois ce c 
„ honneur qu’à celui que j’ai d’appartenir à 
» une Académie que vous avez aflociée à vo- 
» tre gloire. Que ne puis-je me parer ici du 
a mérite dcsPerfonnes diftinguées qui la com- 
»> pofent , vous peindre leurs fentimens 6c 
n acquitter leur reconnoiflànce ! Mais cette 
» entreprife feroit au-deflùs de mes forces, 

»> je compromettrois l’honneur de mes Con- 
» frères, & je ne pourrais qu’afFoiblir l’opi- ~ 
» nion avantageufe que vous en avés. Il me 


L - 


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ï3<? 

», fuffir de vous rappellcr , Messieurs, 
„ qu’ils vous ont donné en différens reras les 
,, témoignages les plus vrais de leur attache- 
,» ment pour votre Compagnie. Us s’applau- 
diilènt haujpment d’une Aflociation qui 
,, leur eft fijionorable. 

,, C’eft avec tranfportque j’en recueille les 
„ premiers fruits dans ce Lycée. La Fable 
,, fcmble s’y réaliler à mes yeux; j’y vois un 
„ Apollon qui infpire desMufes , un Grand 
», Roi qui ralïèmbledcsSçavans, qui lespro- 
„ tége , les éclaire , les anime , qui les rem~ 
„ plit de fon feu , de fou génie , de fes gran- 
,, des vues, de fon goût pour les Sciences & 
„ pour les Arts. 

,, Je ne m’étonne p1us,Messieurs, qu’à 
„ la It&ure de ce Dilcours célébré, qui de 
», votre Société a retenti dans toutes les So- 
„ ciétés de l’Europe , ou reconnut d’abord 


* 


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n i 

ü l’Homme né pour commander au* autres, 
„ & que dans là Capitale du monde une 
,i Académie ait proclamé d’une voix unani- 
„ me S T A N I S L A S. Ce trait fait le triom- 
„ phe de la liberté Littéraire, la gloire des 
„ Lettres & du Monarque qui les cultive. 

„ Puiffiés-vôus , M e s s i h u r s , jouir long- 
ô tems du bonheur de vivre fous les loixd’un 
,> fi grand Prince ! Pour moi , après avoir 
,*• trouvé parmi vous mes Maîtres & mes Mo- 
n déles, après avoir éprouvé des bontés fou- 
,v tes particulières de la part de votre augufte 
h Fondateur, après avoir vû les monumens 
„ divers, que ià.piété, ion goût, iamagni- 
„ ficence ont élevés à la gledte de LOUIS, 
»> aux Sciences & aux Vertus , je retournerai 
>» dans ma Patrie, l’efpritauffi fatisfait que le 
,» cœur , l’ame remplie d’admiration & de re» 
»y connoiflànce." 
m 


/ 


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M3 

Arrivé dans fà Province , M. l’Abbé Dagay 
fc crut obligé de rendre compte à Ton Acadé- 
mie de la manière dont il avoit été reçu dans 
notre Société. Sa Compagnie daigna nous 
remercier de Paccucil que nous lui avions fait. 
Ce qui n’étoit pour nous , qu’un devoir, elle 
voulut bien nous en faire un mérite. Elle nous 
fît part en même tcms de la relation de M. 
Dagay, après avoir arrêté quelle feroit infé- 
rée tout au long dans fcs Rcgiftres. 

Nous voudrions pouvoir la donner ici telle 
que nous l’avons reçue, d’autant mieux qu’on 
n’y trouve ni longueurs , ni répétitions , ni ce 
ton fêc& monotone fi commun aux relations 
d’événemens pifcticuliers. On n’y voit au con- 
traire que fin elfe &fôntimenr , qu’une touche 
facile, une liberté élégante, que des grâces join- 
tes à la plus exaûe précifion ; mais cet ouvrage 
n’appartient pas proprement à notre Acadé- 


*Î9 

mie ; & la bienféancc ne nous permcttroit pas 
de rapporter les loüanges que l’illuftre Acndé* 
micien y donne à quelques-uns de nos AiTo- 
ciés. Leur modeftie nous fait trop d’honneur 
pour vouloir contribuer nous- mêmes à la 
blelTer par l’expose trop fidèle des talens qu’on 
leur rcconnoît,& que nous devons nous con- 
tenter d’admirer, fans nous en faire un fujct 
de gloire. 

Ce que nous regrettons le plus en fuppri- 
mant cet ouvrage, c’cft leloge qu’on y fait de 
notre augufte Fondateur.Quel plaifir n’aurions* 
nous pas de mettre ici au jour ce qu’un amour 
pareil au nôtre inlpire par-tout ailleurs de fcn- 
timens auflx tendres ? M. Dagay dit de ce Prince 
ce qu’on n’en a point dit encore, & là rela- 
tion eft comme le premier crayon de ce que 
ce Monarque prépare à l’admiration de tout 
l’Univers. 


Mo 

„ A peine , dit-il , pouvois-je croirë ce que' 
», la Renommée avoit publié des ouvrages 
» de là làgefie & de fa magnificence. Depuis 
>> long-rems j’avois conçu le projet d’aller en 
» être moi-même le témoin. J’en ai trouvé 
»> le moment , & je l’ai làifi. “ Il décrit enfuite 
les deux places contiguës que le Roi de Polo- 
gne fait conftruire à Nancy, dans l’une des- 
quelles il doit faire drelïèr la Statue du Roi 
fon Gendre. Surpris de ce qu’il a vu, il en fait 
un tableau fi vivant , qu’on croit voir avec 
lui la choie même. Quelle idée ne donne-t-il 
pas de ces deux chef-d’œuvres d’Architeûurc, 
de la grandeur & de la régularité des Bâtimens 
qui les décorent , de la richelfe des Statues qui 
les embe-llilîènt, de la fomptuofité des Grilles 
& des Fontaines qui les terminent. „Ce font, 
» dit-il , des monumens dignes des Maîtres du 
» monde , & les Villes les plus fuperbes ne 



I4i 

„ pofscdcnt rien en ce genre qui puilïè les 
„ effacer# 

„ Une circonftance qui m’a frappé , conti- 
l» nue-t-il , c’cft que les Ouvriers qui ont exé- 
„ cuté avec la plus grande précifion ces fu- 
„ perbes deflèins , n’ont point été tirés d’ail— 
n leurs que des Duchés de Lorraine & de Bar. 
M Ainfi les Souverains qui aiment les Arts & 
n les protègent , infpirent en quelque forte 
» les talens, & font naître en un moment les 
»> plus parfaits Artiftes. 

„ Ne diroit-on pas , ajoûte-t-il , que l’or fc 
» multiplie dans les mains de ce Prince. De 
„ combien de Particuliers n’a-t-il pas acquis 
•> les maifons pour percer des rues qui abou- 
», tiflent à cette Place? Et que dePerfpe&ives 
» agréables n’offrent- elles point à la vue? 
» L’irrégularité & l’élévation du terrein des 
n anciennes xuës exigeoient des excavations de 


iy 14. à 15. pieds dans tonte leur longueur; 

,, ils ont etc faits. Des fofses profonds ont 

„ été comblés par des travaux immenfes. On 

• 

„ ne peur trop admirer d’auflî grandes entre- 
>, prifes. L’Art & le Génie joints à l’aétivité , 
fy ont furmontc tous les obftacles que la 
• ,, nature oppofoit à la perfection de ces mo- 
„ numens. . ... La dépenfc exceflîve qui en 
„ étoit inféparable n’a pu en retarder l’exé- 
>, cution. 

C’efl: ainfi que M. l’Abbé Dagay,’ fi fou- 
vent témoin, comme il le dit lui-même, du ‘ 
zélé refpcétueux de fa Compagnie pour ftotre 
augufte Fondateur, lui met fous les yeux les 
merveilles, dont il a été le plus frappé durant 
fon féjour en Lorraine. 

Toûjours sûr d’augmenter l’intérêt qu’elle 
prend à la gloire de ce Prince , il lui rappelle 
enfuite les divers établifièmens que ce Mo- 




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-- . I 



*45 

narquc a faits dans fes Etats, & qui font dûs, 
les uns à fon refpeét pour la Religion , les au- 
tres à fon goût pour les Arts, tous enferabie 
à fon amour pour fes Peuples. Il eft vrai que 
, dans le récit qu’il en fait, on fenr une chaleur 
qui femble tenir encore des tranfports d’uno 
imagination ravie, mais rien n’y paroît flatté, 
que pareeque tout eft fincére ; & l’on voir 
que c’eft moins le tefpcéfc, ou l’amour, aisés 
à s’aveugler, qui conduiicnt la main du Pein- 
tre, que la juftice & la vérité, qui aiment à 
louer le mérite, mais qui femblent auflï ne lui 
rien accorder qu’à regret. 

En rapportant aisés au long ce qu’if a re- 
marqué dans notre Société , M. Dagay ne dit 
tien des Jcttons qu’on y diftribuë , ainfi que 
■dans les Académies de Paris. Cet ufage eft 
nouveau parmi nous, &-nous ne pouvons 
nous dilpenfer d’en faire ici une mention ex- 
prefle. 


«44 

Ce fut le r 4. Août 1 7 J j. que le Roi de Po* 
iogne , par des motifs qu’il n’a point exprimés 
dans l'on Ordonnance du même jour , mais qui 
font un nouvel éloge de fon cœur magnani- 
me , réfolut qu’à commencer du premier Jan- 
vier fuivant , il lêroit remis dans chaque Séance 
un Jetton d’argent de la valeur de trois livres 
tournois à chacun des Membres Titulaires de 
la Société •> que pour y procéder ayec ordre , U 
feroit tenu par le Secrétaire perpétuel un Ré- 
gime particulier, où il inféreroit , Séance pat 
Séance , ceux des Académiciens Titulaires qui 
s’y trouveroienr j & que ce Régiftre feroit li- 
gné a la fin de chaque Allèmblée par le Direc- 
teur, ou fous-Direéteur , & par le-Sécrétaire. 
Le fonds de cette dépenlè a été afligné ,&ces 
Jcttons excellemment gravés, portent d’un c&** 
té 1 effigie de Sa Majesté , & de l’autre, les Ar- 
mes qu’elle adonnées à l’Académie & qui font 
les Armes de Lorraine , furmontées de celles 


« 


*4f 

du Roi, avec ces mots autour : Soc. Royale 
Pes Sci. et Bell. Lettr. de Nancy 1755. 

Par ce détail, que nous ne pouvions obraet- 
tre, & par tous ceux que nous avons déjà 
faits > on aura vû que l’Hiftoire de l’Académie 
p’eft que l’fiiftoire des bienfaits du Monar- 
que , qui par un amour décidé pour les Scien- 
ces, a bien voulu la fonder. 

Les Mémoires qui vont fuivre , feront con- 
noître , fi elle a répondu à lès foins avec all- 
ant de fuccès qu’il avoir droit d’en attendre. 
Sans doute nous devrions craindre de les met- 
tre fi-tôt au jour •, c’eft au tems à meurir les 
fruits du génie. Mais nous avons à jufttfier no- 
tre application à nos diverfes études, & nous 
aimons mieux paffer pour moins habiles, que 
pour moins attentifs à nos devoirs. La meme 
indulgence que le Roi veut bien avoir pour 
dos efforts, nous l’efpérons de tous les Gens 
de Lettres. A i’oinbre d’un nom auili refpeék- 





146 

blc que celui de ce Prince , & en faveur de 
la gloire que méritent quelques Ouvrages 
qu’on va trouver dans ce Recueil , & qui d’eux- 
mêmes décèleront leur Auteur (ans qu’on le 
nomme. Nous ofons ne point appréhender 
cette critique judicieufe ,qui n’enaploye fes lu- 
mières qu’à la perfe&ion des Arts. En tout cas, 
elle nous inftruira ; & la priant d’oublier nos 
foibles commcncemens , nous fâcherons défor- 
mais de ne lui rien offrir qui ne foit capable 
de la (atisfaire. =■» 

Nous ajouterons feulement ici, que félon 
l’ufàge conftamment fuivi dans tous les Corps 
Littéraires , l’Académie ne prétend t point 
adopter les (ÿlïcmes contenus dans les Ouvra- 
ges qu’elle va donner. Contente d’en approu- 
ver le tour & la manière , elle n’ofe en garan- 
tir le fonds. C’efl: au Public qu’il appartient 
d’en porter un jugement auquel nous nous fe- 
rons toujours un devoir de fouffrire- 



147 





LISTE 

•DES MEMBRES 

DE L’ACADÉMIE, 

Selon l’ordre de leur réception , depuis 
fon établifl'ement jufqu a la fin 
de la préfente année 1754. 

: HONORAIRES , 

M. l e Comte de Tressan, Lieufc^ 
nant-Général des Armées de France, Grand 
Maréchal - des - Logis de Sa Majesté 
Polonoife, Commandant dans le Toulois ,. 
Barrois & Lorraine - Françoiiè , Meftbre 
ides Académies Royales des Sciences de 
Paris & de Berlin, des Sociétés Royales 
de Londres, d’Edimbourg& de Montpellier,. 
& de l’Académie desBelles-LettTes de Caen,. 

M. P o K ce t de la Riyierb, Evêque. 

Tome /. „ N 

\ 


148 

de Troÿes , Maître de la Chapelle du Roi 
de Pologne > Membre de l’Académie Royale 
d’Angers. • 

M. DE Chois eul , Primat de Lorraine, 
Grand Aumônier de Sa Majesté Polonoife. 
M. d’ Heguert y , Ancien Directeur Gé- 
néral du Commerce , Préfident du Con- 
fcil fupéricur , & Commandant pour le Roi 
dans rifle de Bourbon. 

M. le Comte de Caraman , Lieute- 
nant-Général des Armées du Roi. 

M. d'e St. Lambert, Capitaine au Régi- 
ment des Gardes-Lorrames. 

M .'le Comte de Custine d’Oxflance. 
M. le Marquis de Caraman , Maftre- 
de-Camp d’un Régiment de Dragons de Ton 
r nom. 

M. le Comte de Bressey. 

M. Drouas de Boussey, Evêque 5 c 
Comte de Toul. 


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*<■ • 


149 

TITULAIRES. 

3V^. Thibault, Ancien Lieutenant-Général 
du Bailliage Royal de Nancy, Lieutenant- 
Général de Police, & Procureur-Général du 
Bureau Souverain de Féneftrange. 

M. le Chevalier de SoLiGNAc,Sé- 
crétaire du Cabinet &des Commandemens 
i du Roi de Pologne , Sécrétairc Général de 
h Lorraine & du Barrois, Membre de l’A- 
cadémie de Rome, des Académies Royales 
de la Rochelle & de Berlin , Correlpondant 
de l’Académie Royale des Infcriptions & 
Belles -Lettres de Paris , Bibliothécaire &- 
Sécrétairc perpétuel de la Société. 

M. de Te r venus. Chanoine de l’Inlîgnc-' 

Eglife Primatiale. • 

Le R. P. de M e n o u x , de la Compagnie de * 
JESUS, Supérieur des Millions Royales, 

: de l’Académie Royale de U Rochelle & de - 

celle de Rome. Nij 


» IJO 

M. Gautier, Chanoine Régulier de la Con- 
grégation de Notre-Sauveur. 

Le R. P. Leslie, delà Compagnie de JESUS. 

M. de B eauch a mp, Colonel d’infanterie. 
Chevalier de l’Ordre Royal Sc Militaire de 
S. Louis, Lieutenant pour le Roi des Villes 
6c Citadelle de Nancy. 

M. Ha r man t , Do&euren Médecine de 
* i’Univerfité de Montpellier, Confciller-Mé- 
decin du Roi 6c de l’Hôpital Royal de S. 
Stanillas, Pensionnaire de la Ville de Nancy. 

M. Bagard , Confeillcr premier Médecin 
Ordinaire de SaMajesté, Médecin des 
Hôpitaux de S. M. T. C. Concilier Hono- 
raire & Médecin Penfîonnaire de Nancy , 
Fréfident du Collège Royal des Médecins 
de la Ville. 

M. Mathieu de Mou l on. Ancien Maî- 
tre des Requêtes des Ducs Leôpold & 


Ȕ* 

François, Bâtonnier de l’Ordre des 

* 

Avocats , Banquier - Expéditionnaire en 
Cour de Rome. 

M. Laugier, premier Juré du Corps des 

* 

Apothicaires de Nancy. 

M. C u per s, Médecin Ordinaire du Roi 
Doéteur en l’Univerfité de Montpellier & 
en celle de Pont-à-Mouflon. 

M. l’Abbé Monti g not, Dodeur en Théo- 
logie, Chanoine de l’Egl^fe de Toul. 

M. D e v aux, Leéfccur du Roi. 

M. l’Abbé Clement, Abbé de Marcheroux, 
Doéteur en Théologie , Prédicateur Sc Au- 
mônier de Sa Majesté, Doyen du Cha- 
pitre de Ligny. 

M. Credo, Avocat à la Cour Souveraine. 
M. Pallas, Lieutenant-Général «lu Bailliage 
& Siège Prélidial de Touh 

« >w 

> • • — - 

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* 5 * 

A SS O CIES ETRANGER £• 

M. eh Montesquieu , ci -devant Préfi- 
dent à Mortier au Parlement de Guyenne , 
de l’Académie Françoile, de celle de Bour- 
deaux > de la Société Royale de Londres & 
de celle de Berlin. 

M. de Secondât, de l’Académie de Bour- 
deaux, & de la Société Royale de Londres.- 
M. Henault, Préfidcnt Honoraire du Par- 
lement de Paris , de l’Académie Françoife & 
de l'Académie Royale de Berlin , Sur-Inten- 
dant de la Maifon de la Reine de France.- 
M. de Fontenelle, des Académies de Pa- 
ris , &c. 

M. DE LA CURNE-SAINTE-P ALAYE , de 
l'Académie deslnfcriptions & Belles-Lettres. 
M. Tersjer, premier Commis des Affaires 
étrangères, de l’Académie des Infçrip.tions 
àc Belles-Lettres, 


Digjti^gd t 


M* 

M. ds S enac, Confeiller d’Etat , premict 
Médecin de S. M. T. C. 

M. l’Abbé S i g o r g n e , Licencié en Théolo- 
gie de la Faculté de Paris , de la Maéfon & 
Société de Sorbonne , Chanoine de l’Eglifc 
de Maçon. 

M. l’Abbé C o m t e de G u a s c o ,*Chanoi- 
ne deTournay, des Académies de Paris , 
Londres, Berlin & Cortone. 

M. de MoNCRiF,Leéteur delà Reine, de 
l'Académie Françoise & de celle de Berlin. 

M. Palissot de Montenoy. 

M. le Chevalier de Cogolin , de 
' l’Académie de Prufle. • 

M. F r er on, des Académies d’Angers&de 
Montauban. 

M. de Monet, Général-Major an Service 
de Saxe. 

M. Guérin, Ex-Rcétcur de l’Univerfîté de 


Paris , & l’un des ProfefTeurs de Réthoriquc 
du Collège Mazarin. 

M. de Maupertuis, de l'Académie des 
Sciences de Paris, l’un des quarante de l’A- 
cadémie Françoile , &' Prcfïdent de l’Aca- 
démie Royale de Prufle. 

M. de la Condamine, de l'Académie 
Royale des Sciences de Paris , des Société* 
Royales de Londres & de Berlin. 

M. le Comte de Maillebois. 

M. le Corvàisier, Secrétaire perpétuel 
de l’Académie d’Angers. 

M. l’Abbé Dagay de Myon, Abbé d® 
Sorezc , de l’Académie de Befançom 



MEMOIRES 



MÉMOIRES 


DELA 

* 

SOCIÉTÉ ROYALE 

DES SCIENCES, 

\ 

ET BELLES-LETTRES 

DE NANCY- 


Difcoars prononce à l'ouverture de U Société, pur ’ 
Ai. U Chevalier de Solignac. 



ESSIEURS, 


J E craindrois de ne point réüflïr dans le 
miniftére dont on m’a fait l’honneur de ms 
charger, fi je n’elpérois de tirer de vous-mê- 
mes les fccours que je ne puis me promettre 
«le mes talens. 

Tome /. O 


f 


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I Mémoires de la Société' Royale 

Je fçai, Messieurs , que pénétrés des 
biens que le Roi ne ceflè de répandre fur vous, 
vous vcnéstous cnlèmble apporter ici le rribuc 
d’amour & de reconnoiflance qu’ils exigent. 
Vos fentimens éclatent dans vos yeux ; on les 
voit dans votre empreflement à m’entendre • 
votre filcncc meme les annonce : Que puis-je 
faire de mieux , que de les démêler dans vos 
coeurs, & de les mettre au jour avec tout le 
zélé qui les a produits , H je ne puis les rendre 
avec toutes les grâces que vous y prêteriés 
vous-mêmes ? 

Quel jour avés-vous remarqué dans vos An- 
nales plus glorieux pour les Lettres, plus heu- 
reux pour vous, que i’eft celui-ci ? Ce jour va 
faire déformais une des époques les plus bril- 
lantes de la Lorraine , & vos derniers delccn- 
dans , jouïllàns comme vous du bonheur 
qu’il vous prépare , en célébreront avec joyc 
le fou venir. 

Vous le connoilîèz ce bonheur, M essieurs \ 

II confiflc dans la culture de vos talcns, exci- 
tés par l’émulation 8c plus encore par le goût 
que le Roi vous connoît pour les Sciences , 8c 
qu’il veut augmenter par les bienfaits. 

’AuT.Gei. Ce bonheur eft le meme que la Içavante 
u? Ub. Athènes dut autrefois à Pififtracc, 6c bien-t6c 
vi. c*f. après, l’Egypte à Prolcmée,&à quelques-uns 
*7‘ de fes fucceflcurs. Ces Princes, amateurs éclai» 


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des Sciences & Belles-Lettres. ; 

*6s des beaux Arrs , avoient raflemblés tous 
les Livres qui pouvoient fervir à les perfec- 
tionner i 6c comme dit Pline , en louant le mê- 
me foin dans un Romain de fon tcms, ils fu- 
rent les premiers qui s’aviférent de rendre pu- 
blics les génies des hommes. 

Que ne firent pas, fur-tout les Ptolemiés, 
fiir le modèle que Pififtrate leur avoir donné? 
Déjà dès fon établiflement même, la Biblio- 
thèque qu’ils avoient fondée à Aléxandric , 
étoit de deux cent mille Volumes, au rapport 
de Jofephc -, & alors même , Démétrius de 
Phaière, qui en étoit Sur-Intendant , fe flattoit 
de la porter jufqu’à cinq cent mille. 

Près de ce dépôt , le fruit du bon goût & 
des foins généreux de ces Princes, étoit un 
Mulèe, efpéce d’ Académie , qui tiroir fon nom 
des Mules, Divinités Tutélaires des beaux Arts*, 
& dans ce lieu , des Sçavans nourris & entre- 
tenus aux dépens du Souverain, pouvoient fc 
livrer tout entiers à l’Etude , & par leurs Ou- 
vrages exciter l’amour des Lettres , qu’il cft 
prefquc impoflible de connoître (ans les aimer. 

Vous me prévenés, Messieurs. Vous 
avés déjà làifi le parallèle que je me propofois 
de faire. Ajoûtcz-y du moins ce que vous ne 
pouvés ignorer, que Prolemée Soter 6c Phi— 
ladelphe Ton fils étoîent également diftingués 
par les Armes & par les Lettres. Rappeïlez- 

. Oij 


Vaîî’ant 

Hifl.ett- 

Itntttr. 

P*X‘ '• 
Anfttl*. 
1701 . 
Il.ps £ . 

»*• îî* 

I08. 113. 
Atben*i 
Lib. I.C. 

*. 

Pli n. lib. 
XXXV. 

CAp. ». 

Fla.Jof. 
ant. Jud. 
lib. Xlî. 

CAf. ». 

Vaillant 
Hift.Pt #- 

lent. pA{. 
ao. 

Strab. 

* 

lip. /ri. 

xru. p. 

1587. 


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4 Mémoires de la Société Royale 

Vaillant V ous que le premier, un des plus chers favoris 
Um *1'" d’Alexandre, avoir eu part à tous lés exploits; 
rr- Que le fécond fut vainqueur d’Antigonus, 
/3.f.i8. M ac édoine: Que celui-là écrivit la vie 

u '*'**‘ d'Alexandre avec autant de grâce que de di- 
gnité', & que celui-ci, l’Emule & le Protecteur 
des Sçavans , fe fit une gloire de venger Ho- 
mère des in fuites de Zoile. 


Le rapport, Messieurs, que nous re- 
connoifions ici , principalement dans le pre- 
mier de ces Princes , fera plus jufte encore , fi 
nous nous fouvenons qu’un de leurs Succef- 
u. ftg. feurs, après s’être fait admirer par des Corn- 
as- ir mentaires Hiftoriques , inftirua des Jeux en 
^' n ‘ J’honneur des Mules & d’Apollon , & propofa 
des Prix à tout Homme de Lettres, que fept 
Juges établis pour décider du-mérite des Ou- 
vrages , auroient jugé digne dette couronné, 
* N’eft-cc pas là, Messieurs, ce que je 

viens vous expoler aujourd fiui ? Ne voyez- 
vous pas fe rcnouveller dans votre Capitale , 
- ce que la Grèce & l’Egypte admirèrent autre- 
fois ï L’ancien Palais de vos Ducs fe change 
tout d’un coup en un Temple des Mufes. Il 
s’y forme pour vous une Bibliothèque publi- 
que , qui doit augmenter tous les ans par les 
libéralités du Roi *, & deux Prix font fondés 
en même tems, l’un pour les Sciences , & 1 au- 
tre pour les Arts , dont feront Juges , des hom- 

. \ 



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fncs tirés de vorre Province même , & enga- 
gés par leur propre gloire à faire éclater dans 
toute l’Europe celle que vous tâcherez de vous 
acquérir. 

Ce n’eft donc pas alfés pour le Roi de Po- 
logne, que les Lettres Payent toujours accom- 
pagné dans fes campagnes avec Charles XÏÏ. 
l’Alexandre du Nord i ce n’eft point allés qu- 
elles faffent encore à prélcnf fes plus chères 
délices j il veuf, ce Grand Prince, il veut ré- 


pandre le même goût dans fes Etats. 

Perfuadé que rien n’eft plus capable que les' 
Lettres d’adoucir les moeurs , d’éteindre l’a- 


mour des plaifîrs frivoles, de faire fentit le 
befoin de la vertu & de jetter un ridicule fur 
l’ignorance & fut l’oifiveté , les deüx caufes 
les plus ordinaires de la décadence des Empi- 
res: Il s’efforce par fes regards bienfaifans d’a- 
~ihimer tous les Arts, d’étendre les idées de lès 
Sujets , d’augmenter les relîbrts de leur efprir, 
de leur faire aimer la vraie volupté de l’ame, 
& de leur apprendre à ne faire ulàge de leurs 
falens, que pour vaincre leurs pallions , ou 
pour détruire leurs préjugés , quelquefois plus 
dangereux que les pallions memes. 

Quel malheur pour les Lettres , Messieurs ! 
Ceux qui leur font le plus d’honneur pat le- 
tenduë, la vivacité, la délicatelfe de leur gé- 
nie, ne les déshonorent que trop fouventpac 


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1 Jfrmt. 

Epjt. 


6 Mémoires de J A Socie'te' Royale 

l’irrégularité de leurs mœurs. Sénéque s’en 
plaignoit autrefois, jufqu’â dire: Que depuis 
qu’il avoit paru des beaux efprits dans le mon- 
de , on n’y voyoir prcfquc plus de gens de 
bien. 

Eft-ce donc la faute des beaux Arts? Non , 
fans doute; Mais ainlî que le fuc de la terre, 
toujours précieux 6c toujours le même, pro- 
duit dans certains arbres des fruits délicats <5 C 
favoureux ; & en d’autres arbres de6 fruits 
grolTicrs & infïpides, fouvent in fuppor tables 
par leur âpreté: Les Arts qui ne font faitsque 
pour éclairer la raifon, l’épurent dans des ef- 
prits dilpofés à la connoîtrc , ôc fervent mal- 
hcurcutement à l’obteurcir dans d’autres qui 
n’en peuvent fouffrir l’édat. 

Votre Province, Messieurs , vient de 
nous fournir un exemple bien éclatant , que 
les Sciences n’ont jamais que d’heureux effets 
dans les âmes bien nées. Permettez à l’amitié 
un éloge où mon fujet me conduit naturel- 
lement, que je ne puis refufer à la jufticcque 
je dois à votre gloire, & qui eft 1» propre à 
exciter en vous une noble émulation. 

Vous connoifïèz Cénicj & où ne la con- 
noît-on pas au moment que je parle ? Quelle 
pièce de théâtre a-t-on fait de nos jours qui 
marque plus de fincflc & d’agrément dans l’ef- 
prit, plus d’élévation 6c de dclicateffe dans les 


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ogk 



des Sciences & Belles-Lettres. 7 

fêntimcns,où la vertu Ce montre avec tant de 
charmes , & qui fafi'e palier fi rapidement de 
l’admiration de l’ouvrage à l’amour de l’Au- 
teur ? Ouvrez les Lettres Péruviennes , vous 
y verrez des traits lumineux d’une Philofophic 
jufqu’à prêtent inconnue dans nos Romans *, 
& vous conviendrez de ce que j’ai voulu prou* 
ver d’apres un fi bel exemple, que c’eft uni- 
quement des germes d’un mauvais cœur que 
viennent les fruits amers, qu’on ofe attribuer 
aux belles Lettres. 

Il eft vrai quelles répriment quelquefois les 
vices de l’amc *, mais ce qui les regarde plus 
particuliérement, c’eft de corriger les défauts 
de l’elprit. U eft deux fortes de ces défauts. 
L'un a difparu depuis près d’un fiéele ; mais 
combien de tems a-t-il duré depuis le renou- 
vellement des Lettres dans l’Europe ? 

Quels furent d’abord les Ouvrages de nos 
Sçavans? De lourdes compilations , des dileuf- 
fions léchés 6c ennuyculès , des recherche» 
frivoles fur des mors, des critiques, où fous 
une grolfiére impolirefle on découvroir àpei- 
^-nttxjuelques lueurs d’cfprit 6c de bon fens. Ac- 
cablés fous le poids de leurs immenfes volu- 
mes, nos Peres n’ofoient penfer que d’après 
les Grecs 3c les Romains , ou d’après les Ara- 
bes leurs premiers Maîtres. Copiftcs fervilcs, 
ils abufoient du nouvel Art de l’Imprcftion ; & 


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S Mimoircs de la Société Royale 
ceux-là pafl'oienrpour plus habiles, qui avoienrt 
fait plus de dégât dans de vieux Livres, & en 
avaient arraché plus d’inutiles lambeaux. 

Ce n’cft qu’à l’érablilfemenr des Académies 
du Royaume, qu’on peut fixer l’époque du 
bon goût, qui revint enfin parmi nous. Ce 
fut alois que reparut cette juftefle néceflàire 
dans les idées ; cet ordre qui les arrange, les 
développe, les aggranditen même teins* cette 
chaleur qui en les faifant éclorre , les rappro- 
che , les réunit & les fait paroître par une gra- 
dation imperceptible comme le germe les unes 
des autres. Ce fut alors qu’on vit des Ouvra- 
ges, où fetrouvoit avec la régularité du defi- 
lein, toute la vigueur d’un génie créateur* où 
l’on étoit forcé d’admirer cette fimpliciré ma- 
jelhicufè qui embellit la raifon même} cette 
fige délicatclïc qui ne dilânt jamais tour, en 
d:t pourtant toujours allés *, en un mot, cette 
aménité d’expreflion que les grâces in fpirent, 
mais qu’elles n’avoüenc qu'autant que i’cfprit 
n’y mêle rien d’inutile ou de forcé. 

Il eft encore des hommes parmi nous Mes- 
sieurs, qui par leurs écrits foutiennenr la 
gloire de ces tems heureux; mais n’avons-nous 
pas à craindre de voir bien-tôt s’éteindre les 
dernières étincelles de ce feu qui répandoitun 
fi grand éclat dans l’Europe ? 

J’avoue que les Lettres ne furent jamais plus 



“Vf. 


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7 


des Sciences & Belles-Lettres. * 5 
cultivées qu’elles le font de nos jours. Chacun 
fe fait honneur de mêler à la fçicnce de lapro- 
fclfion dcsconnoilïànces toujours ut jjes, quoi- 1 
qu’érrangéres. L’Hiftoire , la Phyfique , la 
Géométrie, la Mufique même & la Peinture, 
tout ce qui orne l’elprit, ou qui peut en éten- 
dre les lumières, fait partie de l’éducation des 
jeunes gens; 8c l’on n’ofe prelque plus fe pro- 
duire dans les compagnies , fans quelque tein- 
ture d’un fçavoir agréable & délicat. 

Mais quel eft en général le Içavoir de norr£ 
fiéele? Voyez quelles en font les mœurs; elles 
ont coutume d’influer fur l’efprit même. Des 
cœurs volages annoncent naturellement des cl- 
prits légers. Ainli dans nos idées , comme dans 
nos f^timens , rien ne nous fixe , nous volti- 
geons d’objet en objets 8c nous ne prenons 
que la fleur de ceux qui nous arrêtent. 

De-là cette foule d’écrits fuperficicls , plus- 
propres à nourrir l’oifiveté qu’à Ta dillîper. 
De-là ces Romans, débauches d’un cfprit fri- 
vole qui craint la peine 8c le travail , 8c qui 
veut faire pafler pour un pénible effort de gé- 
nie , l’elfor aile d’une imagination qu’il auroir 
dû réprimer. 

Pour définir en un feul mot notre fiéele 
ne pourrions-nous pas l’appcllcr le fiéele. de 
•l’elprit? Le brillant ne I’cmporre-t-il pas au- 
jourd'hui-dans toutes fortes d’Ouvrages fur 


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« o * Mémoires de U Socie'té Royale 
la richeflc de la compohtion ? Et dans nos li- 
vres ne préfére-t-on pas les traits faillans,les 
orneincnÿ afkCtcs, les grâces du langage, à 
la profondeur , à la juftclfc, à la finefic même 
des réflexions? 

C’eft le fécond défaut, dont je voulois par- 
ler , & qui plus encore que le premier , doit 
être corrige par une lage culture des belles 
Lettres. Les Compilateurs.dont j’ai fait men- 
tion , Peintres durs & grofliers , ne Te don- 
îloicnc pas la peine de broyer leurs couleurs. 
Ils ne connoilfoicDt point l’Art d’en former 
des nuances. Ils les plaquoient au hafard & fans 
choix , & faifoient des tableaux fembiables à 
Vtr* t. ceux de Paulias , dont parle Horace , qui ne 
sZÿ* 1 peignoir qu’à la crayc, ou au charbon.^ 
vii. vn. Les Ecrivains de nos jours , plus habiles , 
* 8, & trop habiles même, ne manquent le but, 

que pareequ’ils le pafl'ent. Ils gâtent la belle- 
nature par les preftiges de l’Art ; iis mettent 
des éclairs où il ne faut que de la lumière, & 
du tranfport où il ne faut que de la chaleur. 

Quelle cfpérance ne nous donnez-vous pas. 
Messieurs, de voir bien-tôt cdorre dans 
' votre Province des productions exemptes de 
ces défauts. 

Hift. de Je vois encore répandu dans ce Pays l’efprit 
D° r cat- ^ cs Maldonac , des Grégoire, des (Charpentier, 
met , t. des Bardai, qui rendirent autrefois l’Univerfité 


des Sciences Belles-Lettres. 1 1 

de Pont-à-Mouïïbn fi célébré. Il me fêmble en- h. papt 
rendre un Maimbourg,un Abram, l’un Hifto- ‘J 
rien rapide & (eduifant; l’autre critique exaéb de j 7 »8. 
& lênsé.qui cous deux nés dans votre Province, n ‘ 
vous exhortent à cultiver vos talcns. Les Cal- , ^ 59 ’ 
met, les Cellier, malgré leur modeftie, plus 
loiiable encore que leur profond fçavoir , vous 
montrent eux-mêmes les traces de leurs pas 
dans la carrière où ils vous appellent. Quel 
avantage pour vous 1 Tous les chemins qui 
çonduifent à la gloire Littéraire vous font déjà 
préparés. 

Eft-il aucune Science , eft-il aucun Art , donc 
vous ne trouviez des modèles darts votre Pa- 
trie ? Et quels modèles , Mess(f.urs) Dans 
la Jurifprudencc, je vois les Bourcier, les le 
Febvrc , les Matthieu - , dans les Mathématiques, 
les Jean Lhofte & les Rivard ; dans le Génie , 
les Erard, Ingénieur de Henri IV, le premier 
qui ait écrit des Fortifications •» dans la Science 
des Médailles , les Antoine le Poix; dans la 
Méchanique, les Delcamus; dans l’Art de la 
Gravure, les Callot, les Sylveftre, les Racle, ' 458, 
les Spiere, les Saint-Urbain ; dans la Peinture, 
les Lallemand, les Bellange; les Jean Leclerc, 
les Melin, les Gelée, les Bcrmand; dans la Sculp- 
ture , les Bagard , les trois Adam freres, ac- 
tuellement vivans; &dans l'Art de la Fonde- 
rie, les Çhaligny & les deux Cuny. 


* 


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ï £ Mémoires de la Société Royale 

Combien d’autres .exemples domefWqués 
n’aurois-je pas à vous citer , Messieurs, 
pour vous porter à féconder les deflèins cl'u 
Roi, & pour vous engager à juftifier l’idée 
avamageuie qu’il a conçue de vos talens. 

Ne craignez rien des Cenfcurs établis pour 
jliger du mérite de vos Ouvrages ; aucun d’eux 
ne prétend s’arroger une diélatüre furie Par- 
nallè. S’ils cherchent à éclaircir, à épurer les 
eaux du fleuve qui l’arrolc, ce ne fera que pour 
les rendre plus propres à l’accroifTement des 
plantes qu’ils fe propofent de cultiver. 

La feule peine à redouter dans le fage exa- 
men qu’on fera de vos Ouvrages *, c’eft: qufc 
eeux qui n’auront point ce degré de jufteflc&: 
de folidité qui enlève les fumages, ne feiont 
point mis au jour; &que l’Auteur demeurant 
inconnu , n’aura d’autre regret que de n’avoir 
pas aisés approché du point de perfection où 
il s’étoit proposé d’atteindre. 

Ce n’eft pourtant pas que nous ayons dek 
Icin de rebuter tous les Ouvrages qui n’auront 
point concouru pour les Prix. Il n’eft guéres 
de productions travaillées avec foin , dont les 
défauts ne foient rachetés par des beautés, 
comme il n’en eft point dont les beautés ne 
foient mêlées^de quelques défauts. Ce fera à’ 
nous, & l’ordre noufc'cn eft imposé, ce fera* 
à nous à recueillir dans ces minéraux brutes 


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des Sciences Çj Belles- Lettres. 1 $ 

tous les grains d’or qui s’y trouveront, & aies 
mettre en œuvre , autant pour l’avantage de| 
beaux Arts , que^our en faire honneur à celui 
à qui nous eu terons redevables. La critique 
qui proîcrit tout, n’enfeigne rien & déconcer- 
te i celle qui démêle & ehoifu, inftruit autant 
quelle encourage ; ôç c’elt celle que nous 
adoptons. 

Que vous reftc-t-ii donc à préfcnt , M e s- 


sieurs , qu’à orner votre Patrie par vos ta- 
lens , ne fut-ce que pour vous donner plus de 
relation & de rapport avec la France, dont vous 
devez faire un jour une des plus illuftres por- 
tions? Quelle Nation fut jamais plus capable 
que la vôtre de réiiffir dans tous les Arcs , que 
la France chérit? Votre langue , vos mœurs , 
vos penchans, votre origine font les mêmes. 
Vous l’égalés déjà dins la tendre affeétion 
qu’elle a pour fou Prince > il ne tient qu’à vous 
de l’égaler bien tôt par la culture de l’cfprir. 

Quelle idée réveillai-je ici dans vos cœurs? 
Quel nouveau motif vous offrai-je encore de 
vous appliquer à l’étude ! Admirateurs zélés 
du Prince à qui vous devez appartenir, quels 
efforts n’êtes-vous pas capables de faire pour 
être déformais plus propres à célébrer fes ver- 
tus ? Nous avons vu , nous voyons encore tous 


’es jours parmi nous une efpécc de prodige. 
' Fuels Peuples ont jamais ol'é louer d’autres 


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1 4 ‘ Mémoires de U Société' Royale 
Princes fous les yeux de leurs Roi* ? Et quels 
J<.ois entendirent jamais avec plus de plaifir , 

S ue le nôtre , les éloges que*vous ne ce/ïës de 
onner au Prince qui doit vous gouverner 
«près lui ? 

Je ne m’étonne plus, Messieurs» que 
LOUIS Toit lî chéri de fes Sujets. Il cft dès-à- 
préfent ilpbjet de votre amour ; 8c de quels Peu- 
ples fi éloignés ne l’eft-il point, fi ces Peuples 
ont le honneur de le connoître? Beaucoup de 
Princes ont brillé dans le monde par cette har- 
diellè de cœur qui fait les Héros *, combien peu 
le Ibnt diftingués par la hardieflè de l’elpric 
qui fait les grands nommes? L’une fe fait ad- 
mirer fous le nom de valeur, & elle eft allés 
rare \ l’autre , plus rare encore , eft cette im- 
muable fermeté, qui fans audace & fans orgueil, 
fans préemption &lans opiniâtreté, le roi- 
dit dans les difgraces , ne s’amollit point dans 
les fuccès ; & ne confondant jamais l’extraor- 
dinaire avec l’impofiîble , fuit confinement les 
deflèins que la raifon a conçus & que les cir- 
confiances des tems ordonnent. 

C’eft cette vigueur de l’ame,M e ssi eurs, 
qu’admirent dans LOUIS tous ceux qui ont 
l’honneur de l’approcher de plus près ; c’eft le 
caractère diftinétif de ce Monarque ; mais, ca- 
ractère qui paroît à peine fous ce dehors fini-^ 
pie & naturel qui lui cft fi propre, & qui fçm- 


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des Sciences Belles-Lettres. t { 
blc fuïr les regards de ceux qui en font frappas. 

Quelle douce efpérancc pour vous. Mes- 
sieurs! Les grandes qualités de ce Prince fc 
reproduifenc tous les jours dans fon augufte 
Fils. J’ai vu, j’ai vu en lui cette précieufe tran- 
quilité d’une amequi ne (e permet de pallions 
qu’autant qu'il en faut pour être heureux, & 
qui par cela même exempte de préoccupation, 
pente toujours avec juftefle ôc ne s’exprime 
qu’avec autant de douceur quelle en relient. 
J’ai été témoin aulïi de fon goût pour les Let- 
tres : précieux augure des Hatteufes diftinc- 
tions qu’elles doivent en attendre, ôc de la 
vive recornnoiflànce qu’il a droit d’en elpérer. 


D I S C O U R S 

De M. Thibault, prononcé dans la 
* meme Séance . * 

Messieurs, 

Pénétré de refpeék à la vue de ce qu’il 
y a de plu*diftinguédans les trois ordres de la 
Nation, réiinis dans ce Palais, le féjour de nos 
anciens Maîtres ; frappé plus que jamais de 
l’idée de mon infuffilance, aurai -je allés de 
force ÔC de liberté d’cfprit pour me rendre 



I d Atîmoires de la Société' Royale 

f Interprète de vos lentimens > trouverai -je 
des termes qui répondent à la magnificence du 
Prince qui ouvre une carrière fi vafted l’exer- 
cice de tous vos talens ? 

Une réflexion me rafliire, Messieurs*, 
le .cœur , cette noble portion de nous-mêmes, 
n’a pas befoin du fecours de l’éloquence pour 
payer le tribut de les hommages. Lapins émi- 
nente qualité de l’Etre Souverain , c’efl: d’être 
bon par excellence \ &C fa bonté n’exige de 
nous dans nos aétions de grâces, ni le choix 
des penfées, ni le faite des expreflions. Tel 
cft le propre de la Grandeur, elle fait le bien 
pour le bien , fans aucun retour fut elle-même. 

N’attendcz-donc pas , Messieurs, que 
pour acquitter votre reconnoilïànce , je m’ef- 
force dans un long difeours de faire l’éloge 
d’un Roi, qui par fes vertus eft au dcfliisdes 
deux couronnes qu’elles lui ontfucceifivcment 
méritées. Lots même qu’à l’exemple desCé- 
fars & des Auguftes , la main nous trace des 
Ouvrages dignes de l’immortalité, là modef- 
tic, loin de nous permettre les louanges, nous 
défend en quelque forte l’admiration. 

Quel Prince cependant mérita mieux d’être 
célébré? Il devient en ce jour le Reftaurateur 
des Sciences & des Arts. Les diftérens bien- 
faits dont il nous a déjà comblés, fembioienc 
avoir épuisé toutes les reflburces de fa ten- 

dreflè 


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des Sciences & Belles-Lettres. 1 7 
dreffe pour Tes Peuples. La Religion accrcdi- 
' téc, la Juftice protégé*, la difette prévenue » 
les Malades fecourus , les Pauvres foulages , les 
Orphelins , qui par lui ceflènt de l’être , la Jeu* 
neflè illuftre, mais indigente, rendue à la no- 
blefle de là deftination , le Commerce florif- 
fant , la Chicane expirante., font autant^d/t» 
voix, qui au défaut de la mienne , publieront 
à jamais la gloire du meilleur des Rois. 

Non content d’avoir répandu fes dons dans 
nos Villes & dans nos Campagnes, fur nos En- 
fàns & fur nos Familles , il veut les répandre 
aujourd’hui fur nos efprits & fur nos cœurs» 
il vient éclairer notre rarifon , multiplier nos 
connoiflànces , régler rtb s mœurs» épurer nos 
goûts, occuper notre loi fir , nous faire con- 
noître le prix du tems , les charmes du ttavail 
& la honte de l’oifiveté. • 

Vous donc qui brillez de quelque étincelle 
de génie, apportez à ce Tribunal Littéraire les 
fruits de vos veilles 8c les productions de votre 
induftrie. Ici il eft permis à tout le monde de 
donner l’eflor à fon efprit, 8c de développer 
ces précieux germes aulquels il ne manquoic 
que la chaleur pour les mettre en aCtion. 

Vous le fçavez , Messieurs, plufïeurs de 
nos Ancêtres s’illuftrércnt autrefois dans le» 
Sciences &c dans les Arts, les uns par leur élo- 
quence 8c la lolidité de leurs écrits , les autres 
Tome J. P* 



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1 2 Mémoires de la Socic'te' Royale 

par les grâces & la hardiefie de leur pinceau » 
la délicàtefle de leur cileau , la force de leur 
burin i & à quel point de perfc&ion ne fe- 
roicnt-ils pas tous parvenus , fi dans les com- 
mericemens de leur travail , ils euflént eu com- 
me nous le tréfor toujours ouvert d’une Bi- 
^J^jothéque publique, dans leurs progrès une 
foule" d’Emule & de Concurrens, & pour ter- 
nie un honneur non moins flatteur que dans 
ce nouveau Lycée que celui du triomphe dans 
l’ancienne Rome. 

Con facrons dans nos faites , M F. s s i e u r s > cet 
établiflement fi digne d’un Souverain qui ne 
s’occupe qu’à faire clés heureux. Apres la perte 
«ue nous avions fait^par 1 élévation du Prince 
magnanime que fes grandes deftinées appel- 
loient à l’Empire , que pouvoit-il arriver de 
plus glorieux & de plus avantageux pour nous 
que de vivre fous les Loix d’un Héros qui 
commença par facrifier au bien de la paix tous 
fes droits fur la Pologne; pour nous aflocier 
à la France fous fa propre domination , & en- . 
fuite fous celle d’un Monarque , dont le fur- 
nom de BIEN -A IME' nous rappelle tous 
nos Maîtres. 

Un titre non moins honorable ne carac- 
térife-t-il pas le Prince qui régne fur nous? 
Hâtons -nous de le tranfmettre à la pofte- 
lité. Fortunés Compatriotes, joignes, umU 


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des Sciences (3 Belles-Lettres. 1 $ 
fcs vos voix à la mienne. Que le furnom de 
STANISLAS LE BIENFAISANT, 
gravé fur le marbre Sc infcrit fur le frontifpice 
de ce Temple confacré aux Mu fes , falTe palier 
à nos derniers Neveux dans un feul mot, la 
mémoire de fes bienfaits lîgnalés, avec les fen- 
timcns de tendrefle 5c de recon«oiflànce, qu’il 
a lui-même imprimés dans nos coeurs en traits 
ineffaçables. 


DISCOURS 

Ve M. le Comte de Très s an,- 
prononcé dans U meme Séance. 

M ESSIEURS, 

Qjj’il m’cft honorable d’acquérir aujour- 
d’hui parmi vous le titre de Citoyen ! Qu’un 
titre li cher à mon cœur m’infpire d’ému la- 
ce Difcours comprcnoit originairement la plupart des dé- 
couvertes utiles qui ont été faites de nos jours en toutes forte» 
«TA rts de de Sciences. Rien ne convenoit mieux dans un jour 
confacré à l’ouverture d’une Société , qui devoit déformais ne 
s’occuper qu’à étendre , ou à perfectionner ces découvertes ; 
mais M.deTreflân a fouhaité qu’on partageât ici fôn Difcours, 
& qu’à la fuite de ces Mémoiies , on donnât à part he détail 
des favantes Obfcrvations de notre fiécle. nies ne peuvent qu0 
frapper davantage féparées de tout ce qui a voit rapport à U 
cérémonie du jour, 

Pij 



2.0 Mémoires de U Société Royale 
tion ! Quels efforts ne dois-je pas faire porrr 
me rendre digne du choix dont, notre augufte 
Fondateur m’a honoré ?. 

L’indulçence de trois célébrés Académies 
qui m’ont adopté , ne m’aveugle point Mes- 
sieurs, & la reconnoiflance que je leur 
dois, m’oblig» à déclarer moi -même le peu 
de droits que j’avois à leur élediontj’ai paru 
délirer avec ardeur de profiter de la profon- 
deur de leurs connoilîànces ; la ledure de leurs 
Ouvrages a embelli tous les momens que me 
lai fient les fondions de mon état ; j’ai ofé 
foûmettre quelques foiblcs Mémoires à leur 
Tribunal; elles ont voulu me mettre à portée 
de recevoir leurs inftrudions ; c’eft ainfi , 
Messieurs, que les Compagnies les plus 
utiles aux Etats fioriftans &paifibles, ont ho- 
noré la profefiion'Ia plus néccffaire pour la 
défenfe & pour la gloire des Empires. 

Le Temple, que la Majefté éleve aux Mu- 
fes, vient d’être confacré par nos acclamations:. 

Puiffe cet établiflèment contribuer à rendre 
là gloire immortelle 1 Hâtons-nous, Messieurs, 
de fuivre l’cfprit 8c les vûés de notre augufte 
Fondateur : Et permetrez-moi de commencer 
à remplir les fondions du titre dont S A 
Majesté m’a décoré , en expofant une partie 
des moyens de profiter de les bienfaits. 


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des Sciences Belles-Lettrt:. xi 

L A Morale a des principes certains dans les 
Loix que la Religion nous impofe > ces 
Loix ne font point arbitraires. 

Nous avons reçu des Grecs 8c des Romains, 
celles qui doivent régner dans les Belles Let- 
tres ; & ces Loix ont été fuivies & conftatées 
dans tous les Ouvrages dignes d’eftime. 

'Qu’il feroit heureux pour les Sciences, qu- 
elles euffentdes principes auflî univerfellement 
reconnus ! Mais lorfque nous étudions les 
Ouvrages qui nous relient des Anciens, mal- 
gré les beautés qu’ils renferment, ils nous inf- 
pirent une jufte défiance > fouvent nous y trou- 
vons plus d’imagination 8c d’hypothéfes que 
de fondemens l'olides, plus de iubtilité 8c de 
fophifmes que d’évidence ; toujours allés forts 
pour détruire les lyllèmes qui les ont précé- 
dés, ils ne prouvent que leur foiblelfe dans 
ceux qu’ils eilàyent d’établir. 

* Un jour plus pur commença à luire dans 
les premières années du XVI e . liécle : Un Po- 
lonois ( i ) .... il ellfans doute deftiné > 

( i ) Un Polonois. . ^popcrnicytüquit Thorn , il fut Cha- 
noine dans l’Églfe principale de cote '-'illc ; rebuté du fyfté- 
me de Ptolomée , qu'il trouvoit fans ordre , fans proportion i 
il chercha dans les Ouvrîmes des anciens l'hihifophes quelque 
que idée plus vrai-fcmblable fur le mouvemci.t de. Corps Cé- 
ieltes. 11 faifit la première dans Cicéron , qui rap.urte dans, 
les queltions Académiques, que Nicetas de Siracuic avoit rn- 
fergné que 1a une tournoie autour de iuu rue. Il tira la le- 



1 1 Mémoires delà Scciété Royale 
M f. ss i eur s, à cercc n.icion comageule & 
fp. rituelle de produite dis Héros &c de grands 
Hommes dans tous les genres : Un Poiçmois 
o (a imaginer de nouvelles Loix pour les Corps 
Céleftes > le fyftcmc de Copernic fut appuyé 
par les travaux & les calculs de Kepler, (x ) 
& par les oblervations Tclelcopiques que fit 
le grand Galilée ( 3 ) des phales de Venus 8c des 
Satellites de Jupiter. 

condc de Plutarque, qui rapporte que Philolaus le Pytagoricien, 
«voit enft-igné que la terre totirnoit annuellement autour An 
Soleil ; le livre de Copernic fut imprimé en 1 5^3 ; on lui ap- 
porta les premières épreuves peu d’heures avant fa mort. Ce 
fy (terne peut remonter i une antiquité très-reculée ; on voit que 
e’ett le même que celui de Pythagore, & on fçait que ce Phi- 
lofoplie fuHime avoit acquis des connoiflanccs nouvelles & 
très-ctenduës dans les longs voyages qu’il avoit fait , & dans 
le commerce qu’il- avoit lié avec des Philofophes Chaldécns 
& Hyperborétns. Ce fy iteme le plus raifonnable de tous , & 
le feu! qui puillë être prouvé , avoit été attaqué avec fureur 
toutes les fuis que quelque efptit méthodique & obfervatcur 
en avoit ofé expofer les principes ; l’Évêque Vigilius en fur la 
victime ; depuis Copernic il a été traité long-tems dans les 
Écoles , de fyftcmc téméraire; à la fin , fon évidence l’a em- 
porté , & ces mêmes Écoles le fuivent aujourd’hui. 

( a ) Kepler. Il trouva par les calculs ,quc toutes les planctes 
décrivoicnt des aires proportionnelles aux terni , & que leur* 
di (tances moyennes entre elles, étoknt comme les racines cu- 
biques des quarrés des tems de leurs révolutions. 

( 3 ) Galilée. Il fut le premier quitte fervit des Telefcopes 
nouvellement inventés pour les obfervations Altronomiqucs ; 
•e-fut fur la tour de Saint Marc à Venife, qu’il ohfcrva & dé- 
montra en préfence du Doge, que Venus avoit des phafes com- 
me la Lune , & qu’il obfcrva les latellitcs de Jupiter , ce qui 
confirma la folidité du fyftc ; mede Copernic , & les fuppofirions 
de cct Aitronomequi avoit annoncé les phafes de Venus, com- 
me exiitans & comme puilibles à obierver fi Ici iuitruuiuM 
éioient perfectionnés, 


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J 


des Sciences & Belles - Lettres. x ; 

Les deux plus grands Philofophes que la 
Fiance & l’Angleterre ayent élevé dans leur 
fein fuivirent le même fyftêmc ; mais les expli- 
cations qu’ils en donnèrent furent abfolument 
différentes. Delcartes , doiié d’une imagination 
force & audacieufe , & déjà vainqueur des 
oblcurités du Péripatétifme (4) ofa. tout ha- 
farder, & s’écarta trop fouvent des Loix Géo- 
métriques qu’il avoit établies lui -même. Le 
Chevalier Newton, plus ferme dans fes prin- 
cipes , n’ofa faire un pas fans être appuyé par 
des démonftrations, Ôc fans être éclairé par 
l’expérience - , c'eft ainfi qu’il mérite d’être fui- 
vi, & il n’eft plus d’Académie en Europe, qui 
ne reconnoille la fageflè ôc la vérité de fes 
propofitions. 

Cependant , M E ss 1 E U R s , quoique les tra- 
vaux du Chevalier Newton nous ayent éclairé 
fur le lÿltême du Ciel , nous ne le fommes 
point encore allés fur les différens phénomè- 
nes de la nature , pour ofer les rapporter tous 
à un même principe. Nous imaginons ce prin- 
cipe comme unique, comme univerfel , par- 
ce que l’unité dans les caufcs nous parole la 


( 4 ) Defcartcs attaqua les obfcures définitions d’Aridote , 
& prouva qu’elles étoient vuides d’un fens réel , & ne fàifuk-nc 
qu’embarratièr la raifon fans l’éclairer ; il fubilitua les calculs 
& les expériences aux hyputhefes & aux fuppofitions. Heu- 
reux , fi fon elprit inventeur ne l’eût pas entraîné à fortir tic» 
principes qu’il avoit établis lui-même ! 



2 4 'Mémoires de la Société Royale 
plüs digne de la Toti te- Puifl’ance du Créateur; 
mais ce n’eft que du tems & des travaux mul- 
tipliés des Académies , que nous pouvons cf- 
pérer de raflèmbler une fuite de faits ailes norn- 
breul'e pour en former une chaîne indiflolu- 
ble. 

Vous êtes aujourd’hui. Messieurs, ap- 
pellés à ce grand travail. 

Quoique fefprit des Académie jfoit de n’ad- 
mettre aucun fyftcmci elles ne défapprouvent 
point ceux qui lient un grand nombre d’ex- 
périenccs 8c d’obfervations dans un ordre phi- 
lofophique, &c tendant à établir des générali- 
«rés , pourvu que leurs conjectures, même les 
plus probables , ne loient pas expofées com- 
me des aliénions. 

C’eft dans cet elprit que les Académies lé 
prêtent des fecours,& fe rendent compte de 
, leurs travaux , fur lefquels elles ont des droits 
mutuels. C’eft ce lien , fi refpeétédes Nations* 

& li cher aux Souverains , qui a entretenu la 
eorrcfpondance la plus intime entre l’Acadé- 
mie des Sciences de Paris 8c la Société Royale 
de Londres , même pendant la durée d’une- 
guerre vive 8c lànglante, qui n’a pu d’ailleurs 
qu’augmenter l’eftime réciproque des deux 
Nations. 

Suivons donc , Messieurs, la carrière 
que notre Fondateur- vient de nous ouvrir. Ré- 
pondons 




des Sciences Çf Belles-Lettres. t f 

! >ondons à la haute idée qu’il s'eft faite des ta- 
ens Sc de l’amour des Sciences» dont les Lor- 
rains donnent fi (burent des preuves. Nos pre- 
miers pas font marqués par Ces bienfaits , qu’ils 
le foient par un travail digne de lui plaire. 

Les Sciences ne font plus voilées aujourd’hui 
par ces nuages qui flartoient l’orgueil des an- 
ciens Philosophes» leurs tréfors font ouverts » 
& n’ont de prix qu’autant qu’ils font utiles. 

La raifon» l’expérience & l’amour que l’on 
doit à la fociété» ont banni de l’Etude de la 
Nature ces puiffànces occultes , toutes ces 
Sciences fêcrétcs,ou plutôt ces preftiges odieux 
qui dèshonoroient les ChefsdeSeétes, & qui 
aveugloient leurs difciples. 

L’efprit de toutes les Académies efl de (c 
rapprocher de ceux qui aiment à partager leurs 
travaux. Loin d’ahattre le courage de ceux qui 
font quelques efforts » loin de (è fervir de tou- 
te leur fûpériorité » elles plaifcnt à l’efptit • 
l’inftruifcnt, l’éclairent» Sc le mènent par des 
routes auffi sûres qu’agréables à la connoif- 
fàncc de la vérité. 

Il eft bien rare. Messie urs, que le mô- 
me homme poffede tous les talcns. La nature 
eff avare de ces hommes fupéricurs, qui, tels 
que le Général qui commande fur nos fron- 
t ères, joignent toutes les lumières que don- 
nent les grands détails* l’expérience qui naît 
Tome/. 



1 6 Mémoires de U Société Royale 

des grands événemens , & la rcfl'ourcc , Se tou« 
les dons du plus beau génie. 

Ce n’cft que par l’examen le plus fovérc de 
foi-même qu’on peut déterminer quel eft le 
genre qui nous eft propre. Il faut eftayer Ces 
forces, il faut fur- tout écouter le génie. Il ne 
nous trompe prelque jamais, lorfquc nous pro- 
fitons de lès premiers eflbrs , Sc que nous 
fuivons les routes qu’il nous indique. 

Les Mufes , quoique fœurs , quoique égales 
entre elles, ont des caraékércs particuliers qui 
les diftinguent. Toujours prêtes à fe prêter de 
la force, des grâces Sc des fecours mutuels, 
leurs dons, leur langage, leurs travaux font 
différens : il faut éviter de les confondre. 

L’Eloquence Sc la Pocfie doivent leurs plus 

g randes beautés à la juftefle de la pcnlée , à 
i force Sc à l’énergie de l’exprdfion ; mais 
des détails trop longs, trop exaéts,alréreroien* 
la vivacité d’un feu qui s’éteint, s’il n’eft tou- 
jours foutenu. 

Quoique le fontiment doive être toujours 
d’accord avec la rai(on,ce n’eft point dans le 
moment où nous jouïflons du trouble agréa- 
ble qu’il excite , que l’on doit s’aftujettir icru- 
puleufeirunt à l’ordre méthodique de l’analifo 
Sc du raifonnement. Evitons, fur tout dans 
ces fortes d’ouvrages , des exprefiions trop 
recherchées , des diftinûions frtvoles , Sc des 


dét Scieftees Ü Belles-Lettrés. i f 

réflexions qui n’annoncent fouvent que le dé- 
fit de briller. Elles dérruifenr le vrai fublime, 
qui n’eft: touchant qu’autant qu’il eft naïf, qui 
n’eft grand que par lui -même, qui ne doit 
■être enfin que l’cxpreilion du premier elfor de 
i’ame. 

Il faut éviter avec le même foin de confon- 
dre l’exaétitude , toujours néceflkire dans la 
conftruéfcion , avec une tournure trop recher- 
chée. Le défie d’expolèr une pensée , <5c de 
peindre les nuances d’un fenriment d’une fa- 
çon nouvelle, nous expofe fouvent à tomber 
dans l’obfcurité, ou dans une affe&ation qu’un 
des plus beaux efpritsde l’antiquité, que Sc- 
néque lui-même eut à Ce reprocher. La juftefte 
de l’efprit doit écarter ce que les Dilfertations 
ont d’in utile }& lés définitions les plus vrayes 
font ordinairement les plus courtes ôc les 
moins compliquées. > 

Ne nous fervons même , qu’avec une ex- 
trême réferve, de ces figures trop brillantes-, 
que la Réthorique définit, fans les confciller ; 
fouvent elles altcrenr la juftefte de la pensée , 
quelquefois elles énervent la fource du fentt- 
ment, & elles retardent toujours la vivacité 
des traits qui doivent frapper le cœur «5c la 
- rsifon. 

Mais , Messieurs, je ne connois point 
aflfez l'art fublime du Poète ôc de l’Orateur , 


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1 8 Mémoires de U Société Royale 
pour o fer m’étendre davantage lur les régies* 
c’eft de mes Confrères que vous pouvez en 
efpcrcr des préceptes » que je me ferai toujours 
honneur de partager avec vous. 

Les Mules qui préfidenr àla Science des faits 
& à l’Etude de la nature» ne doivent poinr le 
parer des fleurs de leurs compagnes» animées 
par le délîr de faire fans celle de nouveaux 
préfens à la Société» cc n’cft point à ces Mules 
4 les célébrer. 

Simples dans leurs expofitions» fldellesdans 
leurs rapports» patientes & lcrupuleulcs dans 
leurs expériences » occupées à Amplifier leurs 
calculs , exaétes & méthodiques dans ta chaîne 
de leurs propofitions , timides dans leurs con- 
jeéhircs » ces Mules exigent de ceux qu’elles 
inftruilent , plus de méthode & de fàgeflequc 
d’imagination » plus de candeur que de délîr 
de briller » c’eft ainfi que la recherche & l’a- 
mour de la vérité fbutlennent 8c animent leurs 
travaux» c’cfl ainfi que l’utilité publique devient 
leur rccompenfè. 

\ Tels font leurs ouvrages » leurs loix 8c leurs 
motifs. Qui pouvoit mieux les connoître qu’un 
Souverain qui les éclaire & qui les enrichit 
(ans celle : C’eft des mains viâorieufcs du com- 
pagnon de l’Alcide du Nord que nous rece- 
vons l'équerre & le compas > qu’il a fi fouvent 
annoblis pat les travaux. 


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des Sciences 13 Belles- Lettres. if 

L’Edit que fa bonté paternelle & prévoyan- 
te a diète , vous annonce ,Mts sieurs, quel 
doit erre l’efprit de vos Mémo res & de vos 
recherches v nul onvrage ne pourra concourif 
aux Prix ,& vous acquérir le droit de préfider 
à la diftribution des Couronnes, s’il n’annonce 
par une utilité reconnue , le cara&ére refpec- 
table d’un Citoyen occupé du bonheur de & 
Patrie. 

C’cft dans le tréfor immenlc , que la ma- 
gnificence du Roi raflèmble dans Ion Palais , 
que vous allés puilcr dans des fources fécon- 
des, ôc recevoir en meme tems le précepte & 
l’exemple. 

C’en: dans ce dépôt lacré, que vos Neveux 
verront augmenter fans celfe ,que vous pour- 
rez ra/Temblcr les obfervarions des Sçavans , 
les comparer ensemble , & vous former une 
idée précilè & éclairée de l’efprit qui doit ré- 
gner dans les Sciences. 

Vous y trou verés, fur-rout , Messieurs, 
quelle doit être l’exaétirude dans les rapports *, 
combien il eft téméraire d’en tirer trop promp- 
tement des conséquences ; quelles conditions 
font néceflàires pour que les détails en foient 
fuffifans ; & combien une négligence, qui 
quelquefois paroît légère, peut en altérer la 
cefcription. 

Nous ne fomraes plus dans le tems où l‘i- 


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f o Mémoires de U Société' Royal* 
magination ftiffiloit pour fuppléer àccs négli- 
gences , & où la crédulité rccevoit des rap- 
ports diétés par l’amour du merveilleux. Pres- 
que tous les faits qui parurent des phénomè- 
nes aux Anciens , ont perdu ce nom myfté— 
rieux. Prefque tous ceux qui n'eurent que des 
explications forcées, font rentrés dans l’ordre 
des effets naturels. Nous le devons à la /âgaci- 
té & au travail confiant des Obfervateurs de 
nos jours. 

Rien ne feroit fans doute plus digne. Me s- 
s i e u-R s , d’occuper une partie du tems de no- 
tre première Séance, que l’hommage public 
que j’eflàyerois de rendre à des hommes illuA 
très, qui font tant d’honneur à leurs Patries : 
les louanges qui leur font dues nous ramène— 
roient néceflairement à celles d’un Bienfaiteur 
qui partage leurs travaux \ & l’idée que leurs 
Ouvrages nous donneroient de la perfection 
dans le travail, ne pourroit défefpérer qu’une 
ame commune. Mais je réferve à une autre 
occafion à vous montrer qu’aucun fiécle ne 
fut jamais plus fécond que le nôtre en décou- 
vertes utiles, & en obfêi varions conftatées par 
l’aveu de l’Univers ! 

Nos tiéfors Littéraires font communs à tou- 
tes les Nations, à tout homme qui penfe, à 
tout génie laborieux & élevé \ c’eft la feule 
image réelle qui nous- pelle de ce fiécle de 


r 


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des Sciences & Belles-Lettres • ) l 

Rhéc, de ce fiécle trop fabuleux, où l'amour 
de la propriété n’avoit point encore tendu les 
pallions nuifiblcs. 

C’eft un lien qui réunit les Nations les plus 
éloignées , & qui établit les droits de la fra- 
ternité entre les habitans des deux zones difr 
férentes. C'eft ce lien , Messieurs , qui 
par tous les avantages dont il nous fait jouir, 
doit nous rendre toujours emprefsés à rece- 
voir la vérité, même des mains les plus foi- 
bles. Il doit fur-tour détruire un vain amour 
propre, le plus cruel ennemi des grâces, de 
la raifon & du progrès des Sciences. 

Quoique l’établifletnent que Sa M ajestI 
fait aujourd’hui. Messie ur s, ne porte point 
le nom d’Académie, nous allons jouir des me- 
mes avantages ; il n’en eft aucune qui ait une 
origine plus illuftre. Fondés par un grand Roi, 
éclairés par lès regards, enrichis par les dons: 
quels reproches n'aurions - nous pas à nous 
faire, fi nous ne rçous élevions jufqu’à furpaf- 
fer Ces efpérances , & jufqu’à la réputation des 
Sociétés les plus célébrés? 

Soyez fùrs, Messieurs, que toutes ces 
Sociétés , frappées de la Majefté de votre Fon- 
dateur , vont également aimer & reljjeâer fon 
ouvrage i elles Ce rappelleront avec ce plaiiîr, 
qui n'eft fenfible qu’aux âmes élevées, ceux de 
votre Nation qui les ont déjà égalés > lias 


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3 * Méritoires de U Société Royale 

avoir d’autre fccours que la force du génie & 
la con (lance au travail. 

Quels efforts ne devons -nous pas faire» 
pu i (que rten ne manque aujourd’hui à la Lor- 
raine pour fon bonheur & pour là gloire } 
Tout eft prévu, tout eft alluré. Les fccours 
Divins pour les âmes > l’éducation de la jeu- 
ficflc, la paix dans les familles, les azilespour 
la pauvreté & l’innocence, des Ecoles Mili- 
taires pour la fleur de cette Nobleflè Lorraine» 
aufli illuftrce dans l’Eutope par les grandes 
•étions, que par (a haute antiquité > Ecoles 
honorées (ans celle des regards au Maître, & 
où des Chefs éprouvés l'exercent aux armes 
& à la pratique de b vertu. 

Tels font , M t s s i f u r s, les objets qui oc- 
cupenr notre augufte Fondateur} tels font les 
monumens lactés de ion amour. 

Le Grand Monarque , deftiné à vous réunir 
an jour dans le fein d’une même famille , a 
prouvé fans celTe qu’il eft pénétré des mê- 
mes principes. 

Les dépenlês exceffives d’une guerre , qui 
n'a pas moins flgnalé là puiflànce & là modé- 
ration , que les reflôurces inépuilàbles de Ici 
Etats; ces dépenfes n’ont point diminué les 
bienfaits, ni ralienti là bonté prévoyante pour 
toutes les Fondations utiles. 

Cette Place, cette Statue demandée avc« 


V 


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r. 


des Sciences & Belles-Lettres . J ) 

tant d’acclamations par un Peuple qui délire 
voir fixer fous les yeux l’image de fon Roi 
victorieux ; ces monumens ne (ubfiftent point 
encore, & déjà les magafins publics, les rou- 
tes, les édifices qui entretiennent le commerce 
entre les Provinces, s’élèvent de routes parts* 

Ce Prince , digne petit-fils de Phi lippe- Au- 
gufte, fait revivre les anciens privilèges d’une 
nation guerrière \ & les enfans de ceux qui 
combattirent à Fontenoy , vont jouir des mê- 
mes honneurs que les enfans de ceux qui s’il— 
luftrérent à Bouvines* 

Ces mêmes enfans, élevés fous les yeux de 
leur Souverain, font comblés prefque en naif- 
fitnt de' fes bienfaits : Us nous rappellent l’é- 
ducation que rccevoit la jeunefiè de Lacédé- 
mone. Ces difciplcs de Licurgue, ces enfant 
de la Patrie , exercés làns celle aux armes & à U 
difeipline Militaire & Civile, oublioicnt route 
autre affeétion particulière ; le même efpritqul 
les inlpiroit ne formoit qu’une feule famille 
de tous ceux qui dévoient fervir la Républi- 
que. 

Heureux le Minière qui reçoit les ordres 
de fon Maître pour publier de pareils décrets» 
Sc qui voit renaître pour les anciens Militaires 
qu’il protège , la fource pure de la haute 
Noblefic qu’il a reçue de fes Ancêtres! Telle* 
font les técompcnfes dont un Grand Roi fçait 



14 Mémoires de U Société Ko jaU 
honorer le miniftére& les lèrvices d’un Hom- 
me d’Etat qui connoîr le génie de la Nation » 
& qui n’cft occupé qu’à en élever les lenri- 
mens & à les rendre utiles à la gloire de Con 
Maître. 

Les bienfaits , les privilèges accordés aux 
Nations , inlpirenr la reconnoiflance ; mais 
fouvent les grâces qui font perfonnellcs anr- 
ment encore plus vivemenr l’émulation ; le 
François cherche fans cefle les regards de Ton 
Maître; un mot de la bouche d’un Souverain 
adoré, eft pour lui la plus chère, la plus ho- 
norable de toutes les récompenlcs. Quel eft 
le François digne d’eftime,qui n’a pas éprou- 
vé ce pouvoir enchanteur, lorlque lès a&ions 
«ni les ouvrages l’onr rendu digne de paroître 
aux yenx de Ion Souverain ? 

Combien de fois l’Académie des Science* 
«’a-t-elle pas été honorée par les louanges de 
fon Protc&eur ? Qu’il eft facile de difeerner 
alors qu’il queftionne chaque Académicien 
dans le genre qui lui eft propre, 6c qu’il ne 
le queftionne que pour lui procurer l’honneur 
d'une réponfë jufte & précife ; mais toujours 
prévue par les connoiflànces 6c les lumières- 
de ce meme Protecteur: Qucftions toujours 
honorables 6c flatreufes de la part d’un Sou- 
verain-, puisqu’elles font la preuve de fa con- 
fiante dans les lumières de celui qui doit lui 
répondre* 


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des Sciences £$ Belles-Lettres. ) f 
Avec quelle bonté, quel plailir toujours bou- 
veau ne voit-il pas ces hommes chéris & ref- 
pcéhbles à la Nation, 3c fur -tout cet illuftre 
Académicien que trois âges voyent préfider â 
l’empire de la République des Lettres, & le» 
fils du Compatriote 3c du digne fucceÛèurdu 
grand Galilée. ( 5 ) 

Soyez (ïïrs, Messieur $, que dès ce joui 
les yeux de ce Monarque feront attachés for 
vous; les liens du (à ng 3c ceux qui unifient 
toujours les grandes âmes r l’intcrcflènt égale- 
ment aux fuccès des deflèins 3c des ouvrage» 
de notre Bienfaiteur» 

Ce même jour, le plus beau de notre vie » 
nous donne des droits facrés à la protc&ioit 
d’une augufte Reine: Avec quelle bonté, quel 

E laifir meme, 11 c verra-t-elle pas les Sujets d’uit 
Loi & d’un Pere, qui lui efl fî refpe&ablc 8c 
£ cher , lorfqu’ils iront porter à fes pieds 3c 
leurs refpcâs 8c le tribut de leurs Ouvrages! 

Que ces Ouvrages refpirent donc toujours 
l'amour du bien public 3c de la vertu. Rien nt 
peut échaper à fon ame fcnfiblc 3c éclairée 
rien n’eft digne de lui plaire que ce qui porte 
le fceau de la candeur 3c de LaReligion 1 Quelle 
gloire! quel bonheur pour nous, Messieurs» 
acier la contempler fans crainte dans toute 1 * 

( J ) Mi. de FontcneUe k Mn. Cafinjr. 


9 6 Mémoire s Je U Société Roy aile 

majefté qui environne le plus beau trône de 
FUnivcrs! 

Près d’Elle, & fidèle imitateur de toutes (es 
vertus, nous admirerons cr Prince, digne des 
Héros que la Seine & la Viftule ont vu naître > 
ce Prince qui combattit à côté du Roi Ton Pere 
dans ce grand jour où nos ennemis memes fré- 
mirent du péril où s’expofoient des .têtes fi chè- 
res ; & frémirent une fécondé fois en voyant 
les Bourbons fe couronner des mêmes lauriers 
que les champs de Poitiers avoient vu perdre 
aux Valois. 

Puident nos Ouvrages lui paroître dignes 
de fon cftime 1 II aime à l’accordcr & à en dfon- 
»cr des marques honorables & publiques. Mais 
quels efforts ne devons nous pas faire pour 
les mériter de (à jufticc? Ce Prince, amateur 
de toutes les Sciences , de tous les A rrs, le» 
connoît, les cultive avec un génie fûpérieur, 
êc les protège en Maître. Doüé d’une intelli- 
gence rapide , forte & brillante, les traits les 
plus fublimes, les jugemens les plus précis» 
cara&érifcnt tout ce qu’une mooeftic & une x 
fimplicité avouées par les grâces » s’efforcent 
en vain de cacher. 

Tel cftle fang augufte. Massif vas, qui 
régne aujourd’hui fur vous ; tel eft celui qui 
doit y regner un jour. Quelle Nation fût plus 
heureufe en Maîtres que la Lorraine ? Quelle 


des Sciences (3 BeUts-Lettrtt. Jf 
Nation menu mieux aufli pat Ion attache-* 
ment & par fes venus de les po(Téder ? 

Puiflc l’Eternd , qui conduit Sc protège le* 
dedeins de celui donc nous célébrons lesbien- 
faics, le laitier jouir longtems de leur réüflitc. 
De tous les biens dont il nous comble «aucun 
n’eft aufli doux , aulîi cher , audî utile pour 
nous « que de le voir, de l’entendre Sc de lui 
obéir. Que « ne (oit qu’après avoir vû les 
jours de Ncftor > qu’il remette l’héritage qu’il 
a (ans celle cultivé & enrichi. Que ces vœux» 
û purs Sc h agréables à la Divinité * qu’une 
Auguftc Reine offre (ans ceflè aux pieds des 
Autels» ne l'oient de long- rems troublés parles 
larmes. Que fon ame ,6c Ci belle Sc (i foumilè 
aux décrets de la Providence, en reçoive cons- 
tamment des faveurs. 

Mais , Messieurs, bannülbns l’idée fu- 
nefte & éloignée du plus grand des malheurs» 
Jouïdons avec nos tran (ports ordinaires de la 
préfence de notre Bienfaiteur. Hâtons-nous 
de remplir l’objet de Ion inftitution ; Sc que 
ce jour qui va devenir célébré dans les fades 
de la République des Lettres , foit le premier 
d’un travail qui peut lui piaitc Sc nous illuU 



’J 8 Mémoires de ht Société KojxU 



DISCOURS 

Vc M. l' Evêque de Troyes , prononcé (Uns 
U meme Séence « 


M ESSIEURS, 

L’ïmploi dont je commence à m’acquit- 
ter aujourd’hui, m’eftaulli nouveau qu’il m’eft 
honorable* Appelle à cette Cour pour y 
exercer le rainiftere le plus làint , pouvois-je 
m’attendre à palier du San&uaire de la Reli- 
gion dans le Temple des Arts? Pouvois-je 
croire qu’une voix conlacrce jufqu’ici à expo- 
for les vérités qui inftruilcnt,dût-êtreun joüt 
appliquée à vous développer celles qui plai- 
font ; 3c qu’après n’avoir occupé l’atrentiort 
que d’un Auditoire Chrétien, je fiifle deftiné 
à mettre encore à l’cpreuvc celle d’une aflèm- 
blée purement Académique. 

Mais le Grand Roi qui m’avoit confié lé 
foin de prêcher aux Peuples qu’il gouverné 
y h Morale Evangélique, délire que je paéle aux 
Sçavans qu’il rallèmble, des devoirs Littéral 
rcs ; & il veut , qu’après avoir fini une million , 
dont ,'ès exemples abrégeront toujours le tra- 
vail, je parodie à un établifiimenc dont fos 
bienfaits aliment la durée. 


\ 


% 


des Sciences Çf Belles- Lettres. $ f 

le Ipcékaclc que nous Formons aujourd’hui , 
tous le fçavcz , Mes s i k u r s , doit Fa nai (Tan- 
ce au projet d’un Prince digne de voir Ce 
réunir pour fou éloge cous les talcns que (à 
libéralité divife. Inftruitpar lui-même, & plus 
capable que tout autre d’en juger , inftruic • 
dis-je , de la politefle, du génie, du goût Sc 
de l’élégance qui régne dans les Ouvrages for- 
tis de cette Province , il s’efl: perfuadé , avec 
raifon, qu’il donneroit à vos travaux un nou- 
veau luftre Sc un nouveau dégrc de Force > eu 
les couronnant par Tes dons , Sc en réunifiant. 
Fous un même point de vûë > tout ce qu’il y a 
de plus propre à cultiver en même ccms Sc 
l’elprit ôc les mœurs de fes Sujets. Quel hon- 
neur pour moi. Messieurs, de me trou- 
ver , quoiqu’éiranger , un des dépoûraires de 
vos intérêts & de votre gloire ! Mais , per- 
metrez-moi de le dire, quelque Hatté que je 
lois de la place que j’occupe ici , je renonce- 
rois volontiers à la qualité de Juge, fi j’avois 
celles qu’il Faut pour être votre concurrent, 
Sc il me feroir bien plus glorieux d’occuper 
une place parmi vous , que de contribuer à 
marquer celle que vous devez occuper parmi 
les autres. 

Ma gloire cependant dans ce moment, 
eft d’entrer dans le plan des projets que le Roi 
vient de Former , pour l’honneur Sc l’utilité 


4 ® Mémoires de la Société Royale 
«l’une Province qui lui cft chcrc à bien des ti- 
tres : Mais fa gloire à lui - meme cft , qu’a— 
près avoir etc le modèle à propofer dans les 
Chaires de la Religion» il loir encore celui 
dont les Lettres fe glorifient: Roi Chrétien, 
Roi Citoyen , Roi Sçavant , chacun de ces ti- 
tres fuffiroit pour rendre un Roi recomman- 
dable à la poftérité; & la poftérité ne con- 
noîtra pas encore fous tous ces titres» coude 
Roi qui faic votre bonheur. 

Pour répondre aux vues qu’il s’eft propo- 
ses d’établir dans les Arts le régne du goût, 
aufli Iblidcmcnr que Ion propre régne l’eft 
dans tous les cœurs » j’ai cru qu’il convenoic 
de faire quelques réflexions fur la nature ÔC 
la néccflîté du bon goût. J’en indiquerai les 
loix» j’en marquerai les avantages; il vous cft 
réfer v é «Messieurs» d’en donner les excm- 
pies. 

Qu’cft-ce que le goût ? Une qualité qu’un 
génie médiocre regarde comme la fienne» 
qu’un elprit critique croit n’êtrc celle de per- 
sonne, dont tout le monde parle» que peu 
d’hommes connoiflenr» & qui , à force d’ê- 
tre définie » cft devenue peut-être indéfinif- 
làble. 

Un Auteur moderne nous dira que Je goût 
n’eft qu 'une imitation de U belle nature ; & à 
ce prétendu axiome» que l’on mec au nombre 

des 


*« I 


des Sciences & Belles-Lettre s. 4 * 

des oracles , mais donc il n’a que l’oblcuritc, 
feront rappelles tous les Arts comme à leur 
principe j cependant n’eft-cc pas l’objet & l’e- 
xercice du goût que l’Auteur nous définit» 
plutôt que le goût lui-même i Le goût eft ré- 
gie, & l’imitation eft étude. 

Un autre le fera confifter dans une propor- 
tion cxa&e de toutes les parties entre ellcs- 
jnêmes,& avec le tout qui réfulte de leur 
aflcmblage. C’eft bien là l'effet du goût, ce 
n’en eft pas la nature ; j’y vois ce qu’il produit » 
ie n’y découvre pas ce qu’il eft. Tâchons de 
le faire connaître» fans entreprendre de le dé- 
finir. , 

Ne pourront- on pas dire , Mess ieurs , 
que le goût eft pour les Lettres , ce qU’eft la ' 
Loi pour les mœurs? Le principe du bon , le 
modèle pour le repréfenter » & la régie pour 
en juger. 

La Loi fie change point pour nous , mais 
nous changeons pour elle , & ce que nous lui 
fuppofons d’inégalité » n’eft que dans nos 
mœurs qu’elle ne peut fixer : Le goût eft tou- 
jours le même i les variations que nous lui at- 
tribuons font dans les cfprits;& il ne peut être 
méconnu que quand nous le rendons mécon- 
noiïï'ablc. On le fait de mauvaifès loix par de 
faillies interprétations de la véritable ; on le fait 
un faux goût par une mauvaise imitation da 
TvmtL K 


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4 * Mémoires de la Société ’ Royale 

vrai. La Loi ne fe laifle pas violer impuné- 
ment , elle pourfuit les infra&eurs qui la né- 
gligent, ou qui la déshonore nr,& fa fai ntetc 
des devoirs quelle enfeigne prefentée au cou- 
pable , eft la première vengeance qu’elle tir* 
de fes révoltés : Le goût fe vange à fon tour 
de ceux qui le méprifent ou qui l’altèrent i 
(es principes ne peuvent être ignorés, lors me- 
me que (es préceptes font négligés -, & la pre- 
mière peine dont il punit cette négligence 
cftdans la comparaifon d’un ouvrage tait fans 
Ton aveu, avec ceux des modèles lut lefquels 
il devoit être compofé , tels que pourroient 
être ceux que vous venez d’entendre. 

Conlîdérons à préfent le $>oût dans les hom- 
mes. Ce terme ne préfente a mon efpric qu’u- 
ne facilité à voir d’un coup d’œil, & à iàiiir 
dans l’mftanr le point de beauté propre icha- 
que fujet que l’on traite : Mais qu’tft-ce que 
beauté dans les ouvrages? force & vivacité dtx- 
génie , liaifon exaéte de toutes les parties?^ 
mpnort immédiat des unes avec les autres, 
juftcflè dans ces rapports & même dans les 
conrraftes , degré de nuance , ton de couleurs , 
aflortiment & aflemblagv de tout ce qui enle— 
ve d’abord le fuflrage& fixe l’admiration. Par 
exemple , dans les penfées, rien de beau fans, 
le noble & le vrai", le faux & le rampant doi- 
vent en être bannis. Dans les fentiraens» rien 



des Sciences & Bettes-Lettres 4 ^ 
de beau (ans l’élévation & le touchant} le déccn 
6c le pathétique font leur mérite. Dans les 
exprelfions, rien de beau fans le naturel & le 
gracieux; l’oblcur & l'affrété font leur défauts 
cflcntiels > la hardiefle , mais fans écarts dans 
les idées} les ornemens, mais fans parure dans 
^e ftile} la variété, mais fans bigaruredans les 
tours ; une richdfr, mais fobre 6c fans faite ; 
une fagefle , mais égayée fans indiferétion *, 
une abondance , mais mefurée fans profufion; 
une facilité qui ne foit point négligence } une 
fineflequi ne foit point affeétation une mé- 
thode .qui foit fans contrainte *, l’art enfin, 
mais déguifé , qui femble n’avoir étudié tout , 
que pour tout dite fans étude, &nc travailler 
que pour dilfimuler les efforts du travail. Tel- 
les font, fi je ne me (rompe, Messieurs, 
les qualités avantageufes qui nous faififlènt 
d’abord dans les ouvrages d’efprit. 

Le goût , confidéré dans le cœur , ne fr dé- 
finit pas, parce qu’il e(t fentiment*, il ne s’ac- 
quiert pas, parce qu’il efr qualité} la nature 
le donne. Regardé comme faculté d’efprit ÔC 
promptitude a bien juger, il (e forme parla 
leéfcure, il s’épure par les corn parai fons *, les 
réflexions l’amircnt, les exemples l’étcndeni 
ék l’imitation l’affermit. Sentiment du vrai, 
droiture de railon , ce (ont fes principes : Jufr 
ttlfr de penfres, netteté d’expreflions, ce font 

Ri) 


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44 Màwires de U Société Roy etc 

fes régies ; fouplelfe d’un efprit qui Içait obéïr 
à U loi des bicnfcances -, fagefle de détail qui 
(çait adopter le ncceflàire & retrancher le (u- 

F erflu ; économie des régies qui président à 
ordonnance, ce (ont fes qualités : Tableaux 
naturels, images animées , peintures juftes* 
faillies méfurées ; à leur fuite , fàilïftcment 
d’admiration , fufïragcs au/fi-toc obtenus que 
demandés > cfprits à peine attaqués Sc fubju- 
gués, ce font les effets. 

C’eft-là , Messieurs, ce que j'appelle 
.goût» toute autre idée lui cft étrangère, la 
mienne ne le rend pas encore tout entier» 
mais elle réveille à ce moment toutes celles 
que vous en avez connues vous-mêmes. 

Pour prouver la nécefliré du goût , j’o(c 
avancer ce paradoxe, que fans lui, le génie 
le plus fublime cft fou vent plus dangereux 

E our les Arts qu’il ne leur eft utile. Naturel. 

rment hardi, il s’élève au deflus du vrai com- 
me au deflùs du commun : Sa paflion eft le 
nouveau *, toujours avide de diftindions, il 
prend fon vol; ce qui eft naturel aux autres, 
cft étranger pour lui; une région fùpérieure 
d’où il puiûè dominer, voilà fon centre. L'i- 
magination , guide infenfé lorsqu’elle n’eft 
pas guidée elle -même , lui prête fes aîles» 
nouvel Icare, il va dans la région du feu, ôc 
tandis qu’il fe livre à un nouvel cftbr dans 


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des Sciences & Belles-Lettres. jpç 
des Plages inconnues , les nues qu’il a percées 
Ce rejoignent» leur ombre le dérobe aux re- 
gards des mortels » & il ne leur eft rendu que 
.par fa chute. L’cfprit qui ne peut atteindre à 
la hauteur du génie» le lailïe s’élever, fc con- 
tente de marcher, mais fa marche irrégulière 
ne le conduit point à fon but ; un goût fri- 
vole s’empare de lui ^ il tourne fans celle dans 
le tourbil lon de la mode ; c’eft un papillon qui 
cherche une lueur favorable pour faire briller 
tes couleurs donc lès ailes font nuancées ; là 
fe borne fon ambition: Il plaît aux Lecteur* 
légers , comme le papillon aux chfans ; fon 
éclat dure autant que la lueur autour de la- 
quelle il voltige j l’aîle le delTcche, fc brûle 
enduite, & Finfcétc rampe» 

Cclt à vous. Messieurs, que j r en ap- 
pelle -, ce portrait n’elt que trop véritable» 
même dans la Littérature » & limage n'cft 
que d’après des modèles. En effet , parcoures 
ks Ouvrages divers donc le déluge inonde» 
aujourd’hui plus que jamais , la République 
des Lettres. Un titre fîngulier , des avanturc* 
imaginées , un ftiie marqueté » une fèncence 
hardie, un tour de penfées bizarres, un aûèn>> 
blage d’cxpreflîons colorées , un jargon obf- 
cur Sc précieux', difons tout, une barbarie de 
langage ornée & parée de faux brillans Sc de 
dinquans, où le yernis eft fubftitué à la pcinr 


Of£ Mémoires Àe U Scciétc Royal # 
turc* la découpure au tableau, & au férieux 
du bon fens, le frivole de l’aflcâation : N’eft- 
ce pas M le fonds , ou du moins le courant 
de la Littérature moderne! Que fait le goûc? ; 
Il foutient le génie dans fon ellor & le rap- 
pelle de l'es écarts, lui marque là route dans 
les airs Sc lui prclcrit lès bornes ; ne l'affran- 
chit du commerce des hommes , que pour l’a£> 
focier à celui des Dieux ; lui permet de scie- 
ver quand il peut , l’oblige à marcher quand 
il le doit ; Sc en lui laiHànc toute la liberté 
que l’imagination délire, le retient dans les' 
limites que la raifon a marquées. Il ouvre 
routes les routes du labyrinthe , dans lequel 
l’efprit frivole s’égare ; lui laide la finede du 
langage, mais en bannit l’oblcuriré ^retranche 
la parure qui eft étrangère , pour ne laifièr 
que l'ornement qui eft propre; admet les grâ- 
ces , mais veut que les vertus les reconnoidenr, 
que les Mules les conduilènr , Sc ne fouffrepas 
qu’un amour aveugle les égare *, à l’étincelle, 
enfin , qui ne répand qu’une lueur adèz fem- 
blabie à ia nuit, le goût fubftituc le flambeau 
qui produit la lumière Sc enfante ou rempla- 
ce le jour. 

C’eft par lui , c’ell par ce goût fage & hardi 

3 ue furent infpirés ces génies puions , qui, 
ans un fiécle aflczpeu éloigné du nôtre, ral- 
lumèrent dans le Temple des Arts ce feu la- 

À 


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des Sciences & Belles- Lettres: 4T 

«ré que la mollcfiè avoit laiffê éteindre , diffi- 
pércnt les tcnébres dont l’ignorance avoit cou* 
vert tout le Parnafle , rappellérent l’antiquité*, 
plus défigurée encore par le pinceau de là nou- 
veauté que par fes propres rides , ouvrirent 
à des Lc&curs, curieux d’apprendre, les tré- 
fors Littéraires que les fîécles nous ont con»* 
forvés comme l’héritage des efprits , & nous 
montèrent enfin à ce dégré d’intelligencequi 
a fixé les Lettres parmi nous. Jufques-là les 
Mufes errantes avoient en vain cherché uni 
azile; elles avoient franchi quelques monra>- 
gnes , parcouru quelques Provinces , éclairé 
quelques Nations ; le hazard ou la curiofité 
leur ménagèrent de tems en rems des Protco 
leurs allez zélés pour les défendre ; mais il 
éto t réfervé au goût de leur fufeiter des con- 
noi'îpirs inrelligens ». capables de les accrédL» 
ter en les cultivant , de profiter de leurs tkheC* 
fes & de leur en donner, de Ce pénétrer de 
leurs préceptes & de les tranfmettrc aux au- 
tres. 


C’cfi: de ces Reftaurareurs des Sciences , que 
nous avons reçu ce goût fage & heureux qui 
les maintient encore, malgré la conipiration 
des préjugés: Puilïions-nous fèntir toujours 
le prix dun tel avantage, & nous conièrver 
là pofTcïfion glorieufè où nous fommesdepuis- 
il iong-tems, de feryir dans ce genre » comr 




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4f Mémoires de U Société Koyaîc 
me dans prcfque tous les autres » de modèles 
aux autres Peuples* 

Nous avons vu la Cour du dernier & du 
plus grand de nos Rois » devenue le fân&uaice 
des Lettres comme celui de la Majcfté ; tous 
les talcns Ce réunir avec les vertus autour du 
même Trôoc , & le régne d’un fcul Prince» 
être celui de tous les Arts. L’Auguftc de la 
France l’cmportoir fur celui de Rome pacThé- 
roïfmc de fa valeur» la grandeur de Ion ame 
& l’ctenduë de fes bienfaits» la France ne vit 
plus rien dans Rome qui put exciter fa jalou- 
ne ; le nombre des grands hommes qui Ce fi- 
gnalerentdans tous les genres,pafl'era /eul pour 
unprodigemous n’y penfons qu’avec une forte 
de refpcéfc, qui eft l’hommage que nous ren- 
dons aux talens » ou plutôt au goût qui préfî~ 
doit à leurs travaux , Sc qui de leurs amufo- 
mens-mêmes nous a fait des modèles. Les 
fuivre eft encore la gloire de notre fiécie, les 
atteindre Ce ra le défefpoir des fîécles fuivans* 

C’eft par la célébrité des Tribunaux Litté- 
raires* que s’opérèrent tant de prodiges. Là 
des génies raflemblés fous les loix d’une fociéré 
également fçavante & polie, fc partagent en- 
tre eux tous les objets de la Littérature. Là 
des hommes foctis de l’ordre commun , ap- 
portent tour à tour les fleurs de leur loifîr & 
les fruits de leur travail Là enrichis du tribut 

de 


& 

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ies Sciences & Belles-Lettret. 

<3e toutes les Sciences, ils en répandent avec 
profufion les tréfors fur un Public avide & 
connoifleur, qui, a (on tour, les multiplie par 
l’ulage même qu’il en fait. 

. Avantage précieux, dont cette Province va 
bien-rôt recueillir les fruits. Heureufc Provin- 
ce^ Quelle foule de génies ne vois-je pas déjà 
rtüître fous tes yeux ? Quelles vives lumières 
préparées dans ces alfemblées, vont Ce réflé- 
chir fur les Villes ! Terre fertile en talens»tii 
te plaignois de ce que le défaut d’occaflon 
pour les cultiver ou les produire, rendoit ta 
fécondité inutile! Que la reconnoilTance gra- 
ve à jamais dans tes faites , ce jour mémora- 
ble , ou un Grand R.oi , aulfi zélé pour ta gloire, 
que tu les toi-même pour fon fcrvice , éléve 
aux Arts un monument qui les fixera défor- 
mais dans ton fein. PuilTe-t-il,ce monument, 
toujours préfent à tes yeux, rappcller fans celTe 
le lou venir de la main qui l’a établi, Sc don- 
ner au bon goût fur tous les elprits, un em- 
pire aulfi durable que le fera fur tous lescœurs 
celui de la reconoillancc pour un Prince, dont 
Icplaiiir cftde faire des heureux, & qui ne le 
croit heureux lui-même que par le plaifird’en 
faire. 


Tome /. 



Dig 



5 » * Mémoires de la Sàcie'tè Roy die 


t PITRE AU ROI. 

Présentée par le R. P. Leslie. 

Ç^tTor ! Grand Prince , l’ardeur de faite des heureux. 
S'accroit avec tes dons, en ton coeur généreux ! 

A peine un bien cil fait , qu’il cherche un bien a faire * 
De* grands Rois . des Héros . tel cft le cara&ére j 
Leur amc , rayon pur de la Divinité, 

Dans les valtes projets en a l’immenfité. 

7 cl jadis Alexandre , aux rives de l’afirote , 

Chtrchoit vainqueur de tout , iin inonde à vaincre 
encore. 

Les Peuples éclairés, les vices combatus , 

Et le zélé en triomphe amenant L s vertus; 

L’Qtphclin conlo'.e , l’oifivcté proferite , 

Les Pauvres fccournsi & la Jcunefle mitruiic; 

La chicane contrainte à refpeder la’Loi ; 

Tous ces bienfaits divers . immortels comme toi , 

Ont prouvé ta grande ame, & n’ont pu lui fuffirc. 

Les talcns excités font l’honneur d’un Empires 
Dignes de t’occuper, ils fixent tes regards» 

Voici le jour enfin du Génie & de Arcs.. 

Peuple heureux dans tes murs , voi s’élever leur 
Temple; (t) 

Là puifant a la fois le précepte & l’exemple , 

Voi des Lettres , des Arts , tous les Héros fameux. 
Des tréfors de l’elprit enrichû nos Neveux. 

De ces Airs qu’il poilede , un grand Roi fur ros rives * 
Ouvrant en ce beau jour les brillantes Archives, 

( t ) Bibliothèque publique, fondée par le Rei, dans une Salle 
du Palais Ducal de Nancy , avec un revenu de jooo. livres à 
perpétuité , pour l'entretenir de l’augmenter 


ies Scitncts & Btües-l*ttrer. 

Unit, digne rival d‘Augufte & de Titus, (t) 

Le goût pour les talens , & le goût des vertus. 

Le l'ejour rcfpcété des Dieux de la Patrie, 

Qu'honora fi long tems leur préfence chérie. 

En Temple des neuf Sœurs fe tranfotme à fa voix ( 
Où régnoient des Héros, les Arts donnent des loix. 
Près des Auteurs fameux de la Grèce 8c de Rome» 
Là je vois Ce placer tout (âge, tout grand homme» 
Dont l’cxa&c recherche & les regards persans 
Ont (on.ic la nature & dévoilé les tems. 

Douce Société, feule exempte de brigues, 

-De faufieté , d’ennui , de contrainte ifc d'intrigues ; 
D’ou le cœur fort plus droit, l’cfprit plus éclairé* 
Où de guides inftruits, d’amis sûrs entouré. 

Le vrai lage avec eux fc forme à l’Art fuptéme 
De trouver fon bonheur, fa fortune en lui-même. 

De cet azile heureux des purs & vrais plaiiirs. 

Il voit er:er la foule en proyc aux vains délirs , 

Du trouble à la langueur, des ennuis à i’ivrclle. 
Toujours loindu vrai bien, qu’elle pourfuit fans celle. 

Aitres brillans des Arts , à nos yeux éblouis , 
Ramenez les beaux jours d’Augufte & de LOUIS. 
De ce foyer commun , vrai centre de lumière , 

Ra) ons purs , éclairés la Nation entière. 

De Maîtres adorés , Avons, dans tous les tems,' 
Moins les Sujets craintifs , que les tendres enfans , 
Losrains, à -qui le Ciel, pour prix de votre zélé, 
Les rend tous dans un Roi , formé fur leur modèle; 
Peuple , ami des Autels , des Vertus & des Arts , 

Vers la gloire à fa voix , élevés vos regards. 

Les prix vous font offerts; on lève la barrière ; (j) 

(*) Augufte fonda fur le Mont Palatin une Bibliothèque 
publique dans l’enceinte de fon Palais., & la donna à une So- 
ciété de Sçav.'.ns pour leurs aircmblée*. 

(}J Deux Prix de ioo. livres chacun , pour être diftribué* 
par les Cenlèurs fondés par le Roi , à ceux de fes Sujets qui 
fe feront exercés avec le plus de l'ucccs fur quelque Science 
•u Art, à leur chois. 


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f 2 Mémoires de la Société ' Royale 
Pleins d’une noble ardeur , volés dans la carrière i 
Portant au fein des Arts , à l’eavi le flambeau, 
Saifillèz, en tout genre, & l’utile & le beau. 

Dans les faftes , quel Peuple en eut plus de modèles ? 
J’y vois des Phidias, des Varions, des Appelles. 

La plume, le compas, le pinceau, le burin, 

Ont brillé tour à tour dans votic beureufè main : 
Riche encore de vos biens, la France vous envie 
Le ci l'eau des Adam, les charmes de Ce’n ik. 

De. vos travaux déjà , les Arbitres fçavans , 
Modèles tout enfêmble & Juges des talens, 
l es lauriers à la main attendent vos Ouvrages. 
Balançant leur critique, honorant leurs fuffrages, 
Puilienr . heureux Vainqueurs, vos efforts , vos l'ucces , 
Payer de votre Roi, les foins & les bienfaits. 




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des Sciences Belles-Lettres . ‘ 5 î 



DISCOURS 


Prononcé à la Séance , tenue a Lunéville 
devant le Roi y le i I e . Mars 1 7 5 1 • 

Par le R. P. De Menoux. 

P Armi tant de Rois, dont il eft parlé dans 
l’Hiftoire,on eft étonné d’en voir lï peu 
qui ayent eu à cœur de faire fleurir les Scien- 
ces j l’étonnement celle, dès que l’on examine 
de près la plupart de ceux qui ont régné. 

Il étoit de leur intérêt de laiflèr les Peuples 
dans l’ignorance, &d’impofer filence aux Sça- 
vans. Mais le Trône eft-il occupé par un Sage ? 
le Sceptre eft-il entre les mains d’un bon Roi? 
il importe alors d’éclairer lesefprits, d’encou- 
rager les talcns , de perfectionner les beaux 
Arts , de faire parler la Poelîc & l’éloquence. 
Les Mules appellées au Ipeétacle d’un régne 
fécond en grands événemens , forment un 
concert qui rétentit dans la poftérité , ÔC <• 
que tons les âges le tranfmettent, comme les 
échos le renvoyent les applaudillemens d’une 
multitude de Ipeélateurs charmés & fatis- 
faits. 

Le Monarque qui nous gouverne, ne fera 


•-t 


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5 4 Mémoires de la Société Royale 
pas fans doute le fcul exemple cjuc l’hiftoire 
citera d’un Prince qui ait aimé les Sciences; 
mais il fera afturémcnt un de ceux à qui elle 
donnera une place des plus diftinguées parmi 
les Rois qui ont protégé les Sçavans, & qui 
en les protégeant n’ont ni appréhendé leurs 
regards, ni recherché leurs éloges. S’il forme 
un établiffement qui leur foit favorable , c’eft 
une fuite de fes heureux pcnchans,c’cftl’cffet 
de fon amour pour le bien public , c’eft l’efîor 
d’une amc élevée , qui n’a en vue que le bon- 
lieur des hommes &l’honneutde 1 humanité. 

L’Edit du 1 Z. Décembre en eft une preuve 
autentique ; il fera une époque à jamais mémo- 
rable dans les faftes de la Lorraine ; cet Aéte 
émané du Souverain , eft l’ouvrage de fon ef- 
prit & de fon cœur. Mais quel en eft , Mis- 
sieurs, le véritable objet ? Eft-ce fimplement 
une Bibliothèque ouverte à la curiofité du pu- 
blic ? Eft-ce fimplement une fondation de Prix, 
pour les talens privilégiés ? N’eft- ce qu’un 
Tribunal Littéraire, compofe de Juges defti- 
nés à apprétier le mérite des ouvrages , & à 
décerner les palmes aux Concurrens ? Eft-ce 
une Société d’hommes choifis pour ôtre les. 
Arbitres & les modèles du bon goût ? Eft-ce 
enfin , une Académie fàgement établie , pour 
préferver la Nation des ufurpations de l’igno- 
rance & de l’erreur î 


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r 




des Sciences & Belles-Lettres. 5 5 

C’eft tout cela-, c’eft plus que tout cela: Je 
m'explique. Pardonnez , Messieurs, fi j’o- 
fc retoucher encore un fujet qui a été fi heu- 
feufement traité parmi vous. En relifant le» 
principaux articles de l’Edit important qui nous 
raflcmble , quelques réflexions fe font préfcn- 
técs à mon cfprit ; pendant le peu de tems que 
vous m’avez donné, je n’ai eu que le loifirde 
les jcttcr rapidement fur le papier. Je les fou- 
mets à vos lumières. Vous confulter cft un 
des plus précieux avantages que me procure 
l’honneilr de vous être Ailocié. Plus inrérefle 
que tout autre à m’en prévaloir , je ferai tou- 
jours extrêmement attentif à en profiter. 

( 1 ) L’établiflèment d’une Bibliothèque pu - 
blique, a, dans l’ordre de la Littérature, une 
utilité qui me frappe : Je ne puis , Messieurs , 
vous rendre bien mon idée, que par une com- 
parailbn qui vous furprendra peut-être par 
là Angularité. 

En conlidérant tous les divers préparatifs 
qui fe font par ordre du Roi , notre Fonda- 
teur , dans Ion Château Ducal de Nancy , il 
m’a lèmblé voir ce qui Ce paflè fur les côtes 
Maritimes , quand il cft queftion d’y conftruire 

(«) La Bibliothèque fondée à Nancy par Je Roi de Polo- 
gne , eft ouverte à tout le inonde , depuis huit heures du ma- 
tin mfqu’ù onze , & depuis trois heures jufyu’à fut heurts du 
feir. 


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5 6 Mémoires de la Société ' Royale ■ 

un nouveau Port de Mer. Dans le defleirt 
d’augmenter le nombre & les richcfïès des 
Commerçans, on éléve des barrières contre 
l’impétuofité des flots & le ravage des tem- 
pêtes ; on prépare une retraite sure aux Vaif- 
leaux de la Nation ; on permet un accès facile 
à ceux de l’Etranger; on offre desrécompen- 
Ce s à l’induftrie ; on accorde des avantages 
conlidérables aux entreprifes des Navigateurs ; 
on prodigue les privilèges aux fbciétés naif- 
fantes , qui s’engagent à entretenir de leurs 
fonds les differentes branches du Commerce» 

6 à contribuer de leurs foins à le rendre flo- 
riflant ; chacun s’applique ; chacun fe met à 
l’ouvrage ; on s’embarque , & fi une étoile 
propice dirige hcureufèment votre courfe» fî 
un vent favorable pouflè votre Navire au ter- 
me déliré , quelle joie au retour d’une pénible 
Navigation ! Bien-tôt tous les tréfors de la 
Terre font étalés fur le rivage fortuné, où l’on 
vient de leur ouvrir un azile. 

_ Voilà à mon fens l’image , ou fi vous vou- 
lez l'emblème d’une Bibliothèque publique. 
C’eft une digue qu’on oppofe d’abord aux ef- 
forts & au progrès de l’ignorance: C’eft une 
retraite tranquille qu’on afTure aux Sçavans % 
& qu’on ouvre à ceux qui veulent le devenir; 
c’eft un azile à l’abri des orages »où toutes les 
licheflès du monde Littéraire s’accumulent 





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des Sciences & Selles-Lettres ► 
avec foin , s’arrangent avec ordre , fe dépofent 
avec sûreté. Les Auteurs de toute Nation , de 
toute langue peuvent y aborder -, tous les fic- 
elés y apportent le tribut de leurs ingéniculè» 
productions j le Citoyen avide d’un gain fla- 
teur , s’y rend avec cmpreflèment pour y cher- 
cher une fortune qui l’enrichit fans appauvrir 
perfonne; on vient y échanger des erreur* 
contre des vérités, de vains préjugés contre de 
▼rais principes, de frivoles conjectures contre 
i de folides raifonneraens , des fiftêmes arbi- 
traires & mal aflortis contre des découverte* 
conftatées par des faits , & juftifiées par de» 
expériences \ on vient , en un mot, y négocier 
fans rilque , & s’y ménager infcnfiblemenr un 
profit certain , celui de bien penfer & d’être 
vertueux. 

De quelle utilité ne fut pas aux Romains 
k célébré Bibliothèque de Lucullus ? Ce grand 
homme après avoir cédé trop facilement 
peut-être , pour le bonheur de la République , 
le commandement des Légions, conlacra le 
telle de les jours aux* douceurs féduifantes 
d’un loifir utile. Il fit ériger à grands frais 
un vafte édifice, dans l’enceinte de fon Palais > 
il entoura ce nouveau Lycée de promenade» 
publiques \ il l’enrichit des dépouilles Littéraih 
^ tes de la Grèce & de l’Italie i il en permit l’en- 
trée à tous les Sçavans i les Romains vendent 


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fl Mémoires de U Sooie'té Royale 

y convcrfer avec les Grecs , que divers motifs 
atriroienr dans la Capitale du monde ; Lucul- 
lus prenoit part à leurs do&es entretiens ; l'é- 
querre ou le compas , la plume ou le crayoïf 
à la main , il interrogeoit, il écoutoit , il dif- 
putoit, il calculoit , il méfuroit , il peignoit,- 
if compofoit -, tous les objets de l’éruditon de 
fon lîécle luiétoient familiers: Héros &Sçavant 
tout à la fois, on ne fçavoit lequel de ces deux 
titres il méritoit lé mieux : Rome lui fut re- 
devable du fuccès de fes meilleurs Ecrivains.- 
Je ne fais point ici d’application; mais fuivant 
toujours ma comparaifon , je ne crains pasdo 
me trop avancer, en di (âne, -que du fein d’u- 
ne Bibliothèque ( quand elle eft confiée à de 
bonnes mains) fortent à grands flots des four-^ 
ces pures , qui portent l'abondance & les lu- 
mières du bout d’une contrée à l’autre; les 
richeflcs qui en découlent circulent avec une 
rapidité qui efface bien-tôt jufqu’aux traces 
de l’oiflveté & de l’ignorance. Puiflions-nous , 
M e s s i e u R s , dans quelques années , voir cet 
augure (e vérifier parmi nous !- Puifle le nou- 
vel établiflèment qui excite notre admiration , 
& qui mérite notre reconnoiflàncc, ne nous 
laifler plus envier un jour aux autres Nations 
une prééminence que nous nous ferons gloire 
deleurdifputer, & qu’elles nous difpureronr 
peut-être à leur- tour.* 


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des Sciences B elle s* Lettres. 55 

Si jel’efpére, Messieurs, de vos Com- 
patriotes, c’eft parccque je fens ce que peu- 
vent fur des âmes bien nées des palmes (z) 
diftribuées par la main gcncreufc d’un Maître 
chéri ; ces récompenfes émanées du Trône *•. 
c’eft-à dire , de la fource de la gloire , ne don- 
neront pas le génie , mais elles le feront éclorre. 
Ce (ecours puiflànt manquoit à la Lorraine. 
Elle avoit produit dans tous lestems, &danr 
fous les genres, des hommes démérité; il ne 
falloir que lui ménager les occahons de mettre 
en oeuvre les talens , &c les moyens de les pro- 
duire au grand jour. Les tems en font venus 
Sous le régne heureux d’un nouveau Titus, 
des Prix , revêtus de tout l'appareil qui peut 
les faire ambitionner , vont déformais exciter 
une émulation générale, & produiront cha- 
que année des efforts toujours utiles , quand 
même ils ne feroient pas toujours couronnés. 
La belle Littérature , l’érudition fàcrée & pro- 
phane ^toutes les Sciences , tous les Arts, vont 
être cultivés, les bons modèles étudiés , le fça- * 
voir achecc aux dépens du fommeil, des jeux 
le des plaiiirSk 

Permettez - moi , M e s s 1 e u R s , de vous 
Elire ici une queftion. Si la Grèce a enfanté. 

Ci) Sa Majefté Polonoife a fondé deux Prix de la valeur de-- 
rv douze cent livres , l’un de fa cent pour les Sciences , & l’autre 

■4c tix cent pour les Arts. . 


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éo Mémoires de la Société Royale 
tant de Génies fublimes, dont les ouvrage» 
immortels ont fait l’admiration de tous les lié- 
clesi à quoi penlèz-vous qu’il faille l’attribuer? 
Seroit-ce à la beauté du Pays , à la chaleur du 
Climat , à la pureté de l’air , à la fécondité du 
terroir, au hazard des circonftances ? N’eft-ce 
pas plutôt, n’cft-ce pas uniquement au zélé 
avec lequel les Grecs accueillirent autrefois 
tous les Sçavans ? Jamais peuple ne prifa da- 
vantage les talens & le génie , & ne les cou- 
ronna avec plus de pompe & de plaifir. Oiii» 
Messieurs, toute Nation, qui aura pour 
les Arts & les Sciencesunc pareille eftime,eft 
sûre de voir renaître dans fon fein un pareil 
nombre de grands hommes. Ce n’efl: point ici 
un paradoxe hazardé fur des conje&ures, c’eft 
une vérité atteftée par l’expérience. Pour en 
être convaincu, il ne faut que réfléchir fur ces 
différent états de la Grèce, dans des tems diffé- 
rens; elle n’a été fupérietire à toutes les au- 
tres Nations, par Ces productions fçavantes* 
que parce qu’elle les eftimoit davantage ,qu’el- 
lc les payoit plus cher, qu’elle y attachoit plu» 
de gloire. La preuve que cette contrée n’éroit 
pas d’ailleurs plus riche de fon fonds , ni plus 
fertile qu’une autre , le tire évidemment de 
l’affreufe ftérilitc où elle fut bientôt réduite» 
depuis le mépris que Ces conquérans lui inlpi- 
icrent pour les Sciences t i peine eut-elle per- 


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des Sciences & Belles-Lettres, G t 
du le gofu des Arcs , qu’elle retomba dans la 
barbarie. 

Confidércz , M e s s r e u r s , la fituation pré- 
fente de ces Régions, fi fameufes autrefois» 
de la Turquie , de l’Arabie , de l’Egypte, de 
la Perfei travcrfés le vaftc Empire du Mogol*, 
parcourés toute l’Affrique, y rrouverez-vous 
parmi cette foule de Mufiilmans & d’idolâ- 
tres, quelques Sociétés Littéraires, quelques 
Académies Içavantes’ Non, Messieurs, 
vous n’y verrez ni érudition, ni Littérature , 
ai goût ; il n’y a aiïurémcnt ni prix, ni Cen- 
feurs; l’Imprimerie n’y cft pas feulement au- 
torise. Je n’en fuis pas furpris; par toutou le 
gouvernement eft arbitraire &de(potique, on 
laific les Peuples dans leur ignorance & leur 
fuperftition. Par une raifon toute contraire, 
par tout où eft en vigueur un gouvernement 
fage , jufte, éclairé, on y voit les Sciences en 
honneur, les Arts en recommandation , l’ému- 
lation y cft excitée, les talens y font récompen- 
fés , tout travail utile y a (on falairc ; delà les 
Campagnes cultivées, les Villes commerçan- 
tes 5 delà la douceur des mœurs, la politefte 
des manières, l'habileté des Artiftes, l’induftrie 
des Citoyens, la félicité des Peuples , la gloire 
du. Monarque, l’illuftrarion, la puilfance, l’i- 
nébranlable Habilité des Monarchies. 

Voyez le régne de L O U IS le Grandi fbn 


:£-i Mémoires de la Société Royale 

'Succcflcur nous en retrace les merveilles. 
Déjà fous (es loix , la France n’a plus d’enne- 
mis, elle n’a plus rien à redouter de fes en- 
vieux ; toujours florillànte & tranquilc.. 
Toit lorfqu’ellc fut armée par la jufticc* 
foit lorfqu’ellc fut défarméc par la modéra- 
tion ; au dehors , LOUIS fait refpcéter fa 
puiflance, au dedans, il fait aimer fa domina- 
tion j cher à l’Eglifc, dontileft le Protecteur ; 
.cher à l’Europe , dont il cft l’Arbitre ; aux pieds 
de fon Trône les Nations font venues avec 
confiance dépofer leurs intérêts. Il pouvoir 
.leur faire la loi en Conquérant, il a mieux 
aimé la leur propofer en Pacificateur. Sujets* 
.Alliés , Ennemis , tous admirent l’élévation de 
Tou amc, vantent la candeur defes procédés, 
applaudilTent à la généralité de Ton définté- 
reflèment*, chaque jour, il ajoute quelque nou- 
veau luftre à Ion régne, & quelques nouveaux 
avantages à Ces Etats. Il vient de mettre le 
Guerrier à portée de s’annoblir lui-même par 
Tts aétions & pour le préparer aux grandes ac- 
tions , il fonde uneEcolc Militaire , où fe for- 
meront des Citoyens zélés pour la Patrie, 
d’habiles Généraux pour les Armées , des 
hommes de Guerre, des hommes d’Etat, des 
Héros, des Succeflèurs aux Colbert, auxTu- 
renne, aux Bcüc-Iilc , aux d’Argcnlon. 



Âes Sciences & Belles-Lettres. tf 
'Sous les yeux de ce grand Roi , toutes les 
Academies Heuridènt dans Ta Capitale ; par 
Tes ordres elles fe multiplient dans les Provin- 
ces } les ouvrages qui fortent du fein de la 
France , portant par-tout , avec le nom Fran- 
çois, notre façon de penlèr & notre langage, 
captivent les fuffrages, & excitent l’émulation 
chez toutes les Nations policées; on croit 
voir luire fur l’Empire des Lys les plus beaux 
jours d’Augufte. » 

Oui, Messie VRS> x’cft le iîéclc des lu- 
mières & du goût que celui où nous vivons» 
les efprirs fonr plus éclairés, le discernement 
eft devenu plus exquis; cette heureufe harmo- 
nie cara&érife aujourd’hui tous nos bons Li- 
vres. Qu’on.ne m’objeéte point les applaudif- 
fèmens , donnés Ci fouvent ae nos jours , à tant 
d’écrits fuperficiels & de frivoles difeours, dans 
lefquels le brillant du langage l’emporte fur 
Ja richelfe de ia compoiùion; où des traits fail- 
lans , des ornemens affeétés font fubftitués à 
la nobled'e des penfëes , & à la juftede des 
exprelîions. C’eft un abus contre lequel le pu- 
blic réclame fans ccdè; & Ci quelquefois il eft 
ébjoüipar ce qui l’amule, s’il le laide furpren- 
dre pour quelques raoraens aux grâces du ftile 
& aux preftiges de la nouveauté » ce préjugé 
dure peu , ce charme celle , le nuage difpa- 
roitj le vrai» le beau, le funple, le naturel. 


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£4 Mémoires da U, Société Roeyic 
le grand , le fublime , ne tardent pas à repren- 
dre tous leurs droits fur nos lùfFrages: Ondé- 
faprouve bientôt ce qu’on avoir applaudi, & 
tôt ou tard enfin on revient en France, i 
ne reconnoître pour bons ouvrages que ceux 
qui font inlpirés par le génie, & perfection- 
nés par le goût. C’eû aulli , Messieurs, 
l’accord du génie & du goût, qui doitalfurer 
la victoire aux Concwrrens qui viendront ici 
la dilputer ; n’importe quelles armes ils em- 
ployeur, quelle matière ils traitent; les Scien- 
ces les plus relevées, les Arts les plus mécani- 
ques , tout doit être fournis à la loi générale; 
un ouvrage Içavant, tout rempli d’érudition, 
n’obtiendra pas les récompenlès deftinées à 
quelque choie de mieux encore, je veux dire, 
à l’art d’embellir le génie , & d’orner le fça- ' 
voir, à moins que le defaut de goût ne foit 
corapenfé par quelque nouvelle découverte, 
ou par une grande utilité. 

Vous le voyez. Messieurs , je ne fais 
que développer les intentions de notre 
Augufte Fondateur , & les obligations des Ju- 
ges qu’il a établis. Ces Juges conformément à 
l’Edit, compoferont lous les yeux du Mo- 
narque, une efpéce d’ Aréopage ; Thémis y 
fiégera ; on n’aura pas befoin de Ion bandeau : 
dans le Sanétuairc des Sciences, la balance de 
la Jufticc eft entre les mains de la vérité, tout 

.7 

* 



des Sciences & Belles-Lettres. 6$ 
y eft pefé aux yeux de l’évidence , & au poids 
du vrai mérite. 

(j) LaCcnfure, vous le Içavez, Messieurs , 
fur autrefois dans Rome une des plus impor- 
tantes charges de l’Etat ; cette ficre Républi- 
que, qui s’étoit rendue fi redoutable par là for- 
ce, par fa Police > par fon exaéte difeipline, 
n’eût peut-être jamais dégénéré de fa fagelle» 
de là puillance, ni de fa gloire, li elle avoir 
toujours eû des Cenfeurs comme Caton ; fans 
affecter fon auftérité , ne pourrions-nous pas 
imiter fon exaétitude? Nos occupations ne fe- 
ront pas les mêmes, je l’avoué , Messieurs*, 
mais Ci nous en faifons le paralelle , nous con- 
viendrons que des fondions différentes im- 
potent quelquefois les mêmes obligations ; 
nous appercevrons du moins quel eft l’hon- 
neur , quels font les devoirs attachés à nos 
Emplois j nous avons à remplir les intentions 
droites, & à acquitter la conteicnce pure du 
Prince éclairé qui nous a choifis : Le public at- 
tend de notre Miniftére une grande applica- 
tion,' un examen fërieux , un jugement im- 
partial, une équité inflexible; nous nous de- 
vons les uns aux autres des égards mutuels , 
& des fecours réciproques ; voilà ce que la 

♦* 

fj) Le Roi a fondé cinq Cenfeurs pour examiner les Ou- 
vrages qui concourrcront , & poux adjuger les Prix. 

Tome L T 

V 



\ 

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6 6 Mémoires de U Société Royale 
Lorraine exige de nous •, qu’exigeoit de plus, 
l’ancienne Rome des Cenfeurs?- 

Les mœurs étoienc l’objet principal de leurs, 
foins, les nôtres n’auront pour objet que les. 
ouvrages d’efprit. Les Cenfeurs Romains exa— 
minoient fcrupuleufement toutes les démar- 
ches des Citoyens , recherchoient ce qu’il pou— 
voit y avftir de défectueux dans leurs aétions , . 
proferivoient tout ce qui leur paroidbit con- 
traire à l’efprit des Loix. Les Cenfeurs Lor- 
rains foumettront à leur examen les fruits du* 
génie, obferveront les beautés des compor- 
tions, retrancheront du nombre des bons ou- 
vrages, ceux où les régies de la bienféance,, 
ou du bon goût feront violées. Les Cenfeurs 
de Rome ne cherchoient que les défauts dans 
la conduite *, ceux de Nancy ne chercheront 
que la perfection dans les ouvrages^ les pre- 
miers ne Ce montroient que précédés de la 
terreur ,& armés d’une févérité effrayante 
les féconds ne paroîtront que les récompenfes 
à la main, & toujours difpofés à l’approba- 
tion ; chaque luftre amenoit à Rome le dénom- 
brement du Peuple, les Cenfeurs comproient 
les Citoyens ; quelle joie pour eux de voir 
croître le nombre des bons Sujets, qui n’arten- 
doient que les occafîons de fèrvir la Patrie,- 
& de foumettre l’Univers ! Chaque année ra- 
mènera dans ces heureufes Contrées la diftrif 

« ' - ' *■ 

” -I. 

• - /* 


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des Sciences Beilles-Lettres. 67 
bntîon des Prix. Les Cenlèurs compteront les 
Goncurrens, applaudiront aux fucccs j quelle 
fâcisfaâion pour eux, lorfqu’ils verront le nom- 
bre des Sçavans s augmenter , & préparera 
la Lorraine une poftérité brillante, rivale des 
Peuples les' plus exercés dans la carrière des 
Sciences ! 

(4). Parmi les Cenfeurs Royaux établis par 
l’Edit, feront admis dans la fuite les Auteurs 
qui auront' été plufieurs fois couronnés. Il le 
formera ainlï une Société nombrcufe de Sça- 
raus, réunis entre eux par les liens qui les at- 
tacheront au Souverain, dont ils éprouveront 
.la protection &les bienfaits. Les Séances pu- 
bliques en feront plus folemnelles, les Alfem- 
blées particulières deviendront toujours plus 
intéreflantcs ; la difcrétion, la poli telle , la 
concorde, régneront dans la Compagnie, 
aufli bien que l 'érudition , l’éloquence & le 
bon goût ; les points les plus critiques de la ■ 
Littérature y feront di feu tés. 

Le Partifan de l’antiquité étalera les trélbrs 
qu’il aura puifés dans les Mines fécondes d’A- 
thénes & de Rome. 

Le Phy/ïcien apportera fes nouvelles décou- 
vertes , en prouvera l’utilité, en enrichira l’hif- 
toire de la nature, 

(4) Société Royale de Nancy eft compofée de «u*rantfc 
Acaii^micknî , Huns compter les 'AiToc&s étrangers. 

t il- 


* 


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/ 


6 8 Mémoires de la Socie’té Royale 

Le Géomètre nous enlcignera , par la réfo* 
iution des problèmes, la manière d’appliquer 
à des ulâges utiles les Théorèmes dont il aura 
démontré la vérité. 

Le Poète peindra tous les objets, animera 
tous (es Tableaux , nous rendra le vice avec 
tous fes traits odieux , la vertu avec tous fes 
charmes; par la cadence de fes Vers ôc l’har- 
monie de fes chants , par le mélange de fes 


couleurs, & la diverfité de fes images, parla 
hardieflè de fes penfées <5 c l’énergie de (es ex- 
preflions ,par le brillant de fon imagination & 
le feu de ion génie , il nous ouvrira toutes 


les routes qui conduifent au naturel , au gra- 
cieux , à l’héroïque, au fublime. 

(5) L’Orateur faeré, après avoir annoncé 
avec onârion & dignité les Oracles de la Re- 
ligion dans la Chaire, viendra nous apprendre 
dans les entretiens Académiques le (ècret de 
perfuader aux hommes, ce qu’il leur eft utile de 
croire; il définira la nature & détaillera les 
préceptes du bon goût , fon dilcours en fera 


tout à la fois & la régie & l’exemple. 

(6) Le Guerrier tout couvert des lauriers 


(5) Voyez le Difcours de M. Poncet delà Rivière, Evêque 
de Troyes , un des Membres de l’Académie ; il venoit de prê- 
cher l’Avent à la Cour de Lunéville , lorfqu'il fut reçu dane 
la Compagnie. 

(tf> Voyez le Difcourj de M. le Comte de Trcfiân, 


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f 


des Sciences & Belles- Lettres. 6f 

qu'il a cueillis dans les champs de Mars, vien- 
dra encore fe couronner de ceux que prodigue 
Minerve à Tes plus chers favoris j au récit des 
conquêtes qu’ont fait depuis un liécle dans la 
République desdLettres tous les Sçavans, fes 
Confrères ou fes Rivaux, il joindra les pro- 
pres Commentaires , tes obfervatkms judicieu- 
ïès , fes doéfces dilfertations ; il empruntera le 
ftile des grâces pour nous étaler toutes les ri- 
cheflès des Mules. 

(7) Le M^iftrat, digne de porter la parole 
au nonvd’une Nation qu’il honore par fon 
fçavoir & fes fervices, montera l’éloquence 
fur le ton du l'enthnenr, & fera parler à l’ef> 
prit le langage du cœur. 

(8) L’Hiftorien r par l'enchaînement des 
faits , le choix des détails , la délicacefle des 
tranlîrions, le tour ingénieux des réflexions r 
la beauté du ftile, la vérité & la variété des 
portraits nous intéreflera au fort, aux événe- 
mens, au bonheur, à U gloire d’une Nation 
illuftre, à qui la France doit tant, 1 qui la Lor- 
raine doit tour. ^ 

(9) Ainfi nos- voix toutes confaerées à la 

(7) Voyez le Difcouts de M. Thibault. 

(9) Voyez le Difcours de M. le Chevalier de Solignac, Au- 
teur de l’Hiftoire de Pologne. 

(9) Voyez les Statuts de T Académie , faits & réglés fax le 
Roi de Pologne. 


\ 


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7© Mémoire* de U Société Roykl# 
vérité , feront dans un accord parfait ; rien’ 
n’en troublera le concert ; la flatterie n’y mc-- 
léra pas fes fadeurs ; la jaloufie ,fes aigreurs; 
l’ambition, fes hauteurs ; l’impolitefle fes 
brufqucries; la vanité, les «priées ; la dupli- 
cité , fes intrigues ; le beau & l’utile feront les 
objets de routes nos recherches , & la régie 
de nos fuffrages. Le vrai feul aura des -Parti-' 
fans; il n’en reliera plus à l’erreur, ni aux pré-- 
jugés ; tout ce qui lera démontré , fera reçu ; 
tout ce qui fera certain, fera cry ; -le douteux 
éclairci; le faux, prolcrit; le-dm:â:ueux , cri- 
tiqué; tout ce qui ne fera que brillant, -fera 
renvoyé à des Sociétés plus indulgentes. Sur- 
tout, & avant tout. Messieurs, la Foi & 
la Religion feront toujours refpeétées ; il n’ap- 
partient qu’aux infenfes d’en méconnoître les 
Oracles, & qu’aux pervers d’en décrier les 
maximes. Il a été un rems , ou la mode avoit 
comme accrédité , parmi les Ecrivains d’un 
certain ordre , ces accens hardis de l’incrédu- 
lké , que des échos fùbalrernes nous répètent 
encore pour s’arroger le titre falluciîx d’ef- 

E rir fort : -Hommes ^bibles & aveugles > ils tra- 
iflent les intérêts de leur efprit en dévoilant 
ceux de leur cœtrr ; aujourd’hui une Philofo- 
phie plus faine & plus éclairée , ramène natu- 
rellement toute aine raifonnable à la connoif- 
fance- du Créateur , & à la révélation d’un cul- - 


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des Sctencet Belle s-Lettrte. yv 

te, dont tout dans l’Univers prouve la fa- 
gcire 8c la nécellîté. La raifon elle-même con- 
damne l’obftination de celui qui ne veuc croire 
que ce qu’il peut comprendre \ 8c l’incrédule 
lans régie dans fes mœurs, dans frein dans les 
pallions, fans refloorccs dans fes fouffrances, 
lans guide dans fes incertitudes, erre àl’avan- 
turc au gré des opinions humaines, adopte 
& rejette fucceflivement des fiftêmes qui le 
détruifent , 8c le confondent. Il ignore les dou- 
ceurs delà paix, & le mérite d’une foumiflïon 
raifonnable * plaignons-le, cherchons à l’inf- 
truire, elîàyons de le perfuader , & li nous ne 
pouvonsde conduire enfin au bonheur de- 
croire , convainquons-le du moins pour fon 
honneur , de la nécellité de fe taire, Olèroit-il 
parler ? Le feroit-il impunément , fous l’auto- 
rité du Prince qui nous gouverne î La Reli- 
gion cft f gravée dans fon cœur j puilfe-t-ellc 
fc conferver toujours pure dans fes Etats ! Puifr 
fent toujours les exemples du Souverain, en 
infpirer à fes Sujets l’amour & la pratique l 
G’eft l’objet de tous fes défirs , ce doit être ce- 
lui de tous nos vœux ; .voüà le feul retour qu’il î 
exige de nous $ il n’a pas befom de nos éloges i . 
il. n’y a plus de mérite à erre fincére en le 
louant ; nous ne pouvons que répéter les fut 
frages publics. De toutes les parties de la; 
Lorraine, s’eft élevé un cri qui a retenti dans 


y z Mémoires de la Société Royale 

toute l’Europe , & que nos voix ne rendront 
jamais que foiblement ; c’cft le cri de l’indi- 
gence fecouiuc, de l’innocence protégée, de 
la Jeuneffe inftruite,de la chicane expirante, 
des Arts reflufcités ; c'eft le cri & les acclama- 
tions unanimes de la Patrie r c’eft là joie. Tes 

tranlports , fes Je manque de termes .... 

Ah! bientôt les Lorrains en feront réduits à 
ne Içavoir plus par quel fentiment payer les 
bontés d’un Roi, dont l’Empire n’auroit point 
de bornes , fi l’étendue des Empires fe méfu- 
roit fur l’étendue du cœur des Souverains, & 
fi les limites des Etats fe reailoient au gré de 
l’cftime , du rcfpeét, de l’amour & de la re- 
connoilfance des Peuples» 

Messieurs, un Prince Sçavant, un Roi 
bienfaifant j on en a vu , on en voit ; notre ficelé 
en préfente > les Hiftoircs en font mention. 
Mais dans un Prince , Protecteur des Sciences , 
amateur des Arts, un Artiftc éclairé, un Au- 
teur ingénieux ! Mais dans un Monarque , un 
Héros , un Sage , un Philofophe Chrétien 1 
Mais dans un Roi , un Perc , un Citoyen ; j’ai 
prefquc dit, un Ami! L’a-t-on vû , le verra- 
t-on ? Nous le voyons , Messieurs*, puif- 
fions-nousle voir long-tems, & nosNcveux 
après nous!. 

» * * - '' ' 

DISCOURS 


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des Scient j & BeSet- Lettre*. 


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D I S C O U R S 

Vrononcc devant le Roi à la Séance dut 6* 
Mars 17J i.par M. d’Hequerty. 


S Aisi du profond refpeâ que m’inlpire la 
préfencc de Sa Majesté; placé de fou 
æ aveu dans cette Académie, afïbcié à des Con- N > 

/réres diftingués par la naiflàncc, les digni- 
tés , les talens : Quels efforts ne dois-je pas foire 
jjour juftifier un choix qui m’eft fi honorable ; • \ 

j’ca ferai déformais ma principale étude; vo- 
tre exemple m’animera * M e s s 1 a v & s ; je tâ- 
cherai de fuivre les routes que vous avez com* 
mcncé à me frayer : Aidé de vos lumières 8c 
de vos confeils, j’entrerai avec confiance dans 
. Ja carrière brillante que nous ouvre notre au- 
gufte Fondateur. 

11 a ép uisé ( vous le fçavez , Messieurs,) 
tout ce qu’un amour tendre pour les Peuples 
pouvoir di&cr à un Roi qui en eft le Pere plus 
que le Souverain : Tous les Ordres de l’Etat fc 
reflententdes biens dont il les a comblés ; leur 
reconnoifiànce les publie , ôc la poftérité la 
. plu* reculée en perpétuera le fouvenir. 

Me fera-t-il permis , M es s i e u r s, de vous 
fàirc une fimple relation du voyage de l'Idc 
Terne /. y 



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7 4 Mémoires de la Société Royale 
de Bourbon , où j’ai eu l’honneur de com- 
mander pendant plufieurs années; peut-être 
ce récit amufera S aMajesté, peut-être les 
faits que'je vais expofer occalioimeront quel- 
ques Dilfertarions dont on pourra enrichir 
l’Hiftoire Naturelle ; c’eft tout ce que je me 
propofe.. 

■ La fincérité des anciens Voyageurs eft un 
peu ftifpe#e» le merveilleux dont ils remplit 
l'oient leurs Ouvrages, en a imposé pendant 
de» fiécles à la crédulité des Peuples; mais le 
nôtre plus éclairé, a diflipé l’erreur ; la vérité 
a percé les nuages dont les fables l’oblcurcif- 
foient v & le mafque une fois tombé , la plu- 
part de ces Relations dépouillées des orne- • 
ibens étrangers & de la variété qui en faifoient 
le prix , ont eu le fort quelles méritoienr j 
tlles font reliées enfevelies dans l’oubli. 

Amateur du vrai, pareeque feul il peut 
plaire & être utile , je ne hafarderai rien que 
je n’aye vû , examiné & recoqpu par moi- 

même. * , * 

L’Ille de Bourbon eft htuée par les 10. de- 
grés jo. minutes de latitude Sud; la longitude 
n’en çft pas encore bien déterminée , non-plus 
que celle de l’iflede France; & il eft liirprc- 
nant que dans le grand nombre de Miflion- 
naires qui y ont abordé dans le cours de leurs f 

voyages de Maduré & de la Chine , que parmi 


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des Sciences Belles- Lettres. 7$ 

itant d’Aftionomes , aucun n’y ait fëjourné a C- 
.icz long-teuas pour faire des oblèrvations 
«xades , & en fixer au jufte la pofition & les 
degrés. 

Cet avantage eft réfcrvé au Miniftre éclairé 
cjui a le Département de la Marine de France 4 
il donnera uns doute des ordres a fiez précis 
pour que l’on parvienne à des découvertes fî 
intérefiânces & aufii néccflaires à la (ureté de 
la Navigation , qu’avantageufes au Commcr^p. 

Les coups de vents que l’on efluye dans un 
voyage de long cours» les dangers aufquels 
l’on eft exposé , & fur-tout en approchant des 
cotes, font des événemens ordinaires dans la 
Navigation, & fi fbuvent répétés dans les 
Journaux, que l’on, dépofe aux Bureaux de 
la Marinp , qu’il feroit inutile d’en parler ici. 

Après avoir doublé les caps qui forment U 
pointe d’Efpagne, 8 c lecul-de-làc de S. Vincent, 
après avoir cottoyé les Iflcs de Madcre 8 c de 
Porto-Sanéto , après avoir découvert de plus 
de trente lieues en Mer le Pic de Tenerifte & 
pafte à travers des Ifles Canaries „ on aborde 
.îouvent à Saint Yago, l’une des Illesdu Cap- 
. Verd. C’eft-la que relâchent ordinairement les 
Vaillèaux de toutes les Nations qui ont droit 
de commercer dans l’Inde Orientale, & qui y' 
.ont des établiflèmens. 

, . Sa fituation eft par les 1 1. dégrés } o. mi- 

Vij 


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7<* Mémoires de U Société Royale 
mîtes de latitude Nord; lès anciens Habitant 
font Portugais d’origine , & de couleur plus 
qu’olivâtre. Les Nègres que l'on y tranfporta 
dans la fuite , des côtes du Sénégal & de la Gui- 
née , ont cultivé les Terres > & d’Efdaves 
qu’ils étoiçnt d’abord , ils ont infènfiblemeiK 
acquis la liberté , & mêlé par des alliances 
le làng Portugais avec le lâng des Africains. 

Le terrein y eft allez bon &deviendroit|fer- 
«Hclï l’on pouvoit vaincre l’indolence de ces 
Infulaires ; mais la parefle qui leur eft naturel- 
le leur fait préférer la vie la plus frugale à l’a- 
bondance dont ils pourroient jouir; ils aiment 
mieux le contenter des fruits qtlela terre pro- 
duit fans culture, que d’acheter par le moinr 
dre travail une Ikuation plus commode. 

Le Gouverneur Général des Iiles du Cap- 
Vcrd eft toujours Portugais , & c’eft ordinai- 
rement une retraite pour un ancien Officier, 
ou l’honnête exil d’un Courtifan difgracié. 

Aux approches de la ligne & environ par 
les trois dégrés de latitude Nord , on perd to- 
talement de vue l’Etoile Polaire , & c’eft à la 
même diftancc dans la partie oppolee que l’on 
découvre l’Etoile du Sud , que les Marins nom - 
ment la Croix du Sud , ou la Croilâde. Ces 
Etoiles ( car elles (ont au nombre de quatre 
vifibles À: très-brillantes) font aufll néceflàires 
pour la lurcté de la Navigation dans le Sud , 


des Sciences & Selles -Lettres. 77 

qüe l’Etoile Polaire l’cft dans le Nord. 

Les calmes qui régnent trop fouvent Ions 
I* ligne» rendent les Vaifleaux , en quelque 
forte , immobiles; mais à force d’être balancés 


E ar le mouvement prefque imperceptible des 
imcs, ils ufent & fatiguent beaucoup plus 
les équipages» que ne reroit un vent impé- 


tueux. Dans ces intervales , les Requins , Mon- 
tres des plus voraces, font conftamment atta- 
chés aux Navires & femblcnt en attendre leur 
proyc ; on ne lés perd de vue que lorfqu’un 
vent favorable vient fuccéder au calme. 

Ce Poiflon a dans un coin de la tête une 
elpéce de matière blanche ; elle paroît d’abord 
liquide; mais exposée à l’air» elle prend de la 
conlîftance & le pulvérifc facilement; cette ma- 
tière a des propriétés linguliéres & fouvent ex- 


E Cimentées dans l’Inde; infusée dans du vin 
anc& ptife à propos, elle facilite les accou- 
chemens & les rend heureux. 

Il le lait au padàge de la ligne une fête 
eonlàcrée par l’ufage ; c’eft une efpéce de bap- 
tême: Toutes les Nations la pratiquent; elle 
eft moins regardée comme un abus , que com- 
me un amulement innocent, capable d’étour- 
dir fur l’ennui des calmes. C’eft d’ailleurs une 
prérogative des bas Officiers Mariniers ; ttn- 


ûlfment renoncer ; la cérémonie en eft 


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7 # Mémoires de U Société r Royale 
des plus grotclques , mais trop connue pouf 
en faire U defcription. 

Malgré l’opinion de très - habiles Naviga- 
teurs de toutes les Nations, les IflotsdeMar- 
tin-Vasquine forment que devaftes Rochers 
à THle de fAfcenfion qui n’en eft qu’à huit 
lieues, ne font point des chimères; ils exifl. 
rent & font fitués par les 8. dégrés 30. mi- 
nutes de latitude Sud ; leur poutioii & leur 
vue font très- exactement marquées dans le 
Routier Anglois; les approches en paroiflent 
inacceflîbles. 

Après avoir efïtiyé lucceffivement des vents 
favorables & contraires , des calmes & des 
vents forcés, on double le Cap de bonne Ef. 
pérance, qui eft la pointe la plus Sud de l’Afri-^ 

2 ue , & par les 3 5. f-à j&. dégrés de laritu- 
e Sud. 

Pour doubler ce Cap, jadis redoutable à 
tous les Voyageurs, if faut s’élever au moins- 
par les 3 8- degrés de latitude, porter enfuite 
extraordinairement dans l’Eft , & par l’Eftimc 
jufqu’à 90. dégrcs de longitude. 

En continuant Cz route, on fe rrouve par le 
travers de l’Ifle Rodrigue , où en 1734. feule- 
ment on arbora le Pavillon François. Elle eft 
à environ cent lieues à l’Eft de celle de France ; 
elle abonde en Tortues de Terre & de Mer: 0 
Pafonne n’ignore que le bouillon, de Tortue 


des Sciences & Belles-Lettres. 73 
<fi h: meilleur anti-fcorbutiquc - , les équipages 
en ont befoin après une longue navigation \ on 
y trouve aufli des oifeaux de différentes efp&i 
cés que l’on prend fouvent àlaçourfe, &en- 
tr 'autres des Solitairesqui n’ont prefquc point 
de plumes aux ailes ; cet oifeau plus gros qu’un 
Cygne, a la phifïonomie rrifte ; apprivoisé, 
on le voit toujours marcher fur la même li- 
gne tant qu’il a d’efpace , Sc rétrograder de 
même fans s’en écarter. Lorfqu’on en fait l'ou- 
verture , on y trouve ordinairement des Bé- 
îoards dont on fait cas, & qui font utiles dans 
la Médecine. 

La pêche du Lamentin efl: confidérablè & 
d’une grande reflource à l’Ifle de France,oùl’on 
en rran (porte beaucoup en làlaifon aufli bien 
que de la Tortue. 

Les Poiflons que l’on voit dans la traversée 
& dont on prend une très-grande quantité , 
font les Dorades, les Thons, les Capitaines, 
les Marfouins, qui font le feul Poiflon qui ait 
le fang chaud, les Vers de Mer, les Becuncs, 
les Bonites & les Toiflons volans , qui pour 
éviter la pourfuite des Dorades fur-tout, foû- 
riennent un vol aflèz rapide tant que leurs ailes 
ou nageoires font mouillées , & au moins J’eC 
pace de deux cent pas. On voit aufli beaucoup 
de Baleines , mais bien plus petites que dans 
le Nord , & des Souffleurs , qui en relpiranc 


fo Mémoires de U Société Roy nie 
jettent par leurs nazeaux au taoins trois OQ' 
quatre tonneaux d’eau à la fois. 

Les différentes cfpéces d’oilcaux qui fe pré- 
/entent dans le cours du voyage , ont auni de 
quoi fatisfaire la cuciolîté. On y voit des En- 
vergures , qui peut - être font le Condor du 
Pérou, & qui ont fouvent dé l’extrémité d’une 
allé à l’autre 1 5. à zo. pieds; des Damiers qui 
font un peu plus gros que le Pigeon, &dont 
le plumage blanc & noir , difttibué par car- 
reaux, imite parfaitement la figure d’un Da- 
mier. 

L’Ilk de France eft environ par les zo. dé- 
grés de latitude Sud , la côte eftpoiffonoeultv 
mais il s’y trouve des Poilfons d’une elpéce 
très-dan gereufe. Dans les endroits où le for- 
me le Corail, croiflènt des herbes & nailîdnt 
des fruits empoifonnés au fond de la. mer y 
dont fe nourrit la Vieille, autfemenr nommée 
le Poiffbn ronge v on le reconnoît à là dent 
qui devient noire , & à un croiffànt jaune qui 
û forme for l’extrémité de fa queue. Ceux 
qui par ignorance s’avilènt d’en manger tom- 
bent dans de fâcheux accidens, & il fautbiea 
des remèdes foi vis pour opérer leur guérifon. 

Cette Ille eft arrosée par grand nombre de 
rivières & de ruifleaux qui la traverfent; le 
terrein y fournit du Bled, du Ris, du Mahy & du 
Wagnoc , qui eft une racine que l’on convertir 


des Scient et & Beflet-Lettref. 

•n farine; elle eft commune en Amérique, St 
fert à la nourriture dés efclaves , fut-tonc dan» 
les rems de difetre. 

Le Mâgnocen produit affez , non-feulement 
pour la fubfîftance dès Colons & des- Efclaves» 
mais pour fubvenir en partie aux befoins de» 
Vaifleaux de la Compagnie des Indes qui y 
relâchent prefque tous >. & dont elle eft le 
principal Entrepôt. 

Avant l’année 17 y 5. Tes foules viandes que 
fournifïbit 1 ’Ifte, confiftoient en Cerfs d’une 
très-petite efpéce , tigrés & d’un goût fuccu» 
lent, en Cochons marnos qui eft une efpé- 
ce de Sanglier ; & en gibier , comme Perdrix T 
Pintades , & des oifeaux aquatiques de dif- 
férentes efpéces: Mais M*. de la Bourdonnais 
ayant eu le Gouvernement général de cette 
Ifle & de celle de Bourbon , y a* feit transpor- 
ter à grands frais St avec une utilité bien- 
reconnue, quantité de Taureaux & de Vaches 
dé Madagascar , dont Pelpéce s’eft enfin mul- 
tipliée à force de foins dé de peines, au point 
que déformais 01» ne doit pas- appréhender 
quelle manque. 

Les Ramiers qui y font très- communs, fonr 
fort délicats } mais il eft dangereux d’en' man- 
ger route l’année ; il y a une faifon ou ils fc 
nourriffentv d’une graine qui les cnyvre. Si- 
lîon en. mange dans ce tems- critique», o» c*> 


fi Mémoires de la. Société ' Royale' 
sellent de fâcheux effets , dont les moindre» 
font des contractions dans les nerfs & dans 
les mulcles , & fouvent des convullîons dont 
•n ne guérit qu’à force de remèdes & de mé- 
nagemens. 

On y voit encore une quantité prodigieulé 
de Singes de la moyenne efoéce, malgré la 
guerre continuelle que leur font les Haoitans 
pour garantir leurs plantations ; ils parvien- 
dront très-difficilement à les détruire. 

Dans le Port du Sud-Eft, on découvre un 
Mjftifolée en forme de Pyramide &c fans inf- 
cription > l’Hiltoire en clt finguliére 8c allez 
récente, putfqu’il en relie encore des témoins 
oculaires-. 

Tandis que les Hollandois pofledoient rif- 
le , le Directeur qui réüdoit dans ce Port avoit 
une très-jolie femme ; il eut la douleur de le 
la voir enlever par une troupe d’Elclavesi elle- 
habita comme eux 8c avec eux pendant plu- 
Heurs mois les forêts - r 8c foit que fon enlève- 
ment eût été forcé ou volontaire , foit qu’ellè 
eût été enfuire congédiée par les Nègres, ou 
qu’elle eûr eû le bonheur de leur échaper, elle 
eût l’aflurance de venir rejoindre fon Mari qui 
perfuadé de fon déshonneur 8c furieux de la 
dilgrace, au lieu de la recevoir & de la plain- 
dre, lui calfa la tête 8c lui Ht en fui ce érigée 
ce monument. 

t 


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dei Sciences ££ Belles-Lettres. Jff 

’ X’ISle de Bourbon eft environ cent lieues à 
l’Eft de la pointe Eli de Madagafcar , & qua- 
rante à l’Oueft de l’iHc de France » c’eft de 
Madagascar que l’on tire la plupart des Efcia» 
ves qui cultivent les terres. La Compagnie de* 
Indes les y achète à fort bon compte» des ar- 
mes > des pierres à fuSIl , de la poudre» en font 
le prix. La traite des autres fe fait à Mozam- - 
bique fur les cotes de Malabar <5 c de Coromaor 
dcl* & quelquefois en Guinée. 3 

Le Climat eft chaud , à la vérité j. mais les* 
vents de terre qui y régnent toutes les nuit* 
en tempèrent l’ardeur & le rendent foire fup-? 
portable ; l’Eté qui eft en Décembre , Janvier 
ic Février, eft prefuuc toujours accompagné 
de pluyes. ' • j 

On y refpire l’air le plus fain. N’en déplaiSe 
aux anciens Aftronomes qui penlbient avec 
Ptolomée qu’il n’y avoit que ioit. étoiles de 
vifibles, & Sans adopter ni Kepher qui en compte 
i j 9 a , ni Bayer , ni Grienbèrg , ni Schickard». 
qui en augmentent considérablement le nom- 
bre; nous fçavons par Galilée , qu’il en avoit 
obfervé, an moyen duTéltScope, plus de qua- 
rante dans les Pléiade», & dans l’eSpacg d’ua 
ou deux dégrés d’Orion plus de cinq cent*, 
rbais fans recourir au Télefcopc, on en vôif 
à' l’Ifle de Bourbon des milliers , que la vûë 
la. plus perçante ne peut découvrir enXurop^r 


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^ f ! 


* f 4 Me moins de U Société' Xfyafe 

à quoi l’attribuer /ï ce n’eft à la pureté <fé 
J*air ? 

On peut coucher en toute sûreté dans le 
milieu des campagnes ou des bois » fans appré- 
hender ni le rerein» ni la morfure d’aucune 
bête vcnimeulê ; la picqueure du Scorpion (eu| y 
eaufe une petite enflure mais au moyen d’u- 
ne plante que l’on y applique, ou de l’huile 
de Scorpion même y elle le diflîpe err très-peu 
de rems. 

L’Iflfe de Bourbon elt exempte de Serpens, 
de Couleuvres & de tous ces Réptilesfi com- 
muns dans L’Inde; on a même fait des tentati- 
ves pour y en apporter de vivans , mais ils 
meurent à b' vue de terre, 6c dès que l’on 
commence à en telpirer l’air. 

Les Araignées-, li venimeulês par -tour ail- 
leurs, ne le lonr point à Bourbon; ellesfont 
d’une grande efpéce, & quelques-unes appro- 
chent de la- grofleur d’un œuf; elles font fi- 
métrilécs-d’efpéces de carreaux jaunes & noirs*, 
la toile ou plutôt la foye qirelles filent eftfor- 
te» beaucoup- d’habitans ont la curiofiréd’en- 
ramaflèr», & il feroit facile de la mettre en- 
œuvre. 

On y voir deux elpéces de Bœufs , celui 
d’Europe & celui de Madagascar, quieftbie». 
plus gros ; il eft prefque toujours tigré , 6c » 
k» cornes extrêmement longues; il porte en--. 


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des Seienees Belles- Lettres 8$ 

«des épaules unelouppc comme le Chameau, 
qui pc(c fouve-nc foixante à foixanre-dix li- 
vres , 6c c’en cil la partie la plus délicate; le 
mouton , le chevreau & le cochon domefti- 
que & fauvage y abondent .» 8c les volailles de 
•toute cfpéce y font d’un goût exquis. 

Le gibier y eft rare 8c ne conûfte qu’c» 
merles « qui font très-délicats, auflî bien qu’en 
chauvc-fouris , qui font grofles comme des 
poules» & que l’on prend ordinairement *la 
nuit tombante , dans des hiers que l’on tend 
d’un arbre à l’autre ; en pintades, en perro- 
quets de differentes efpéces , en coriieux , cor- 
bigeaux, fouquets , & autres oi féaux aquati- 
ques ; la perdrix y eft commune , & le perche 
beaucoup plus louvent qu’elle ne court. 

Tout le poiffon de mer y eft excellent, mais 
il ne reffemble ni pour la forme , ni pour le 
goûc à aucun de ceux que l’on pêche lur nos 
Côtes. 

Les Terres y font extrêmement fertiles 8c j 
abondent en bled , ris , mahy , patates , cannes 
de fucre, pois, fèves» 8c légumes de toute 
cfpéce ; la plus mauvaife herbe & la plusdi£ 
hcile à déraciner des habitations , eft le pour- 
pier ; il en croît par-tout £c julques dans les 
fables les plus atides. Il n’eft pas beloin de 
fumer les Terres comme en Europe , ni de les 
laillèr repofer. Un champ, par exemple, où l’on 


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9 6 Mémoires de U- Société Roynit 

-aura recueilli du ris fera tout de laite planté 
en bled -, je ne dis pas (èmc > parce qu’effeâi- 
•vement on plante à la diftance de trois ou 

3 uatre pouces des grains de bled ou de ris dans 
es'trous que 1 on-recou vre -de terre. Ces deux 
premières récoltes le fdnt dans l’elpace d’en- 
viron huit mois» on y fait fucccder le mahy, 
•qui eft la principale nourriture des Enclaves. 
* On ne fc fort pas de charrues pour travailler la 
‘terre, on fc contente d’en arracher les mau- 
-vaifes herbes avec la pioche,. & c’eft là où le 
^borneiit prefque tous les foins de la culture. 

A l’égard des fruits-, outre les figuiers, 
mûriers, pêchers, citron iers & orangers, il y 
-a en abondance des patates, des figues bana- 
nes, des gouyaaes , des papayes, des pampic- 
; mou fes, des manguiers » des ananas , & d’au- 
tres fruits de l’Inde , des melons d’eau , rouges 
'te blancs, des jujubiers &-des cocotiers, &c. 

La boilîon ordinaire du Pays eft un juse*- 
primé des cannes de lucre, que les habitans 
•nomment Fiangourin ; cetre liqueur expofée 
: aii Soleil dans des calebafles entourées de 
fon marc , acquiert là maturité en moins 
de deux jours i mifé en bouteille , elle mouilè 
comme du vin de Champagne, elle eft rrès- 
rafrntchilïanrc, & fort agréable an goût. 

Les plantations de cafté forment le princi- 
pal objet du commerce *, avant üépoque fatale 


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des Sciences 63 Belles-Lettres. *7 
d’un infeéte qui s’eft jetté depuis quelques an- 
nées fur les caffeyers, & qui en a fait périr un 
grand nombre, on en fournifloit près de trois 
millions de livres par année dans les Maga- 
fins de la Compagnie des Indes, qui en a le 
commerce exclufif, & ou l'habitant eft forcé 
de le porter & de le vendre au prix arbitraire 
ôc modique qu’on a fixé -, la qualité en eft bon- 
ne , & lorfqu’il a été léché a propos & qu’il 
eft vieux , il ne cède guéres à celui de Moka. 
Il y aaufti de belles cottonneries, & quelques 
indigoteries. ^ 

L’habitant deviendroit bientôt extrêm ëment 
riche , fi l’IÇe n’étoit défolée prefque tous 
les ans par de funeftes ouragans ; on en fent les 
approches par un fiflemënt qui fe fait enten- 
dre des montagnes , auquel fiiccédent des 
pluyes continuelles, & des tourbillons d’un 
vent affreux. Souvent les Maifèns qui font pres- 
que toutes d’un bois épais de huit à neuf pou- 
ces , travaillé en Ménuifèrie , 6c couvertes 
de feiiilles de palmiers ou de cottoniers , en 
font renverfées , les plus gros arbres déracinés, 
des plantations entières , ruïnécs ou fort 
endommagées, & les caffeyers ou briïes par 
la violence des vents , ou prefque tous renvepr 
les. ‘ ‘ . 

Les Sauterelles y faifoient auflï de grands 
ravages *, il y en avoit une fi prodigieufe quan- 


it Mémoires de U Société RojjH» 

xité, que l’air en étoit quelquefois oblcurci; 
mais au moyen de folles crcufées de deux ou 
trois pieds dans les champs , Sc de feux allu- 
més de diltance en dillancc, on cft parvenu 
i les détruire. 

On y vraie differentes elpéccs de Rats, qui 
habitent ordinairement les louterrains Sc les 
Caves , & dont l’odeur iaifle des imprelîions 
fi fortes, que s’ils pallent fur un tas de bou- 
jteilles , tout le vin en devient raufqué au point 
qu’il n’eft pas poffihle d’en boire. D’autres 
s’introduilent dans les fcaffe-cours , Sc y font 
de terribles ravages, non-feulement fur les 
grollcs & menues volailles , qu’ris tuent ôc 
entraînent dans leurs fourerrains, où ils ea 
forment des elpéccs de M&gafins; mais ils at- 
taquent également les moutons dans les Ber- 
geries, les chèvres, chevreaux Sc cochons, Sc 
, s’attachent ùirle lonunetdc leur tête; ils leur 
fucccnt la cervelle , Sc en détruifent beau- 
coup. D’autres enfin , également deftruéteurs 
au fond des eaux , vont dans les rivières 
plonger des coquillages de toute dpécc, 
qu’ils ont Pinftinét ou l'intelligence de porter 
Kurdes Rocher*, qui s’élèvent au-defiiis de la 
furface des eaux > Sc à l’aide d’une pierre qui 
leur fert de marteau , il les caifenr Sc les man- 
dent i on voit dans l’efpacc d’une nuit des 
monceaux de ces coquillages fut les Rochers. 


de* Sciences 8$ Belles- Lettres. 85 

tes bpmmes de l’Iflc de Bourbo , font 
grands , robuftes 8c bien faits, ils font agiles 
à la courfe , traverfenr les chemins les plus dit 
ficiles , & grimpent fur les montagnes les plus 
éfearpées pour poursuivre les noirs fugitifs ; 

t luficurs même d’entr’eux ont l’odorat allez 
n pour les éventer de quatre à cinq cent pas. 
Gette Chafle continuelle les end'ircit plus à 
là peine que la culture de leurs habitations. 
Us vivoient autrefois avec la plus rigide fo- 
briété. Des choux palmiftes , des patates , de* 
Bananes, 8i d’autres fruits que la Terre pro- 
duit naturellement, faifoient leur feulé nour- 
riture ; quelques-uns d’entt’eux relient encore 
facilement des quatre à' cinq, jours làns man- 
ger. Leur habillement étoit aulïï modefteque 
leur vie étoit frugale; une chemile, une cu- 
lotte de toile bleue , &un linge qui leur cou- 
vroit la tête, voilà quel étoit tour leur vête- 
ment v mais depuis; que les Européans y (ont 
établis, leur exemple leur a infpiré le goût des 
richeflès 8c du luxe. Aux zagayes qui faifoient 
leurs armes ordinaires, ils ont fubftirué l*Crpée> 
& Içavcnt s’en fervir utilement. 

L habillement des Dames Créoles qui ne font 
pas encore à l’Européenne , con/ifte en juppes 
d’étoffes de laChine ôc de l’Inde, &. en corlcts 
fort propres; elles portent par delfus un pei- 
gnoir des plus belles mouftelines brodées, .& 
Tome J. * . X 


$a Mémoires de la Société Royale 
pour co'ëffure un mouchoir arriftement atta-- 
ché au tour de la tête > quelques-unes font ri- 
ches en diamans. 

L’Hle eft très-montagncufe & à la ré(e£- 
ve des Cordelières en Amérique , & du Pic~ 
deTénériffe, il n’yçn a pas de connue qui foie: 
aufli élevée que celle de la Couronne ou des. 
rroivSalazesjOn n’a jamais pu approcher de. 
fon fommet. En l’année 1735- e ^ s le trouvai 
couverte de neige > & fut un Phénomène. Les» 
plus anciens habi tans ne l’avoient jamais vu,. 
& ils ne connoifloient la neige que par la def- 
cription qu’on leur en avoit faite ,, & depuis- 
on n’en a point vu.. 

Du pied de cette Montagne, & pour ainfi. 
dire, de la mêmefourcc , forcent les trois prin- 
cipales Rivières, l’une prend fon cours d’ 0 * 
rient en Occident, l’autre d-Occident enOrienti, 
& la troisième du Midi au Couchant,, elles- 
traversent 1’Iüe deviennent fe déchargçr dans 
la Mer. • 

On trouve dans prefque toutes les- Mon- 
tagnes une quantité de Amples , Sc de plantes 
de toute efpéce , mais inconnues en Euro- 
pe*, on y rainalTe des heaumes précieux.& qui- 
Ont des propriétés admirables. 

D’une de ces Montagnes fort un volcan y. 
un des plus terribles peut-être qu’on voye fur 
Ja Xette j:il a déjà calciné plus de huirlieuét 



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des Science* & Belles-Lettres. J>! 
de largeur de terrein, fur douze à quinze de 
l ongueur, qu’on nomme le grand & le petit 
Pays brillé; il fait des irruptions fréquentes. 
v En 1 7 . il en fortit une fi prodigieufe 

quantité de matières enflammées , qu’ellfcs 
formèrent une efpéce de Rivière de feu , qui 
coula pendant plufieurs heures jufqù’à kMer, 
de forma un lit beaucoup plus large que- Ja 
Seine. Il eft arrivé depuis pfcu une nouvelle 
irruption extraordinaire; j’ai écriri un de mes 
amis, qui eft fur les lieux , homme intelligent Sc 
exa<ft, de m’en envoyer une defeription dé*, 
raillée. 



D I S COURS 

Prononcé Par M. le Comte De Caramaî*, 
le jour de Ja réception y dans la Séance 
publique du S. Mai 1751* 

M ESSIEUR--S, 

‘ D a ns la célébrité du grand jour qui vou* 
raftèmb^-je ne m’arténdois pas à être obligé 
de joindre les foibles marques de ma recon- 
noilîance, aux témoignages éclatans dé la vô- 
’tre , pour votre Augufte Fondateur. Plus ren- 
fermé qu’un autre dans les feules connoitfào. 
ces propres à mon état, & confondu danl fe 
foule des amateurs des Lettres., par des études 


fi Mémoires de U Société' Roy éde 
|k u fuivies ou variées fans delïcin i pouvoir 
je croire que le Roi jetreroit les yeux iur moi,, 
pour m’au'ocier aux Maîtres & aux Juges des 
talens, qu’il reut former avec autant de foin 
que (à libéralité lescouronneavec magnificence? 

Etranger d'ailleurs dans cette Province , où 


je n’ai été conduit que par lès bontés* & re- 
tenu jufqp’à préfent à. la Cour , par l’admira- 
tion des. bienfaits- multipliés qu’il ne celle de 
répandre lur lès Sujets ; à quel titre ai-je pu. 
attirer fur moi Ion attention , &: mériter l’hon- 
neur de vos fufïiagcs? 

Jt fens. Messieurs, tout lè prix d’une 
diltin&ion aulfi glorieufe mais ne devrois-je 
pas plutôt la regarder comme un fardeau trop- 
péfant pour mes forces, que comme une grâce 
bien flatteufe pour mon ambition L Admis avec 
vous pourpartager vos travaux Litréraires,puis- 
je ignorer les obligations quem’impolc un pa- 
reil .hoix } & dois-jt me déguifer à moi-même 
tout ce qui me manque pour le jufffier ? 

En effet. Messieurs, quel eftl’objetdes- 
fondions qui me deviennent au jourd’htii com- 
munes avec vous i II s’agit de féconder les* 
vues d’un. Prince , qui après avoir épuifè les 
^effources d’une humanité aôive& généreulc», 
pour prévenir les bel" dns de Ion Peuple, veut’ 
encore faire de là Capitale le Temple &.l’azilc 
des .Sciences & des Arts. C’eft fur vous qu’ilè 
le repofe du foin d'exciter entre lès Sujets, par. 


des Scient»» & BelBet -Lettre». 
l’attrait de l’honneur & de récompcnlcs , ccc 
amour de la belle gloire, cette noble émulât» 
non , feule capable d’élever rcfprir au-deflu* 
de lui - meme & de le porter au plus haur 
point de perfèéfion qu’il peut atteindre. 

Si j’examine les Membres illudres qui coin*» 
polènt cette Société, je n’y trouve pour la plu- 
part que des hommes connus dans les Corps- 
Littéraires les plus diftinguésde l’Europe ; cfes> 
noms déjà contactés par les fuffraecs du pu- 
blic i Si à la tête de ces Génies tupéricurs » 
éprouvés en tout genre, je vois un digne Pré- 
lit, en qui tes rares qualités du cœur de dé" 
Pclprit le difputent au tang & à la naillàncc. 

La profemon des armes, loin de fervir d’ex- 
enté à mon iniuffilànce, s’élève an contraire 
contre moi. J’apperçois dans ce Temple des- 
Mufes un Militaire adopté par les plus célé- 
brés Académies , & dont l’elprit aum profond’ 
que délicaryembraffè tontes les connoiffimcesi 
Mais, Messieurs, raffûté par votre in- 
dulgence , & plein de confiance dansle fecours- 
de vos lumières, j’olê me livrer fans crainte? 
aux devoirs que je contracté aujourd’hui 5 St. 
fans prétendre parragervos fuccès, je me borne 
à la gloire d’en être le témoin & l’admirateur,. 

Quelle foule de grands hommes en fout, 
genre, ne vois- je pas lortir de votre Lycée* 
Qucd’éléves généreux, capables d’immorta» 
Hier les Maîtres qui les auront inftruits Si cou- 
< 


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r C 




■* . 


- T- S 





£4 Mémoirerd* U Société Royale 

sonnés, ne produira point une Province auflfr 
fertile en ecnies & en talens. 

Heureutc Province! vous êtes aujourd'hui- 
la digne rivale de Paris. Le Palais de vos an- 
ciens Maîtres devient par la libéralité de votre 
Jtoj, le Sanâuaire de toutes les Sciences ôc de 
tous les Arts. Chaque Science , chaque Art y 
trouvera des modèles pour Te perfectionner, 
& des récompenfes pour fes progrès. Tpus 
ipnt également invités à profiter des uns, & 
à mériter les autres.- Comme les Mufcs font 
jSœurs, & que* l’antiqpité nous les repréfenre 
toujours réiinies dans on meme fejour & fous 
un même Chef, votre Roi n’a poinrvoulu les 
Réparer. 11 les raflèmble dans un meme Tem- 
ple pour exciter davantage leur émulation,, 
favori fer leur correfpondance , multiplier les 
lècours mutuels quelles le prêtent, & pouvoir 
jçomme un autre Apcfllon préfider à leurs tra- 
, yaux, & les diriger en même tems.. 

. Il eficncore,.MESsiEURS, un autreavan- 
tage bien confidérable , que la làgçlle du Roi* 
a (eu vous ménager pour la gloire de votre 
établillèment , & pour accélérer les progrès- 
du génie & des ralens. Différente des autres- 
Académies, votre Société n’eft point alfujettic 
à-prefcri.re aux Auteurs & aux Artiftcs , les 
fujetsqu’iis doivent traiter, pour mériter vos 
palmes Littéraires. Maîtres de fe livrer à leur 



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1 

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«I 


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des Sciences & "BeUes-Lettris. ^5- 

goût , ils ne font fournis à d’autre loi qu’à 1 
celle de travailler pour l’ utilité publique. 

Il a foriti , ce Roi Phiiofophe > que rien n’elt 
plus libre qiie 1 ’cfprit , que la moindre con- 
trainte décourage & éteint fon aCtiviré ; qu'en- 
nemi de toute entrave , il ne fo plaît qu’à fe 
’jpüer dans fes idées, & n’cnrre qu’avec peine 
dans celle des autres i que tout coule de four- 
ce dans un ouvrage dont il a imaginé lefujctj; 
mais que dans un travail de commande, c’eft- 
un Efclave qui obéît fens goût ,& que malgré 
fes efforts il parvient rarement à donner à fes> 
écrits ce ton original & créateur , qui cft le 
fceau de la perfection. • •: r. 

' Sfprits contemplatifs, deftinés à approfon- 
dir la nature , & à dévoiler les refiotts de fes - 
admirables opérations , venez donc dans ce 
Portique éclaircir vos doutes, & puifcrde.no»- 
yelles connoiffanccs. Vous y trouvérez des 
^guides surs, à qui la naruteclle-même fembla 
avoir fait confidence de fes fecrets lcs plus ca- 
chez , auffi dilpofés à vous encourager par 
léûrs leçons , qti’cmpreffez à couronner- vos 
progrès & vos découvertes. r •• 

Rivaux des deux Oracles de Rome 6 t d’A**- 
rhénes ; vous qui charmés de cet Art victorieux 
qui les rendit autrefois les arbitres de leu rPa— 
feie, ambition nei le prix de l’éloquence ; ve- 
nez apprendre à le mériter fous-le Maître du- 




pt Mémoires Àe lxSoeitu Roynh 
goût. L’illuftre Académicien qui vous enafâir 
connoître la nature, les principes, les régies 

les avantages,. avec autant d élégance que j 
de délicarefl'e &dc précifion , vous enfeignera 
par quel Art vous pouvez être égalaient fou- 
tenus ». & animez dans toutes les parties de 
vos difeours-, folides 8c infinuans dans vos- 
preuves, vifs- 8c variez dans vos portraits* 
fublimes & pathétiques dans- les fentimens,- 
concis (ans obfcuritc, Amples fans bafïcflc >-& 
grands fans enflure. 

Qjieh modèle à fuivre ne reconnoîtrez- 
vous point aufli dans un de (es Confrères*) 
non moins recommandable par l’intégrité de 
(es mœurs , que par l’étendue de fonefptit 8c 
de fon érudition , & que la piété du Roi à 
chargé de la direélion aun de ces Etabliflc~- 
mens, que fa Religion & fait pour l’iuftruo 
âon des Peuples. . ; 

En fans de Calliope , nés pour toucher 
Eyre d’Orphée & d’Amphion ; quels fecours- 
ne trouverez- vous point fur- ce nouveau Par»' 
nafle ! Quelle noble carrière pour- vos chants f 
Quel objet peut mieux que le bonheur- de vo- 
tre Patrie 8c la gloire du Roi > échauffer votre- 
imagination vive & brillante > & vous péné- 
trer de ce beau feu, qui feui peut- faire cou- 
ronner vos ouvrages* & vous donner droit a 
l'immortalité! . ' 

DifcipÉ» 


/ 


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iet Sventes Cf Stlles-Lettret. 

Difciplcs de Thucidide & de Tite-Livc , 
tous que votre génie porte à inftruire la pofl 
rérité des événemens de votre fi<ÿle,qui peut 
mieux qu’un des principaux Membres de cette 
Société, cet élégant & fage Hiftorien du plus 
puiilant Royaume du Nord , vous apprendre 
que le ftile de l’Hiftoire ne demande qu’une 
umplicitc majeftueufe , ennemie de tout or- 
nement etranger; qu il faut un difeernemene 
exquis dans le choix des faits dignes de l’at- 
tention de l’avenir; que fans une pénétration 
& une fagaciré perçante, on ne peut déve- 
lopper judicieufement & avec netteté, l’origi- 
ne 8c les caufès des grandes révolutions ; Si 
enfin que fupéricurs à route paflïon, à toute 
confédération , à tout intérêt, vous ne pouvez 
jamais vous écarter de cette vérité inaltérable, 
qui doit fur- tout vouscara&érifcrî 

Choififîèz Phiftoire d’une auflî belle vie 
que celle de votre Roi , pour l’efTai de vos ra- 
lcns. La beauté du fiijet foûtiendra votre foi- ’ 
blcfTe ; l’amour & l’admiration qui fuivront le 
détail de fes vertus héroïques 6c morales , fe- 
ront lire vos ouvrages avec avidité ; le vrai 
fimple aura tout le féduifant , tout le mer 
vrille»* de la fiâion. Le Héros accréditer* 
lHiltoncn ; on applaudira avec tendreflè à 
I éloge du Père de la Patrie, & chacun croit, 
de fon fumage devoir payer à l’Auteur l’ex- 
T«me /. y 



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%% Mémoire* de U Société Royale 
preflîon de Tes propres fcntimens. 

Quelle gloire & quel honneur pour vous 
d’immortalifcr vos noms , & la reconoiflàncc 
de votre Patrie • en offrant à la poftérité le 
modèle le plus accompli des grandes qualités, 
que la bonté Suprême peut réunir dans lame 
d’un Souverain. Expofez donc dans tout fon 
jour aux regards de nos derniers Neveux, cetrc 
confiance & cette grandeur d’ame , à l’épreuve 
de tous les revers; cette alternative de triom- 
phes Sc de difgraces, qui n’a fervi que de luftre 
a la vertu de l’Ami & du Compagnon de 
l’Alexandre du Nord ; ce courage & cette in- 
trépidité dans les plus grands dangers, aulli 
éloignée d’une aveugle témérité que d’une 
timide circonfpeâion ; ce contrafte heureux 
d’élévation dans l’efprit, &de fîmplicité dans 
les mœurs; cette bonté fans bornes, & cette 
affabilité populaire, qui ne fait rien perdre à 
la Majefté du rang Suprême ; cette libéralité 
inépuifable, qui n’ouvre fes trélors qu’avec 
difeernement, & qui ne les répand que fur le 
mérite & fur l’indigence ; & cet accord ad- 
mirable & fî rare d’un génie fupérieur , avec la 
foi du Centenier &la piété la plus folide. Ne 
craignez point d’allarmer 1^ modeftie. Louer ✓ 
un Roi vertueux , c’eft moins lui rendre hom- 
mage que fucrifier à la vertu , le propofer pour 
modèle , & remercier la Divinité de l’avoir 



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des Sciences & BelUs-Lgttres. , 99 
fcit naître pour le bonheur des hommes. 

Vous enfin émules & fuccefieurs, des Sot 
ttate, des Phidias Sc des Apelles, juftifiés par 
des chef-d’œuvrcs de votre Arc la prote&ion 
<jue vous accotdc votre généreux Monarque. 
Poctes , Hiftoriens, Orateurs , Philofophes <5c 
Artiftes , réunifiez -vous, & d’un concert una- 
nime, élevez à là gloire, à l’cnvi les uns des 
autres, des monumens éternels , dignes de là 
bonté , & de l’immortelle reconnoifiànce de 
vos Concitoyens. 

Qu’il eft doux. Messieurs, pour des 
cœurs fenfibles ( je le vois dans les yeux de 
l’illuftre Alîèmblée qui m'environne) qu’il eft 
doux de pouvoir làns craindce les regards de 
la vérité, offrir un encens légitime à l'objet 
de fa gratitude, & à l'Auteur de fa félicité. 
Le langage d’une admiration lincére eft bien 
au-dellus dun éloge ditfté par l’adulation. 
Celle-ci peint en tremblant fon Héros moins 
tel qu’il eft, que tel qu’il devroit-être ; dedans 
l’hommage que vous rendez au vôtre , vous 
n avez a craindre que de ne pouvoir vous éle- 
ver julqu’à l’excellence de votre fujet. 

PuifiTe l’heureufe Auftrafie jouir long tems 
de les exemples & de fes bienfaits! Daigne le 
jufte Ciel, au gré des vœux de cette Province, 
prolonger des jours qui lui font fi précieux ! 
Et puiffè enfin cette diuftre Société Littéraire# 

Y ij 


1 


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ï ûé Mémoires de la Société' Royale 

fécondant dignement les vues de fon généreux 
Fondateur , faire de fes Erats la Patrie & le 
fèjour du génie & des talcns , 8c par des ou- 
vrages dignes de la poftécité la plus reculée, 
■montrer que le Régne de STANISLAS 
-LE BIENFAISANT, cft le Régne des 
Sciences , des Arts 8c des Vertus. i 


p— — — —— — — i 

DISCOURS 

Prononcé en la même Sêtnce par le Pere 
Leslie. 

M ESSIEURS, 

* D h tous les avantages attachés à l’honneur 
que je reçois , le plus précieux pour moi eft 
l’occafîon qu’il me procure aujourd’hui de fai- 
re éclater , en préfence de l’élite de la Nation , 
mes fcntiincns pour vous & pour elle. Né 
loin de ces climats, fauvé du naufrage de ma 
Patrie entre les bras de la Religion , jeeté par 
la Providence d’une autre extrémité de l’Eu- 
rope parmi vous, fans d’autre titre à vos bon- 
tés que vorre bonté meme : que n'ai- je pas 
trouvé en ces lieux ? Une nouvelle Patrie plus 
heureufe, auiïi chere; par-tout des objets & 
des motifs d’eftime 8c de reconnoiflance. 


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I 

des Sciences (J Belles-Lettres. roi 
A ces fenrimens connus, mes feuls droits 
à la qualité de votre Concitoyen , un grand 
Roi, le Bienfaiteur de tout fon Peuple ; une 
Société lavante , à peine formée , 8c déjà il- 
lullre , en ajoutent un nouveau. Moins je mé- 
ritois cette grâce , plus j’en fens le prix. Mais 
fcroit-ce la reconnoître & juftificr vos fuffra- 
ges, Messieur s, que de ne vous entrete- 
nir que des fenrimens qu’elle m’infpire î Ce 
qui m’eft perfonnel peut-il être digne de vous î 
Que dans ces Sociétés, dont l’objet principal 
font les agrémens du Hile , 8c les finefles du 
langage, le devoir de ceux qui y font reçus, 
le borne à brûler à l’entrée du Sanctuaire un 
encens léger en l’honneur du Héros qui les 
a établies , & des Sages qui les compofcnr, ici 
on ne peut le flatter d’être agréable qu’au tant 

3 u’on s’efforce d’être mile. Je me borne à ce 
evoir. Messieurs ; heureux fi je puis le 
remplir. 

On l’a louvent dit , & il eft vrai : Les Arts 
quelque variés, quelque nombreux qü’ils foienr, 
fe réduifent tous à un même principe. Etu- 
diés , imités la belle nature , pourroit-on dire 
à l’Orateur, au Poète, comme au Peintre ÔC 
au Mufïcien. Principe lumineux & fécond* 
dont le développement pourroit fuffire au but 
r que vous vous propofés. Messieurs , file 
Roi dans votre établi Ifement s’étoit borné gu? 


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loi Mémoires de la Société Royale 
fculs Arts agréables , dans la plupart defquelÿ 
nous avons de lui des modèles. 

Mais Tes vues immenfes comme fa grande 
amc, s’étendent à toutes les Sciences & à toufc 
les Arts. Tâchons pour fuivre Tes intentions 
de nous prefcrire à nous-meme > d’indiquer a 
ceux dont nous devons diriger le travail , uft 
principe qui embraffe tout ce qui cft du ren- 
fort de l’elprit, une régie qui s’applique ajou- 
tes nos connoiflances. Eft-il une recherche 
plus digne d’une Société établie pour les faire 
fleurir toutes , & pour encourager tous les 
talens ? ' 

Ce principe quel eft-il ? L’expérience , 1 é- 
tude des faits , aufquels le reduifent , finort 
comme â leur (cul objet, du moins comme 
à leur unique fondement, toutes nosconnoi£ 
lances certaines. Tout n’cft point du reflort 
de notre efprir; il a lès bornes, (ans doute; 
& il eft (î important de les connoitre , que 
j’o(c dire que c’eft moins au défaut des efforts 
qu’on devroit faire pour y atteindre, qu a ceux 

3 u ’on ne ceflè de faire pour les paffer, que 
oivent être imputées nos erreurs ôc nos in- 
certitudes. 

« L’exiftence des chofes , leurs propriétés , 
leurs effets utiles: voilà ce qu’il nous importe 
d’en connoître ; Sc ce qui fe préfente comme 
de foi-même à notre connoiflànce > on le né- 


) 


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des Sciences & Belles-Lettres . I o$ 

glige. Leurs caufes, leurs manières d’être 8c 
d’agir j le plan général de l’Univers, & le jeu 
caché de Tes redores -, objets de pure curiofité , 
& pour cela même mis fagement par le Créa- 
teur hors de notre portée: Voilà lur quoi on 
s’epuife en théories , en recherches , en conjec- 
tures. Au lieu de fe porrer dans l’étude du 
côté lumineux des objets, avec l’alïurancc flat- 
teufe de voir la clarté s’accroître, la route s’ap- 
planir à melùre qu’on avance -, on s’attache au 
côté le plus oblcur ; on s’obftine à y pénétrer : 
Les ténèbres s’épaiflîflent , bientôt on prend 
l’imagination pour la raifon ,de foibles lueurs 
pour de pures lumières , pour réalités des Con- 
gés & des hypothélès. On Ce hâte de les an- 
noncer , on les appuie lùr quelqu’un de ces 
principes abftraits, qui n’ayant point de fens 
tien décidé , fe prêtent allez à tout j on les 
étaye d’analogies & de probabilités , qu’on éri- 
S e en démonftrations* Par cette méthode 
on a prelque fur tout des opinions & des ûC- 
têmes , au lieu de connoilTanees & de certitu- 
de. Egarement déplorable de l’elprit humain , 
plus funefte peut-etre au progrès des Sciences 
que là parelïe même & Ion ignorance. Que 
de talcns lupérieurs, de jours précieux perdus 
en inutiles efforts, pour pafïèr les bornes mar- 
quées à l’elprit humain, qui employés dans la 
Lcule carrière Elite pour- lui, auroient été de» 


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104 Mémoires de ht Société Roy (de 

fources fécondes de découvertes utiles. Tâ- 
chons de l’y ramener , de l’y fixer, s’il fêpeut, 
en lui démontrant &lasûretc de cette route, & 
les écueils où l’on ne peut manquer de donner 
pour peu qu’on s’en écarte. ; 

Etude exade des faits à la portée de nos lu- 
mières ; route sûre pour arriver à la certitude, 

& la feule qui foit ouverte à l’homme. Créé 
intelligent mais borné , il n’eft fait ni pour 
tout ignorer, ni pour tout fçavoir. La mefure 
de fes connoiflànces la plus jufte & la plus fîm- 
P le > c’eft l’étendue des moyens qu’il a de con» 
noître. Or il en eft de ces moyens comme de 
tous les A gens naturels ; ils n’ont d’adivité 
que dans la fphere qui leur eft propre , que fur 
les objets qui leur font fubordonnés. Ce qui 
n’eft point de leur reflort fe dérobe dèilors à 
nos connoiflànces. 

Quels font ces moyensî Le fêntiment inti- 
me de notre ame même pour ce qui fe pafïè 
au dedans de nous v nos fens pour les objets 
extérieurs qui font à leur portée > l’authenticité 
des témoignages pour ceux qui ne le font pas. 

Voilà les feuls Maîtres que nous publions in- 
terroger -, Maîtres toujours piêcs à nous 
répondre , & aux enfeignemens dcfquels 
l’Auteur de notre Etre a attaché dans leurs 
genres differens une fource de lumières, fiiffi- ! 

uptes pour nous éclairer &naus conduire. In- 


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JUs Sciences fi? Selles- Lettres . > o f 

«errogeons les féparément. De la nature & de 
l’étenduë de leurs réponfes » nous pourront 
conclure avec sûreté les objets véritables & les 
bornes de nos connoiffànces. 

Je fçai, Messieurs», qu’indépendem- 
ment dé nos moyens de connoître , il eft de* 
vérités fondées fur la nature même des cho- 
ies » fur leurs rapports immuables fur la 
conformité qu’ont entre elles les idées qui le* 
repréfentent. Ce n’eft point de ces vérités en 
elles-mêmes que nonsparlons ici , c’eftde l’a£- 
fûrance que nouspouvons en avoir. Elle dimi- 
nué généralement parlant , à mefure que la 
vûe des objets eft moins immédiate ànotre aine. 

Delà au premier & au plus haut dégré 
de certitude » je trouve les connoiffànces 
que nous avons par la réflexion fur nous- mê- 
me, par le fentiment intime des faits qui Ce 
paffènt dans nous. Sentiment qui n’a que ces 
Faits pour objet » & qui eft cependant pour 
nous le principe de toute certitude* Qu’eft- 
ce en effet que cette certitude elle- même» 
qu’un fait qui nousaffiire de tous les autres» 
que l’adhéffon néeeffàire de norre efprit aux 
vérités qui lui (ont offertes ; adhéûon plus ou 
moins libre », félon que ees vérités font plus 
ou moins lumineufes, &dont la néceflîtéim- 
pofée à notre ame par le Ctéareur, fait le fond 
meme de notre railon? N eft-ce pas en effet le 


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*7 


t * 



roô Mémoires de la Société Royale 
fentiment intime de cette néceflîté d’adhérer 
aux premières vérités, foirdes Sciences, Toit 
de la morale, qui les rend évidentes par rap- 
port à nous ? Confédérée donc fous ce point 
de vûë l’évidence même des idées , cft elle- 
même un fait qui nous eft attefté par le fèn- 
riment intime. Nous devons donc à ce pre- 
mier moyen de connoître la certitude que 
nous donnent tous les autres. Mais pour le ref- 
traindre aux objers qui lui font propres , c’eft 
par cette vue intime d’elle-même , que l’ame 
connoit fes différentes manières d’être , & les 
fèntimens qui en réfnltent , fès plaifirs Sc fes 
peines, les joies & fes douleurs, fes penchans 
6c fes dégoûts , non-fèulcmcnt fès idées & 
leurs combinaifons fans nombre, d’où réful- 
tent toutes les Sciences , mais fès doutes même, 
fès limites ÔC fon ignorance. 

Pour connoître les propriétés de famé & 
fa nature, le meilleur de tous les Livres , j’ofè 
le dire , le fèul Livre utile , c’eft Famé même. 
On ne s’eft égaré fur cette matière importan- 
te, qu’en s’opiniâtrant à chercher au dehors, 
& dans des fpéculations abftraites,ccsrépon- 
fes qu’on ne pouvoir recevoir que de foi-mê- 
me. Toute théorie de nos connoiffances , de 
notre volonté , de notre liberté, puifèe ailleurs, 
ne peut nous donner qu’une fauflè hiftoire de 
famé i pour en avoir la véritable > fes opéra- 


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Go 


des Sciences Cf Belles-Lettres. roy 
fions , les fairs qui fe partent au dedans d'elle, 
font les (cuis mémoires qu’il faut confulrer. 
Voilà pour la connoître le fenl oracle sûr; 
Oracle dont la clarté égale la certitude , tant 
qu'on ne l’interroge que fur ce qu’elle éprou* 
ve: Oracle même ( pour ne toucher ici qu'en 
partant une vérité que je crois fufceptible de 
la démonftration la plus exaéte ) Oracle lut 
ce qui regarde l’efprit ,plus clair , plus certain » 
plus étendu même que ne le font les fêns à 
l’égard de la matière , qu'on s’imagine très- 
peu Philofophiquement beaucoup mieux con- 
noître , & à laquelle une Philofophie auflt 
faufle qu’impie voudroit tout réduire. 

Que de ces faits connus avec évidence , on 
«ire j par une fuite de raifonnemens folides» 
des lumières ultérieures » qu'on en conclue 
d’autres faits qui en font les principes • le* 
propriétés del’amé^par exemple, & finonfâ 
nature, au moins afîcz defescaraétéresertcn- 
tiels , pour la diftinguer de toute autre fîib£ 
tance. Qu’on ne fe Dôme pas là même » que 
partant du fenriment intime de nos opéra- 
tions & de notre exiftence , remontant tou- 
jours par Ja même route des effets à leurs catt- 
fes, on parvienne à la caufê première, à la 
fourccde tous les Etres, à l’Etre infiniment 
parfait à l’exiftcnce duquel on ne peur man- 
quer d’aboutir , par un enchaînement facile 


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I o J Mémoires delà, Société' Royale 

te sûr de faits & de principes avoués par 1& 
raifon , & appuyés fur l’expérience : Jufques- 
là tout eft dans l’ordre, & chaque conclufiotr 
«ft une vérité. Tout effet réel luppofe rrécef- 
fairement une caufe exiftanre , & proportion- 
née à fon effet. Mais que ne fuivant plus ce fil, 
te ceflàntde s'appuyer fur les faits , on fe jette 
‘à l’écart •, qu’on le livre à des Ipéculations va- 
gues, à des recherches fans fin fur la nature 
intime de cette fubftance, lur l’origiue de lès 
opérations » fin: le comment & le pourquoi. A 
toutes ces queftions l’oracle eft muet. La' 
connoiffance er> eft donc impoflible & l’étude 
inutile. 

Si telles (ont les bornes de celui de tous nos 
moyens de connoître le plus à notre portée, 
fur ce qui nous eft le plus intime & le plus 
perfonnel j pouvons-nous nous flatter de don- 
ner aux autres plus d’étendue. Ce que la ré- 
flexion nous fait connoître de notre ame , les 
Æns nous l’apprennent du petit nombre de 
corps qui font à leur portée leurs propriétés 
fcnlibles , leur exiftence , quelque choie de 
leur ulàge & de leurs effets, prefque rien de 
leur nature. 

Principes de certitude comme leffenriment 
intime lans l’être au même dégré, les fens 
établiffent entre l’amç & les objets qui lui font 
étrangers, une communication *dont la sûre^ 


/ 


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H es Sciences & Belles-Lettres. i o$ 

té eft appuyée fur lcsloix établies par le Créa- 
teur > loix aufquclles il peut déroger par la 
même puiflànce qui les a faites, dans ces cas 
particuliers, où il donne pour juger deschofes 
«ne régie plus sûre que le rapport de nos 
fens ; mais dont en général la nécefïïté même 
■qu’il nous a impofëede nous en tenir à ce rap- 
port, prouve afl'cz la certitude. 

Dirigés par la main bienfaifance qui les « 
créés , les lens préviennent les befoins de fa- 
mé & même fes defirs. Par eux les objets qui 
font hors d’elle , viennent d’eux-mème fe met- 
tre à fâ portée. Veut-elle aller plus avant, Mi- 
niftres obéïflans, ils lui en préfentent de nou- 
veaux , & par les diverfes impreflions faites 
fur leurs organes, ils l’inftruifcnt en même 
tems de leurs qualités différentes. Ce n’eft que 
fur les corps rapprochés amfi d'elle par des 
expériences réitérées, qu’elle peut déployer 
fon activité naturelle , les façonner , les unir* 
analyfer les parties qui les compofent , en exa- 
miner les propriétés , en comparer les effets, 
en faifir les différences. Livrée à elle-même , 
aux fpécularions abftraites de cette raifon fi 
vantée, qu’enfantcra-t-ellc après les plus pé- 
nibles efforts? Une matière première & ima- 
ginaire ; fubftance unique dont les efprits & 
les corps ne font que des modifications ; des 
atomes mus, 8c s’accrochant au hazard dans 


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t t ® Mémoires de U Société' Royale 

le vuide pour former le monde*, des tourbil- 
lons ;des monades. Avec de pareils matériaux 
on lui verra fabriquer des mondes; elle tirera 
d’une matière homogène les corps les plus 
differens , promettra les changemens des 
métaux , le remède univerlèl , fera (ans fin des 
longes & des lyftcmes > devinera beaucoup , 
ne connoîrra rien, & bâtira toujours en l'air , 
tant qu’elle n’appellera pas l’œil & la main 
au fecours de la raifon , & qu'elle ne fondera 
pas, furies fa;ts avérés par l’expérience, fes 
raifonncniens & fes connoiflànces. 

Et qu’on ne dile pas que c'eft donner à lef- 
prit humain des bornes trop étroites , que de 
le réduire a ne fçavoir de la nature que ce que 
1 expérience lui en apprend. Ces bornes font 
loin de nous encore , & c’eft ce qui doit ré- 
veiller notre curiofiré , exciter notre induftrie, 
ranimer nos recherches. Que de Phénomènes 
échapés aux Anciens , déclarés même chimé- 
riques, ou imposables à découvrir, ont été 
apperçus & confiâtes par des obfèrvations pof- 
céricurcs & plus exaéles. Le champ qu’ouvre 
la nature a ceux qui l’étudient , quoiqu’étroit 
eu égard a ce qui nous en reliera toujours ca- 
ché., eft immenlc , à l’envilâger du côté de 
cette multitude d’objets inconnus encore , 
mais qui n’attendent pour paroitre qu’un œil 
plus perçant qui y porte la lumière ; qu’une 


des Stiences {£ Bettes-Lettres, 1 1 1 
main plus habile qui fçachc déchirer le voile 
qui les cache. Dans les objets même que nous 
croyons connoître le mieux , que de propric- 
tes à connoître encore , d’ulàges à éprouver, 
de rapports nouveaux à découvrir ! 

Voilà, Me s sieur s, où doivent Te porter 
nos recherches. Quel’efpacequi nous reliera 
toujours à parcourir, loin de nous découra- 
ger, nous anime à redoubler nos efforts. Nos 
progrès y feront & sûrs & rapides , fi fidèles 
a fuivre la feule route qui nous eft ouverte , 
nous allons de faits en faits ; chaque pas alors 
fera une nouvelle connoifiànce. Peu de loix 
générales ; celles que nous regarderions com- 
me telles , pourroient n’être que les loix par- 
ticulières du petit nombre de corps que nous 
connoiflons. Nul fyftême univerlel.quc nous 
ofions donner pour certain. La plus lçavante 
de nos Académies n’en a adopté aucun. £llc 
a lenti, que placés dans un coin de l’Univers, 
avec des fens aulfi bornés , nous ne pouvons 
le connoître que par parties , fans jamais cm- 
brader le tout d’une vue générale. 

Au fccours de la raifon dans l’étude de la 
nature , appelions donc toujours les fèns i fans 
eux, qu’elle ne prononce rien fur ce qui ne# 
que par eux dé Ion reflort. Au fecours des 
fensmême pour connoître les objets hors de 
leur portée , ou par leur éloignement, ou par 


> 


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r 1 1 Mémoires de U Société Rojole 

leur pcritefïè , quelle appelle encore tout ce 
que i’induftric a inventé pour leur donner 
plus d’étenduë. il eft des corps qui échapent 
a ces fecours même , mais dont les effets éprou- 
vés démontrent & l’cxiftcnce & les propriétés 
rélatives à ces effets ; où ceux ci meme vien- 
dront à nous manquer , là fçaehons nous ar- 
rêter. Au-delà, nul guide pour nous condui-' 
rcj rien for quoi nous appuyer. En général, 
pour peu qu’on ait étudié la nature , on doit 
avoir (ênti que fon auteur n’en a guère mis à 
notre portée que ce qu’il en a fournis à no- 
tre domaine, ou deftiné à nos ufagesj & que 
ia facilité de connoîtrc les objets , augmente 
ou diminué par rapport à nous, à proportion 
de leur utilité & de leur dépendance. Réfle- 
xion importance, où tout nous ramène , & 
qui développée avec foin, feroit plus propre 
que toute autre à nous guider, à déterminer 
les véritables objets de nos recherches , à nous 
conduire for-tout à l’admiration > à l’amour 
de cet Etre Suprême, dont nos ténèbres nous 
prouvent autant peut-être que nos lumières, 
îa puiffancc, la bonté & la lageffe. 

Contentons-nous d’en conclure, que c’cft 
prêfqu'aux feuls corps en proportion avec 
nos lens, à leurs propriétés extérieures, telles 
que l’étendue , la folidité , le mouvement & 
la .figure , aux impreffions qu’ils font for nos 

organes. 


_ J 


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des Sciences Jÿ S elles- Lettres. » rj 

•rgancs,-aux faits,. en un mot, que l’expé- 
rience nous apprend , que fc bornent les con- 
noiflanccs' que nous- en pouvons avoir. Sur 
fes fàits certains ôc mis ainfi à la portée de no* 
«re efprit donnons un libre clfor à fon ac- 
tivité. 

Il n’eft aucune propriété de la matière ainfi 
«onftatée, qui par les rapports & lès diffé-i 
rences fans nombre, ne foit de nature à épui— 
1er nos plus- laborieulès recherches. Sur la 
«ombinaifon des nombres, fur celle des di- 
menlionv de l’étendue , cft fondée la plus cer- 
taine & plus la vaftede toutes les Sciences.- La 
folidité , le mouvement, la figure dés corps, 
font l’objet de tous les Arts mcohaniques. Le* 
Arts plus relevés lc bornent à imiter, à mul- 
tiplier, à varier à l’infini les imprelïions des 
objets extérieurs fur nos organes, C’eft d’u- 
ne étude profonde, Sc luivic des effets de tous 
les Arts, comparés avec la fin qu’on s’y pro- 
pofe, que font néesces régies sures- qui gui- 
dent les Ardftcs, Veut - on- leur donner un* 
nouveau dégré de perfc&ion? Ce n’eft point 
par des fpéculations vagues qu’on y réüffira, 
c elt en failanr de leurs effets une étude encore 
plus profonde , en s’efforçant de leur donner 
une proportion plus fimplc, plus cxa#e avec 
leur objet. La théorie dans cousles Art , -com- 
me dans la nature, n’eft utile & sûre qu’au* 
Terne /; Z 


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r 1 4 Mémoires de U Société Koyxte 
tant qu’elle eft fondée fur la pratique» qu’c 11* 
t’accompagne, ou y conduit. 

Je fçai qu’on ne peut tout obfcrvcr par foi- 
meme. La vie eft trop courre, trop partagée 
entre l'étude la plus conftan*e,& mille foins 
nécc flaires -, les fens de chaque homme en par- 
ticulier, font trop bornés pour futfirc à tout 
ee qui peut-être connu. L’intention du Sage 
Auteur de notre Etre ,.en mettant par le moyen- 
des fens» notre cfprit en liaifon , non-feule- 
ment avec les efprits de tous les lieux 8c de 
tous lés rems,- mais avec lui-même dans les 
garants & les dépôts- de ce qu’il nous a révélé, 
a été, (ans doute, de nous faire entrer les uns 
avec les autres , 8c avec lui en commerce de 
lumières, comme de fccours. 

Dilà réfulrc. Messieurs, pour les ob- 
jets hors de notre portée par leur éloigne- 
ment, ou parleur narwr . , un rroifiéme moyen 
de certitude» d'authenticité des témoignages. 
Moyen fondé for les deux premiers , 8c qui 
en eft comme le fopplémenr,qui rend propre 
à chaque homme en particulier , ee que par 
eux les autres hommes onr découvert , d’au-r 
tant plus-certain lui-même qu’il participe da- 
vantage de la certitude que donnent la réfle- 
xion & les fens, 8t que confronté avec eux, 
il leur eft plus conforme dans fon rapport. 
Moyen d’un ufage infini, mais d’un abus &- 


' i 


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- 

des Sciences & Belles-Lettres . 1 1-5 

oile, deftiné à abréger la route des Sciences, 
mais qui Couvent la fait manquer. Combien 
d’erreurs accréditées par les noms même les 
plus illuftres ? Et quel obftacle au progrès réél 
des Sciences , que la trop grande célébrité de 
certains Sçavans, Les plus fameux le font pref- 
qu’autant par leurs erreurs que par leurs dé- 
couvertes. Les hommes , quels qu’ils (oient, 
font trop fujets à-/c tromper , pour en être 
crus fur leur parole. Ce n’eft donc qu’après 
l’examen, que le témoignage de l’autorité dote 
être pour un vrai Philofophe , un motif de 
certitude. Examen différent , félon la différente 
nature des faits , féul objet légitime de ce tér 
moignage ; examen des faits en même teins > 
ôc plus encore que des témoins , fi ces faits 
(ont du teflort , ou de la réflexion , ou des Cens. 
Rappel lés à ces deux Tribunaux s’ils y (ont 
co n (lacés , leur certitude accroît alors de tout 
le poids que peut ajouter i l’expérience des au- 
tres notre propre expérience. Examen du ré- 
nioin feul , fi les faits ne font pas à notre 
portée. La certitude, en ce cas, abfolumenc 
indépendante de la difeufion des faitsmème, 
qui impoiïible alors ne pourroit - être pat 
conféquent que ridicule , s’accroît à propor- 
tion de la connoi^nce qu’en a celui qui les 
attelée, de fa véracité , & de la fidélité de fon 
témoignage.. «.• • * J 

l z Jy 


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Hé Mémoires de U Société Royale 

Delà Air les faits qu’il a plu à Dieu meme 
de nous révéler , tout doute, à rai (on de l’in- 
fcillibilité évidente du témoin, eft aufîï indi- 
gne d’un Philosophe que d’un Chrétien. Ce 
principe s’étend aux Phénomènes de la nature» 
aux faits hiftoriques connus par cette voye 
comme aux mi Aères de la Religion. Je fçai 
que le but de la révélation eft moins de nour 
/aire connoitte ce monde* que d’aflurcr notre 
bonheur dans l’autre ; que c’eft bien moins 
pour l’efprir que pour le cœur que Dicus’eft 
manifeftéj ôc que tout dans fa Religion tend », 
au moins autant à humilier le premier, qu’à 
perfectionner le fécond. Mais que de vérités 
inblmcs fur la nature de notre ame Se fur là 
destination » Air l’Etre Suprême Se lur Asper- 
A étions; fur les commencemens.de l’Univers: 
& de tout ce qu’il renferme j ne devons nous- 
pas à l’autorité Divine» dont cette Religion 
offre par-tout l’empreinte. Sans elle les ténè- 
bres les plus épaiftès feroient encore répandues; 
Air le berceau du monde. Dieu Aul prcAnt a 
l'origine de tout, a pu Aul nous inftruire de 
4t premier fait, la fource de tous les autres» 
Sc il a daigné le faire. A quoi bon après cela 
ces atomes & ce vuide, cette triple matière ÔC 
ces tourbillons , tous ccs^urres Romans do 
la nature , auffi éloignés de fon hiftoirc véri- 
table, que contraires ks uns au* autres*. Ef- 


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des Sciencts & Belles-Lettres. t Vf 
(ets bizarres de la préemption & de ta manie 
des fyftcines, qui ont H fouvenc déshonoré, 
qui déshonorent encore cous les jours les Phi- 
lofophes les plus efthnables , 3c leurs plus cé- 
lébrés ouvrages. Il en efl de même des autres 
faits atteftés par la même autorité. Que peu- 
vent contre leur certitude» dea conjectures, 
des analogies »des probabilités., peut-être tout 
«u plus des inductions tirées de quelques Phé- 
ro mènes particuliers vus imparfaitement » 

3c des principes defqucls nulle de nos facul- 
tés ne peut nous inftruire.. Ces Phénomènes 
exiflcnt, c’eft tout ce qu'on en fçair. On en: J* : ' 

devine les caufcs» ils peuvent en avoir d’autres- ^ , 
fort différentes de celles qu’on leur attribue- 
Ell-ce être Philofophe que de tirer de ceseon- 
jeCtu res bazardées , des argumens contre des 
faits appuyés for les témoignages les plus au- 
eentiques ? 

Un témoignage certain ne peur être balan* 
cé dans un e/prit raifonnable , que par unau* 
ere d’un poids ég^l », ni démenti que par un» 
rapport d’une certitude fupéiLure. Principe 
lumineux 3c sûr ». qui dans ce conflit trop fré- 
quent d’aurorités oppofées, peur foui, a tra- 
vers les deux écueils les plus à craindre dans- 
la route des Sciences » la crédulité & le Pyr- 
y jonifme, nous conduire au terme heureux de 
noue courfc, à la certitude- . , 


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ni Mémoires de U Société Royale 

Un voile obfcur nous dérobe nous-même 4 
nous-même , & nous cache le méchanifme de 
l’Univers; employons à le lever par parties, 
les moyens que nous avons de connoîtrc ; pro- 
fitons de ce qu’en ont découvert les autres , ôc 
cherchons-y les faits à notre portée , & qui 
peuvent être à notre ufagç. Laiflonsà Dieu tout 
le refte ÿ il Ven eft réfervé la connoiffance , com- 
me l’arrangement Ôc la direction. Découvrit 
les vérités d’expérience & le les rendre utiles; 
connoîrre les bienfaits du Créateur , pour les 
- mettre en œuvre & l’en glorifier: Voilà en me* 
me-tems la Science ôc le devoir «le l’homme. 


LYSIMAQ.UE 

ParM.Dn Montesquieu, lu k U 
meme Séance publicjne. 

L ’O r s qu’A l e x a n d r i eut détruit l'Em- 
pire des Perlés, il voulut que l’on crut 
qu’il étoit Fils de Jupiter. Les Macédoniens 
étoient indignés de voircc Prince rougir d’a- 
voir Philippe pour Pere ; leur mécontente- 
ment s’accrut iorfqu’ils lui virent prendre les 
mœurs , les habits ÔC les manières deaPerfes; 
& ils fe reprochoient tous d’avoir tant fâirpouc 
un homme qui commençait à les méprilèr. 
Mais on murmurait dans l’Armée, Ôc l’on ne 


) 


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des Sciences & B elles- Lettres. t tf 

parloitpas. Un Philofophe , nommé Califthé- 
nc, avoir fuivi le Roi dans- fon expéditio». 
Un jour qu’il le làlua à la manière des Grecs» 
d’où vient » lui dit Alexandre , que ru ne m’a- 
dore pas? Seigneur» lui dit Califthéne, vous 
êtes le Chef de deux Nations ; l’une efclavc 
avant que vous l’eufliez foumile » ne l’efti 

P as moins depuis que vous l’avez vaincue» 
autre libre avant qu’elle vous lérvit à rem- 
porter tançde viéfcoircs, l’eft encore depuis que 
vous les avez remportées; je fuis Grec, Sci» 
gneur, & ce nom vous l’avez élevé fi haut» 
que fans vous faite tort» il ne nous cft plus 
permis de l’avilir. 

Les vice* d’Alexandre étoienr extrême» 
comme fes vertus ; il étoit terrible dans là coi 
1ère, elle le rendoit cruel. Il fit couper les 
pieds, le nez & les oreilles à Califthéne, or- 
donna qu’on le mit dans une cage de 1er, & 
k fit porter aïnfi à la fuite dcl’Armée. J’aimoié 
Califthéne, & de tous tems, lorfque mes oc- 
cupations me laiftoient quelques heures de 
, loifir, je les avois employées à l’écouter , & & 
j’ai de l’amour pour la vertu, je le dois aux! 
impreffions que lés dilcours failbient fur moi.- 
J’allai le voir ; je vous faluë , lui dis-je , illuftre 
malheureux que je vois dans une cage de fer, 
comme on enferme une bete fauvage, pou* 
avoir été k* léul homme de l’Armée. 1 


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rs» Mémoires die la Société Royale 

Lyfimaque , me dit-il , quand je fuis dans- 
une fituation qui demande de la force de du 
courage , il me femble que je me trouve prcl^ 
qu’à ma place > en vérité fi les Dieux ne m’a- 
voient mis fut la terre que pour y mener une- 
vie voluptueufe, je croirais qu’ils nv auraient 
donné en vain uno ame grande & immortelle :• 
Jpuïc des plaifirs des Icns > une chofe dont 
tous les hommes fonr aifément capables, ÔC 
fi les Dieux ne nous ont fait que pour cela ». 
ils ont fait un ouvrage plus parfait qu’ils n’onr 
voulu , & ils ont plus exécuté qu’entrepris. 
Ce n’efi pas, ajoura-t-il , que je fois inlènfi- 
We « vous ne me faites que trop voir que je ne 
le fuis pasj quand vous êtes venu à moi, j’ai 
trouvé d’abord quelque plaifir à 1 vous voir fai- 
te une aûion de courage ; mais au nom des» 
Dieux que ce ibit- pour la dernière fois. Lai£ 
fez -moi fourenir mes* malheurs , & n’ayar 
point la cruauté d’y. joindre encore les vô- 
tres. 

Califthéne , lui dis-je , je vous verrai tous 
lesjoursj.fi k Roi vous voyoit abandonné-’ 
des gens- vertueux, il n’auroit plus de remords» 
il commencerait à croire que vous êtes cou* 
gable, ah ! j’e/pere qu’il ne jouira pas dupiai* 
nr de voir que fes chàtimens meferonwban- 
donner un ami. 

Un jour Califthéne me dit » les Dieux im- 
mortels 


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des Sciences & Belles Lettres. ixf 

mortels m’ont «onfolé , Sc depuis ce tems je 
ièns en moi quelque chofe de divin , qai 
m’a ère le fentiment de mes peines. J’ai va 
Cn fonge le grand Jupiter, vous étiez auprèt 
de lui., vous aviez un Sceptre à la main 3c uc» 
bandeau Royal fur le front ; il vous a monta: 
À moi, 3c m’a dit : Il te rendra plus heureux. 
L’émotion où j’étois m’a réveillé; je me fuis 
trouve les mains élevées au Ciel , 8c faifant 
des efforts pour dire: Grand Jupiter, fi Lyfi- 
maque doit régner , fai qu’il régne avec jus- 
tice. Lyfimaqire vous régnerez , croyez un 
homme qui doit être agréable aux Dieux, puifi. 
qu’il foudre pour la vertu. 

Cependant Alexandre ayant apptis que je 
refpeétoisla mifére de Califthénc, que j’allois 
le voir, 8c que j ofois le plaindre, il entra dans 
une nouvelle fureur: Va, dit-il, combattre 
contre les Lions, malheureux qui te plaîs tant 
â vivre avec les bêtes féroces > On différa mon 
fupplice pour le faire fervir de fpc&acle à plus 
de gens. 

r î our qui le précéda , j’écrivis ces mots 
a Califthénc. Je vais mourir ; toures les 
„ idées que vous m’aviez données de ma fu- 
,, turc grandeur Ce font évanouies de mon 
,, efprit. J aurois fouhaite d’adoucir les mal- 
» heurs d’un homme tel que vous. 

Tome L A a ' 


O 


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I 


• J — 

/ 

j 

HZ Mémoires de ici Société Roy idc 
- Préxape, à qui je m'ctois confie, m'appor- 
ta cette réponfe. 

A / „ Lyfiraaquc » fi les Dieux ont réfolu que 
ÿ vous régniez , Alexandre ne peut.pas vous 
,, ôter la vie, car les hommes ne refirent pas 
„ à la volonté des Dieux. 

Cette Lettre m'encouragea , & faifant ré- 
flexion que les .hommes les plus heureux & 
les plus malheureux, fontégalement.environ- 
nés de la main Divine*, je réfolus de me con- 
duire, non pas par mes efpérances, mais par 
mon courage, .& de défendre, jufqu’à la fin, 
une vie fur laquelle il -y avoir de fi grandes 
promefies. .... • 

, On me mena dansda carrière ;.il y avok au- 
tour de moi un Peuple immenfe, qui venoir 
/ être témoin de mon courage , ou de ma 
frayeur. On me lâcha un Lion ; j avois plie 
mon manteau au tour de mon bras , jeloi pré- 
ièntai ce bras, il voulut le dévorer; je lui fai- 
fis la langue , la lui arrachai »& le jettai a mes 
pieds. 

Alexandre aimoit naturellement les avions 
courageufes , il admira ma réfolution , & ce 
moment fut celui du retour de la grande amç. 

Il me fit appellcr, & me tendant la main, Ly- 
fimaque , me dit-il, je te rends mon amitié, 
rends moi la tienne; maxolére n’a fervi qu4 
te faire fiûre une aétion qui manque à 1a vie 
ç- d’Alexandre. 

■S'-’v 





'des Senne es & Bcllcs-Lcttrcf. izj 

Je reçus les grâces du Roi*, j’adorai les dé- 
crets des Dieux , & j’attendois leurs promclTes, 
(ans les chercher ni les fuir. Alexandre mou- 
rut, 5c toutes les Nations furent fans Maître. 
Les Fils du Roi étoient dansfenfancc , &fon 
frere Aridéc n’en étoit jamais forci, Olym- 
pus navoicquela hardieflè des âmes foiblesi 
de tout ce qui étoit cruauté étoit pour elle du 
courage. Roxane, Euridice , Statire , Croient 
perdues dans la douleur*, tout le monde dans 
îe Palais fçavoit gémir, 6c perfonne ne fça- 
voit régner. Les Capiuincs d’Alexandre levè- 
rent donc les yeux (ur fon Trône,; mais l’am- 
bition de.chacun fut contenue par l’ambition 
de tous*, nous partageâmes i’Empire, ôc cha- 
cun de nous crut ayoir partage le prix de fes 
fatigues. Le fort me fit Roi d’Afie; & àpre- 
lenc que je puis tout, j’ai plus befoin que ja- 
mais des leçons de Califthcne; fa joie m’an- 
nonce que j’ai fait quelque bonne aétion , 5c 
les foupirs me dilenr que, j’ai quelque mal à 
reparer. Je le trouve entre mon Peuple 5c 
moi. Je fuis le Roi d’un Peuple qui m’aime^ 
les Pfcres de Famille efpérent la longueur de 
ma vie comme celle de leurs enfans; les cn- 
fms.ctaignent de me perdre , comme ils crai- 
gnent de perdre leur Perei mes Sujets fout heu- 
reux , & je le fuis. 


A a ij 


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£14 'Mémoires de la Société* Roy aie 


DISSERTATION 

De M. De Si CO ND AT fur un pajjagf 
de la Poétique d Arijlete , lue a lanterne 
Séance publique. 

T A Tragédie , Hit Ariftote , Hans le -fixiéme 
Chapitre He fa Poétique ; efi une imitation 
cCune attion grave, .entière , qui a une jujle 
grandeur ;& epti fans le fecours delà narration* 
par le moyen de la compajfon de la terreur , 
achevé de purger en nous ces fortes de pajjions çÿ> 
toutes les autres femblables. 

Ces mots , purger les pajfions , ont fort em- 
barrafle les Commentateurs -, l'admiration 
qu’on a eue pour ce grand Philofophe , a fak 
qu’on s’eft obftiné à chercher la vérité Hans 
tout ce qu’il a dit., & par un excès naturel aux 
hommes , à ne la chercher que dans ce qu’il a 
dit, on a fenti le v,rai confufément enveloppé 
Hans Tes paroles , il s’agit de le démêler. Les 
fàges Auteurs delà critique Hu Cid ont été les 
premiers à le faire , =en exprimant la même 
penfée en d’autres termes. La Tragédie & la 
Comédie , difent-ils doivent rendre à purger 
l’homme infenfiblcment 6c fans dpgout de 
fes habitudes vicieufes. 


des Sciences & Belles-Lettres. i z 5 
M. Dacicr , après avoir dit qu’on trouve 
chez les Commentateurs tourcs les explica- 
tions polïîbles de ces paroles d’Ariftotc, hor- 
mis la véritable, & que le grand Corneille lui- 
même, après une longue recherche, n’a en- 
tendu, n’a fait même qu’entrevoir une partie 
de leur véritable fèns, nous promet de nous 
en donner une parfaite intelligence. On con- 
viendra aifcment, dit-il, que les mots, purger 
les pajfîons , ne lignifient pas les chafler , les dé- 
raciner de l’ame , cela eft au defiùs de la nature*, 
mais emporter l’excès qui les rend vicieufes, 
& les réduire à une jufte modération. La T ra- 
gédic excite en nous la terreur & la conapal- 
lïon pour les purger. Elle les excite en nous 
mettant devant les yeux les malheurs que nos 
fomblables fc font attirés pat des fautes invo- 
lontaires , &#clle les purge en nous rendant 
ces memes malheurs familiers ; car elle nous 
apprend par-là à ne les pas trop craindre, 8c 
à n’en être pas trop touchés quand ils arrivent 
véritablement. C’cft ce que penfoit l’Empe- 
reur Marc Aurele, lorfqu’il difoit, * les Tra- 
gédies ont été premièrement introduites pour 
fiiire fouvenir les hommes desaccidens qui ar- 
rivent dans la vie, pour les avertir qu’ils doi- 
vent néeelliirement arriver, 8c pour leur ap- 

* Réflexions morales, Liv. xj. ri. 



lit» Mémoires de U Société Roy uTe 

prendre que les mêmes choies qui les cliver-' 
tifïèntfur la Scene, ne doivent pas leur pa- 
roîrre infupporrables fur le grand Théâtre du< 
monde. En quelque état qu’un homme puillc 
être , ajoute M. Dacier, quand il verra un 
Oedipe, un Philo&ete , un Orcfte , il ne pourra 
s’empêcher de trouver les maux légers auprès 
des leurs. Voilà donc comment la Tragédie 
purge la terreur & la pitié par elles-mêmes; 

11 le préfentc contre Ariftote & contre M. 
Dacier, une objection qui a faitdéfefpérer au 
Fils célébré du grand Racine , de trouver un 
lêns raifonnable dans le pafTage que j’ai cité. 
La crainte, ou la terreur qui eft Ecxtrême crain- 
te, eft une paillon plus Souvent nuilîblequ’u* 
tile, & l’on pourroit délirer que la plupartdes 
hommes y Suflènr moins acceflîbles. Mais en 
clt-il de même de la pitié qui fera ble nous 
avoir été donnée par la nature pourle lècours 
des malheureux, pour la confervation & le 
foutien mutuel de tous les Etres doiiés deScnt- 
timent? 

Je crois qu’on peut expliquer ceci & jus- 
tifier Ariftote, M. Dacier 3c la Tragédie. Bien 
loin que les hommes deviennent moins fenlî- 
blesàla pitié en éprouvant ce Sentiment, il; 
lêmble au contraire qu’ils le deviennent d’a- 
vantage. C’elï une paillon douce , dans laq uellc " 
l’aine Sc complaît, 9c lorfqu’elle eft portéejul- 

<> • 




> 


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i 


r 

des Sciences & É elles • Lettres tij 

qu’aux effets', fi l’on eft aftèz fortuné pour fê- 
eourir un malheureux, on éprouve une fatif. 
faélion intérieure,- à laquelle ried n’cft cOm- 

{ jarable. On ne doit donc pas craindre que 
a Tragédie émoufle ce fentiment fi précieux 1 . ' 
La crainte au contraire eft une paflîonplei- 
rtc de trouble & d’inquiétude , dont lame fé 
débartafleroit fi elle pouvoir. Elle naît le plus 
fouvent d’inexpérience & de défaut de coni 
rtoi/ïànce ;ceuX qui ont éprouvé quelquesma!- 
heurs- (ont plus fenfibles à la pitié ; ceux qui 
onteftüié quelques dangers,font moins accefc 
fîbles à la crainte; 

Or il eft très-vrai-femblable que la Tragé- 
die, par fes reptéfentationsquipeuventetrefi 
naturelles, qu’on les confond quelquefois avec 
là réalité, peur donner à lame le même pli 
que dès malheurs, ou des dangers médiocres 
réellement éprouvés. Mais comme tour doit 
avoir des bornes, 5c que la pitié, pour une 
perfoflne qui en feroit indigne, feroitnuifible, 

& que la crainte d*ùn danger véritable eft uti- 
le; la Tragédie peut former notre ame à ne. 
ttc touchée de compaffion que pour lès mal- 
heurs qui en font dignes, 5c à n’avoir de crain- 
te que pour les dangers réels , dont les plus 
grands font la perte de l’innocence & le cri- 
me. ’ 

Voyons maintenant comment!* Tragédie» 


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I i t Mémoires de U Société Royale 
en excitant la terreur & la pitié, peut corri- 
ger l’excès des autres pallions. G’dl ce que le 
grand Corneille paroît avoir bien expliqué 
avant M. Dacier ; nous avons pitié , dit ce Poè- 
te PJiilofophc > de ceux que nous voyons fouf- 
' frir un malheur qu’ils ne méritent pas , & nous- 
craignons qu’il ne nous en arrive un pareil , 
quand nous le voyons fouffrir à 'nos fembla— 
blés. Ainlî la pitié cmbralTc l’intérêt de la per- 
forine que nous voyons fouffrir , la crainte qui 
la fuit regarde le nôtre. La pitié d’un malheur 
eu nous voyons tomber nos fcmblables , nous- 
porte à la crainte d’un pareil pour nous, cette 
crainte ata défir de l’éviter,. & cedélîr à pui> 
ger, modérer , reéliher , & même déraciner 
en nous la paillon qui plonge à nos yeux la 
perfonne que nous plaignons dans ce malheur,, 
par cette raifon commune , mais naturelle & 
indubitable , que pour éviter l’effet, il fàucre- 
trancher la caufe. 

Pour exciter cette pitié 6c cette crainte dans 
la Tragédie > il faut choifîr les personnes 6c 
les événemens qui peuvent l’un & l’autre i il 
ne faut pas choilit un très-honnête homme 
pour le faire tomber de la prolpérité dansl’ad- 
verfîté", au lieu d’exciter la terreur & la cotn- 
palfion , cela ne feroit qu’exciter l’horreur. Il 
Jeroit inutile derepréfenter les malheurs d’ua- 
très.- méchant homme, une telle repeefeata- 



des Sciences & Belles -Lettres. rïj 

tion pourrait faire quelque plaifir , mais elle 
ne produirait ni la cruince ni la pitié. La pre- 
mière naît des malheurs de nos femblables, 
l’autre des miféres de ceux qui meriroienr un 
meilleur fort. L’afTcmblée qui écoute uncTra- 
gédie, n’efteompofee en g£os ni de médians , 
ni de gens d’une vertu fubliinc. Pour nous- in- 
réreiTer aux malheurs d’un perfonnage, il faut 
que nous puiffions le regarder comme notre 
femblablevil faut donc un milieu entre ces ex- 
trêmes. Pour nous attacher & nous émouvoir, 
il faut que le Poète choififlc dans une fortune 
éclatante * & dans une grande réputation „ 
quelque perfonnage iüoflre, qui fc loit rendu 
malheureux par quelque grande foute, & non 
par l’effet d’une infigne méchanceté. Telsonc 
été chez les anciens Oçdipc»Thiefte & tous 
les autres hommes célébrés de ccs deux F a*- 
milles.. 

La Tragédie r dit Ariflore, doit plutôt fi- 
nir par le malheur que par le bonheur des 
principaux Perfonnages; il ne donne que le 
fécond rang à la Tragédie qui finit par une 
cataOxophe heureufe pour lés bons , funefte 
pour les médians -, d’autres préféraient ce fé- 
cond genre de Tragédie au premier. M. Da- 
cicr compte Socrate & Platon entre ceux qui 
avoient favorife ce dernier fentiment j mais- 
en Commentateur influait de fon devoir il. 


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ï 3*0 Mémoires de U Socie’te' Rcyah ' 

n’a égard qu’à l’opinion d'Ariftote. 

Il lcroir difficile, je crois, de décider net*- 
ttment lequel des deux genres doit être pré- 
féré*, mais 1 il feroit ailé de prouverque ni l’un 
ni l'autre ne doit être exclu ; que des Tragé- 
dies de l’un 8c de l’autre genre, 8c des Tra^ 
gédies qui ne font ni de l’un ni de l’autre , peu- 
vent plaire & inftruire ; le raifonnement 8c 
l’expérience de tons les fiécles fe trouveroient 
d’accord là de/Tus.- 

. On peut parvenir aü même but* pat diffé- 
rens moyens; dans les Etres compolês, rare*' 
ment un effet eft-il produit par unecaufe uni* 
que ; fi cela eft' vrai en général, cela l’cft en- 
core plu? dans l’homme, qui eft le plus com* 
polé de tous lés Erres connus. 

Ainfi l’cfïèt de corriger en nous ce que le» 
pallions ont- d’exceflifi, peut être produit dans 
la Tragédie même par aifférens moyens , Toit 
par lésTentences 8c les inftruéfcions que les 
grands Poètes lèmentdans leursouvragesjet** 
forte qu’elles lailîènt leur éguillon dans l’ame 
du Speâateur, 8c l’incitent long-tems encore 
après à la vertu; foit par les dilcours généraux* 
fur les moeurs & fur les affaires du monde 
Jorfou'ils peuvent y trouver leur place ; foir 

S uc la peinture naïve des vices 8c des vertus, 
iflè toujours aimer la vertu 6c haïr lé vicc,> 
fors même qu’il- eft triomphant ; foit qp’tunc 


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des Sciences & Belle s-Letne*. ij ï 

vive peinture des pallions & de leurs funeftes 
effets prémuniflè famé contre elles , en les fai- 
fàntconnoître d’avance» foit qu’en faifanrvoir 
la vertu triomphante des pallions , peintes dans 
lfcur plus grande force, elle donne en effet a 
l’ame plus de facilité pour les furmonter, en 
ce que tout ce qui eft repvéfenté comme pof- 
fible , devient plus aifé à exécuter, foit que la 
Tragédie éléve lame, la change & latranf- 
forme, & lui donne, pour ainfi dire, un pli 4 
uenfer noblement. De toutes ces manières il 
me femble que la Tragédie peut purger 1 anie 
infenfiblement 3c fans dégoût de fes habitu- 
des vicieufes. : . * ‘ 

Mais peut-être cet effet n’cft-il jamais plu? 
grand &plus sûr, que lorfque la terreur & la pi- 
tié font excitées. Dans ces deux pallions 1 âmo 
ébranlée , contrainte de fe replier fur elle-mê- 
me , abandonnée à elle-meme-, & comme dans 
une vafte folitude , eft livrée toute entière : à> 
rimpreffion de ces grands traits de morale , do 
ces peintures du vice 3c de la vertu que les 
grands Poètes fément-à propos dans leurs ou- 
vrages, C’eft peut-être ainfi que ces Orateurs 
prophanes peuvent- imiter avec le plus d’avan- 
tages les Orateurs facrés , qui ne nous infttui- 
fent jamais plus efficacement que par la ter- 
reur 3c par la pitié» 3c produire, a laide de: 

leurs noblesiiaions *desfruits qui iraitentcv 


I j l Mémoires de U Société Royal* 

quelque forte ceux que les derniers peuvent 
produire par le fimple fccours des plusauguf- 
tes vérités. 



DISCOURS 

Prononce a la meme Séance par M. D s 
Sx. Lambert. 

M ES SIEURS , 

Lb goût que j’ai dès mon enfance pouf 
cous les Arts» m’a. tenu lieu du mérite qui dif- 
tigue les hommes illuftres que vous vous aflo* 
ciés aujourd’hui. Vous m’avez fçu gré d’aimer 
les Lettres & vous m’avez pardonne de les 
cultiver avec plus- de paflion que de talens. Je 
dois l’honneur d’être admis à cette Société i 
des caufes encore plus Hartcufes, à l'amitié qui 
m’unit depuis long-tems à la plupart d’encre 
vous; c’eft cette amitié qui vous a rendus plus 
indulgens , & c’eft elle qui m’accorde une place 
à laquelle j’étois bien éloigné de prétendre. Je 
viens» Messieurs, l’accepter avec la plus 
vive reconnoiffance ; elle m’attache encore à 
mes amis. Je viens de plus près jouïr de leur* 
fuccès , m’ éclairer par leurs travaux, & partager 
avec eux des. occupations* qui les* honorent „ 


des Sciences & B elles- Lettres. a $ % 

«qui honorent les Lettres & qui me font chères. 
Peu capable de vous féconder , je vous verrai 
.exciter l’émulation par vos exemples , & la re- 
xompenfer par vos jugemens. Pui (Tendes Prix 
être bientôt diftribués à des Artiftes Lorrains; 
.puiflcnt-ilsêtrc mérités, non par des ouvrages 
frivoles , pleins de Rhétorique & vuides de 
iens , par des difeours remplis d’une morale 
rebattue, par les abus du bel efprit, mais par la 
perfection des Arts utiles aux nommes puif- 
te le Roi recueillir -ce fruit de fes bienfaits, le 
,icul qu’il délire & celui dont il cft le plus di- 
vine ; il fepropofeen tout notre avantage j il ai - 
me à répandre des grâces, mais il les répand 
,en Roi. Homme & fcnfible , Prince éclairé , il 
iait le bien le plus utile. Ileftdes Princes bien- 
dàifans; mais qu’il en eft peu dont l’humanité 
ôc la juftice infpirent & dirigent les bienfaits, 
les uns les prodiguent à ces hommes , qui d,c- 

Î ourvus des vrais talens , incapables defervir 
Etat,fe bornent à amufer ceux qui gouvernent^ 
d’autres donnent à ceux qui les égarent ; les 
hommes conduits le font prefque toujours 
<fnal, & avant que les Princes fc (oient repen- 
tis de leurs -fautes, la plupart ont payé long- 
-tems le Favori qui les a fait faire. Que les 
Princes qui prodiguent les tréfors de la Pa- 
trie à ceux qui n’ont point fervi la Patrie , qui 
«'employeur pas au bonheur dû Peuple l’ar- 


i j 4 Mtntbires de la Société' 'Rojdle 
gent que le Peuple dépofe entre leurs mains. - ; 
que ces Princes, dis-je, ne prétendent ni à k 
•vertu, ni. à la gloire. ; 

On n’achetc point la gloire y les éloges des 
.Courtifans avides,lcs Panégyriques d’Oratcurs 
intérefles ne font pas la réputation *, c’cft un 
foible murmure q«i pâlie, un bruit qui tom- 
be , Ci la voix publique ne le fondent ; ccs fons 
confus qui s’affoibiifïcnt par degrés , ne fc dif- 
ringuent plusdansd’éloignemenr ; mais quand 
la poftécité qui difeutera ce que les Princes 
ont été., ce qu’on en a dit , & ce qu’ils ont 
fai t,. quand certe poftérité s’inftroiroit fur-la 
vie des Rois par les Mémoires de leurs Favo- 
ris, la gloire des Rois n’en ferait pas plus aflù- 
rée. LesCourtifans d’Henry le Grand, com- 
blés de fes dons , ont laiflé de lui des Mémoi- 
res où ils exagèrent les défauts de. ce Prince, 
comme dans fa Cour ils avoienc exagéré fes 
talens & fes vertus; le cri des Peuples s’eft éle- 
vé ,& a vengé le Roi . qui les avoir aimés. 

La plupart des hommes qui environnent le 
Trône, conduits à la Cour par l’intérêt, jugent 
le Prince félon ce qu’ils en efpérent. Unj:cfu% 
cache à leurs yeux (es grandes qualités ; ils ob- 
tiennent &nc font pas plus juâes,.piarcequ’ils 
obtiennent toujours moins qu’ils ne délirent ; 
leur x avidiré voudroir tout englourir, & leur 
orgueil ne vent rien devoir. .D’autres , dévo- 


/ 



des Sciences Beüts-Lcttret. 
i;cspar l’envjc oublient le bien qu'on leur fait, 
parcequ’ils ne pardonnent pas . le bien qu’on 
lait aux autres -, la jalouüe des préférences , les 
inquiétudes de l’intérêt , le choc des prétca- 
. lions, les folies de la.vanité » toutes les erreurs, 
toutes les pallions,, toutes lçs petiteflès de l’a- 
mour propre, indifpolènt quelquefois contre 
.les meilleurs Maîtres, & font palier fourdcr- 
: jnenr à la poftérité des éloges fans crédit, des 
plaintes méprifées, une rcconnoillànce frivole,, 
des regrets injuftes. II. eft plus facile aux Rois 
,dc fe îa.ire adorer d’une Nation entière, que 
: dc,pouvoir dans leur Cour s’aflurer d’un leul 
/cœur. L’Augufte fondateur de cette Société , 
qui feroit aimé -de tout ce qui. l'environne,, 

. quand il n’en feroit pas le Maître bienfaifant, 
entendra la voix des Peuples ajouter aux élo- 
ges que le fentiment diète à lès Courtifans. 
jLes uns & les autres attelleront à la Terre la 
pureté de les intentions;, la fagefle de fes vues, 
,Tcs qualités de Ion cœur. Il fçait que . les Prin- 
ces doivent, pour répondce.aux vûës de l’Etre 
Suprême , contribuer au bonheur des Nations, 
comme chaque particulier doit contribuer au 
.bonheur de la Société particulière. Il fçaitque 
Jes Rois qui répandent avec choix des grâces 
(dans leur Cour, aimés pavçequ’ils aiment, reC- 
pcétéspar la pureté de leurs mœurs, peuvent 
n’êcre vcrtuéux'que comme hommes , ôc que 


a ; 6 Mémoires de lu Société Roy die 

,les Rois qui font la félicité des Peuple» font 
fculs vertueux comme Rois. 

La Lorraine lui doit chaque jour dé nouvel- « 
les a&ions de grâces ; fa raifon lui a montré 
tous fes devoirs » & les pallions qui l’en éloi- 
gneroient font étrangères à foncœur. Il nous 
tend en bienfaits ce qu’il reçoit en tribut; Il 
ne jouit que de ce qu’il a donné il connoîc 
jee plaifir pur de l’humanité, ce plaifir attaché 
à la véritable vertu* le fcul des plaÏÏïrs que 
n’ufentni le tems, ni l’habitude* le feul des 
plaifirs que la réflexion augmente; ce plaifir 
occupe là grande ame.; à peine fait elle atten- 
tion auxtefpe&s de l’Univers; le Commerce 
ranimé par (es largeflts, les Hôpitaux fondés 
de toutes parts , des Magafins établis , des Mai- 
fons deftinéesà l’éducation des Enfansdes Pau- 
vres, ont prévenu la miférc detons les Etats, de 
tous les âges; mais ilconnoîtatrfli la dignité de 
l’homme & les befoins de l’ame; il charge un 
Ordre refpeétable par fon zélé pour la Reli- 
gion , ellimable par fon goût pour les Lettres , 
de répandre dans cette Province une Piété 
éclairée & foumife; il vous charge d’y répan- 
dre l’amour des Sciences & les principes du 

Î ;oût; il établit un Tribunal qui doit prévenir 
es divifions que l’intérêt féme parmi les hom- 
mes. Que n’a-t-il pas fait? que n’eft-il pas ca- 
pable de faire ? 



des Sciences & Belles-Lettres. I $7 
Je me garderai bien de rélevcr par des élo- 
ges indignes de lui & téméraires après les vô- 
tres , le prix de chacun de ces établiflèmens. 
Les memes fenti mens nous feroientdire les mê- 
mes choies, & vous auriez toujours le mérite 
de les mieux dire. Pour bien louer le Roi, il 
faut le peindre; c’eft à des mains plus habiles 
qu’eft réfervé ce portrait', & ce dilbours n’cft 
que le foible hommage d’un Lorrain , lènfi- 
ble au bonheur de fa Patrie; d’un Sujet péné- 
tré de rcfpcét pour un Roi qui fait le bien le 
plus uril^aux hommes & à la gloire. 



Apres U Lciïure de ces Difcours , M.. 
le Primat de Lorraine y Dire Henry 
répondit : a 

M ESSIEURS,; 

G’est à notre Augufte Fondateur, bien 
plus qu’à nos fuffrages, que vous devez la pla* 
oe que vous occupés parmi nous. Apprendre 
au Publ'c que c’eft le Roi qui vous y a appel- 
les, c eft juftifier le goût de ce Monarque, 
ceft augmenter la gloire de vos talcns, c’eft 
annoncer dès à prélènt tous les progrès que 
nous avons lieu d’en attendre. 

Terne !.. B b- 


r 3* Mémoires de là Société' Royale 

te R. P. N’examinez donc plus , Mon Révérend Pè— 

uüie ' re , fi vous mérités l’honneur que le Roi vous 
fait en ce jour ; votre modcftic feroit- tort ai 
fes lumières, fi quelque chofc droit- capable 
d’en faire douter.. 

C’efl; à nous à vous adopter comme un ga- 
ge précieux de l’eftime dont le Roi nous ho- 
nore ; & pour l’accroiflèment des Sciences dans » 
fes Etats, à vous attacher- par des liens nou- 
veaux à votre nouvelle Patrie. Une conduite- 
toujours fage & réglée y ébaucha votre répu- 
tation ; elle acheva de s*y former , cHe s’y em— 
bellitpar vos ouvrages; votre encrée dans no- 
tre Académie va y ajouter les derniers traits*-. 
M.JcS. Pour vous, Monficur, qui jeune encore , , 
y avez fàit éclater les dons du génie lé plus- 
Êeureux , vous, aviez une elpécc de droit-fur- - 
nos fuffrages. Supérieur aux fecours que vous - 
pouviez tirer de vos études, vous les eûtes à 
peine finies , qu’on vous vie fiirpafler vos . 
Maîtres , en défefpérant même de les égaler. • 
Quels ne- furent, pas en vous ces premiers - 
feux d’une imagination inquiète, qui entraî- 
née par fes talens , les fuit (ans les connoître ,, 
tandis qu’elle lèmble vouloir échaper au foin 
de les cultiver. Poëte,avant q\ie. d’avoir lon- 
gé à le devenir, on admira dans vos premiers, 
ouvrages cettcPoëfie mâle & ferme , toujours, 
occupée à peindre avec_force, fan$ négliger. 




des Sciences & Belle s -Lettres. ijjl • 

ccs nuances fines qui en (ont la lumière & le 
coloris. Dèflors vous parûtes nous annoncer 
le Poème des faifons 6c celui du génie; ou- 
vrages qui n’onc d’autre défaut que celui de 
n’êcre pas achevés. 

Pluficurs Littérateurs , toujours appludis , 
deviennent aujourd’hui vos Confrères; nos 
fuffrages qui n’ofoient prévenir leurs défirs , fe 
font hâtés d’y répondre ; on eut prefque dit 
que nous les- attendions* 

Quel homme. Messieurs', fi peu verfè qu’il M le 
foit dans les Lettres ,ne connoît M. le Préfident Pria- i 
de Montefquieu î Le dilcours que vous venez 
d’cnre-ndre,.pourroit lui fèul vous faire con* quicu, 
floître l’élévation de fon ame, la juftefïè de 
fcs idées, la naïveté , les grâces de fadiétion. 

Mais dans quel fiécicde tous- ceux 1 qui nous 
ontprécédés,auroit-on exécuté; auroit-on mê- 
me conçu l’idée d’un ouvrage pareil à celui de 
i-clprit des Loixî - Quelle étenauë dcconnoif- 
fanccs, quelle profondeur de penfées , quelle 
fugacité de génie n’y découvre-t-on pas ’ Tous 
les tems, tous les- climats , toutes les efpéces 
de gouvernemens , les Religions, les moeurs», 
les goûts , les pallions, tous les ufâges des 
hommes y- font difcutés; & la raifon feule, - 
mais toujours fuivic, j’ai prefque dit éclairée 
par un eiprit fupérieur, y décide de tout ce 
qui peut faire le bonheur, ou le malheur des 
Empirer B b ij 


\ 


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M. de 


1 4 o Mémoires de la Société Rb j ale 

Plus heureux que nous n’olïons Fefpérec. 
feicn- dans la nailîànce d’une Société , dont l’éclat 
dépend plus du tems que du génie , nous avons 
appris que le Fils de M.de Montefquieu, M.. 
de Secondât, défiroit aulfi d’être aggrégé par- 
mi nous} nous avons cru que ce ieroit trahir, 
nos intérêts , que de ne pas répondre à des* 
avances fi flatteufes- 

M.. de Secondât, né avec une. inclination» 
dominante pour, les Sciences, les a cultivées* 
dès Tes plus jeunes ans, & jveft parvenu à un 
dégré de perfection , où il n’eft pas ordinaire 
d’atteindre.. Averti par un fecrct prefientimcnc 
de tout ce qu’il peut entreprendre , il n’eft 
rien dans la plus- profonde Géométrie où il’ 
ne pénétre ailèment. Emule d’un Pere qui 
lui pardonneroitd’étre fou rival, il travaille à 
devenir comme lui un des ornemens de fon> 
iîccle, un modèle à propoferàla poftérité. 

Tels font . Messieurs,, les nouveaux 
Membres de noire Académie ,, aufquels on: 
vous aflccie aujourd’hui.. 

Mais notre bonheur , aulfi grand encore , , 
Pr ^f,. nous 'a donné prefqu’en même-tem^ M. le 
dtntHe- pendent Hènault. Connoître fon abrégé 
Chronologique de FHiftoire de France, c’eil 
connoître cette Hiftoire en entier } c’eft pres- 
que la Içavoir, que d’avoir lu cet extrait , tant 
les faits y font rendus avec choix, avec ordre*, 


Yiault. 


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dcsScietices & Eelles-Lettrts. 14T 
avec précifion, avec netteté. Il en eft à mon* 
avis de cet ouvrage» comme de ces eflènees. 
épurées à force de rems & de feu,& qui», 
d’un immenfe volume de liqueurs fans goût 
& fans vertu, fe trouvent réduites à quelques 
goûtes d’un lue d'autant plus moelleux & plus 
efficace , qu’il eft plus concentré.. 

Quels lècours ne devons-nous pas efpérer 
d’un génie tel que M. le Prélident Henault?. 
Hiftorien , Poète , Jurilconfulte, Orateur , vec- 
fc dans tous les genres de Littérature , ilréiinit 
en lui tous les talens, & ce qui donne un plus- 
grand prix à fes talens , fur-tout dans une So- 
ciété comme la nôtre, ce ft la douceur de fes. 
mœurs , cette modefte (implicite qui n'appar- 
tient qu’aux grands hommes, parcequ’cllc naît 
efTenticllement du mérite, commedapréfomp— 
tion de la médiocrité. . 

J’ai encore. Messieurs, à vous annon- m. le " 
ccr pour un de nos Confrétes M. le Comte Comte 
de Caramanj quelle idée n’a pas dû yous don- 
ner de fon éloquence le Dilcours qu’on vient 
de nous lire de là part! Quel homme étoitplus. 
digne d’une place dans notre Société qu’un de 
ces amateurs des beaux Arts, qui ont le plus 
contribué à fonder une Académie dans un 
Pays où il ne manquoit que des Protecteurs 
aux Sciences, & des régies à la vivacité des gé- 
nies naturellement féconds & déliés. Toulou- 


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T r 41' Mentants dè U Société Rojnlt 

ft, cette Ville de tous rems fameute par le g^- 
nie de Tes Habitâns, & qui par Ton gour pour 
k belle Littérature , mérita que Martial l’ap.*. 
pellât la Ville de Pallas : Touloufe a trouvé 
ces mains généreufes qui fe font fait un mé- 
rite de faire éclater fes heureux talent- 


des Sciences t3 Bèlles-Lettrn. 


LE REVEIL 
D'EHMÉN ID E,. 

C 0 M É D 1 E, 

Par Monficur le Préfident Hen ault: * 

La Seine eji d Ans Cljle de Crète.- 

L E Théâtre repréfente une Chambre à cou- 
cher, meublée d’une Tapifïtrie d’étoffe 
brodée de nœuds > d’un lit à b Duchcfle, de 
fauteuils de toile peinte , nommés des Bergères* • 
de chaifcs à la Reine, de porcelaines dé Saxe,, 
en un mot, dés meubles de la mode la plus mo- 
derne. * On voit un homme couché fur ce lit. * C». 

modes' 

' françoi- 

SCÈNE PREMIER E. £ 


ASPASIE, POÈIORTE. 
P O L I O R T E. 


det^ui. 
talcis 
pour e*> 
primer 
ikos' 
des grc •* 


L E tems dé là révolution approche, Epimé- v». 

nidc va nous être enfin rendu , & ce fatal 
fommeil que lès Dieux lui ont envoyé, tou* 
che à fon terme fi nos Oracles ne mous trom- 
pent point. 

A S P A S I E. 

R y a aujourd'hui trente ans que je l'entre* 


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ï ’4'4' ftlemo 'tres de la Société' Royale 

tins pour la dernière fois. Hélas! Jamais i! n’à- 
voit été fi tendre ! Jamais il ne m’en avoit tant 
coûte pour, nous féparer! Un inftinéb fecrett 
fèmbloit nous annoncer notre léparation. 

P O t I O R T E. 


Sage Afpafie, vous allés le revoir: Et vous- 
donnerés l’un & l’autre au monde le fpe&acle- 
fi rare de deux Amans qui s’aimeront dans leur, 
vieiilefi'e.comme ils s’aimoient dans leur prin- 

Kms ‘ ASP A S I E. 


Que de rems les Dieux ont ôté à notre’ 
* Ell « tendrefie 1^11 ne paroît pas changé d’un Jour,- 
*be P du ^ habits ont la fraîcheur du premier mo- 
lli où il ment. QueWommeil létargique que celui où 
«ppfr. il eft plongé ! Vous vous en fouvenés, cher 
Poliorte, & vous êtiés bien jeune alors ; c*é- 
toir avant la mort de votre Pere , que Ibus le 
nom d’ Agathon vous dreflîés fes chevaux de 
monture vous n’avés pas oublie que nous 
1 enlevâmes de fà mai (on, & que nous le con- 
duisîmes dans une autre pour le làuver de la- 
fàuflè piété de fês Parens , qui , le croyant, 
mort , vouloient que l’on brûlât fon corps, 

P O L I O R T E. 

Hélas ! oui. Combien depuis ce jour de gens 
font morts ! V otre illuftre Merc , Poliorte mon 

: . * - , Eexe.; 


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des Sciences & Belles~Lettreî. 145 
Pcre; voici la quatrième maifon où nous l’a- 
vons traniporté, lins que perlonne ait foup- 
çonné ce qui lui arrive, & nous dcvonscroirc 
» que c’cft ici où il reverra enfin la clarté du jour. 

A S P A S l E. 

C’eft un miracle comment nous avons pu 
jufqu’ici cacher le fort du plus illufire & du 
plus riche Citoyen de Pille de Crète. Ses Hé- 
ritiers ne comprennent rien au décret qui rient 
fes biens en lulpens, & de toute cette maKbn 
il n’y a que nous de qui il Toit connu. Mais* 
Poliorre , eft - il bien lur que nos uialheurs 
foient prêts à finir J, 

P O L I O R T E. 1 

Non-feulement les vôtres, mais ceux de tou- 
te la Nation , pour qui le fommeil d’Epiméni- 
de , le plus jufte des hommes , devoit etrel’ex- 
piacion de tous les crimes qu’elle a commis. 

. ASPASIE. A 

Eh I Qui peut entendre le vrai fens d’un 
Oracle? Le Ciel fe joue fi fouvent de notre 
crédulité. Hélas ! depuis trente ans il n’y a pas 
de jour que je n’ayc efpéré Sc défidpérc de le 
voir. Quoi! Je vous parlcrois encore, mon f 

cher Epiménide! * Mais, qu*enrens-jc? aide fkîc 

Epiménide .... Il fe réveille .... le me meurs. 

LUc s évanouit. C c mens 


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ï 4<» Mémoires de la Société Royale 

P O L I O R T E. 

Ah ! Madame Il faut, l’emporter pour 

la fecourir. 


•SCÈNE SECONDE. 

E P I M £ N I D E. 

* 

^ >'Eft auftî trop dormir. Le Soleil eftprêt 
à fe coucher , & je me mis hier au lit 
avant minuit. Il eft vrai que jamais je ne m’c- 
tois fenti un fi grand befoin du fommeil ; l’a- 
gitation de la journée, l’atdeur brûlante que 
j’avois éprouvée à la proménade , les vins dé- 
licieux que me fit boire Arpafie à louper', tout 
cela m’avoir jetté dans un afloupilTcment qui 
m’a ôté le fouvenir de ce que je devins: Sans 
doute que l’on m’emporta de chez elle : Mais 
je ne comprends pas comment je n’ai pas en- 
core eu de fes nouvelles: Je n’oferois envoyer 
de mes gens dans la maifon , & elle devoit 
me mander dès le matin où en ^toient les 
foupçons que là Mere avoit laifleappercevoir 

•Fnr*-f ur notre liaifon * Que vois-je, ô^Dicux, 

Tfafe- quel prodige! Mc trompai-jc» quoi ,.dans le 
nttre. fort de l’Eté le plus.chaud , de ,1a glace dans 
mes Jardins : La neige, couvre tous mes par- 
terres, & m’empêche quafi de les reconnoî- 


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des Sciences & Belles-Lettres. 1 47 
•tre. . ,. * Qu’eft-ce donc que ceci ? Suis-jc de-* E " re 

l > .vf , gardant 

.venu fou ? Je ne reconnois plus ni cette cham-f a cham- 
bre, ni ces meubles: Veillai-je, eft-ce un rê- bre - 
ve ! Tout m’eft inconnu autour de moi : Ces 
fauteuils font baillés déplus d’un pied: Ce lie 
«comme fufpenduen l’air & quMemble ne te- 
nir à rien, a pris la place d’un bon lit à qua- 
tre colonnes ! Qui a pu fubftituer à des vafes 
d’argent, commodes & folides, ces porcelai- > 
nés délicates que l’on craint de toucher ? Ceci 
eft un enchantement. Epiménide reveillc-toi.., 

:Mais un rêve rappelle-t-il l’idée des chofes que 
, 1 ’on n’a jamais vues?.. Je ne m’apperccvois pas 
de ces fenêtres coupées julqoes fur mon plan- 
cher > & qui mettent ma chambre tout à jour... 

Qui me tirera du trouble extrême où me jet- 
tent toutes ces nouveautés ? Afpalîc , vous, 
m’avez oublié I Que font devenus mes gens? 

Je n’entends aucun bruit :Ma terreur augmen- 
te. O Dieux! Secoures moi..... Hola, Xan- 
thus, Chremés, Efppe. t ..^ Perfonne ne ré- 
pond! Hola quelqu’un. 



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A 


^ 

14S Mémoires de U Socie'tc' Royale. ' 

SCENE I I I e . 

E P I M E N I D E, N A USI C A, 
N A U S I C A. 

Q Ue vous plaît-il , Monficur ? • 
EPIMENIDR 
Où eft Xanthus î 

N A U S I C A, 

% 

Je ne le connois point. 

E P I M E N I D E. 

Vonis ne le connoiflez pas, mon enfant, 

N A U S I C A. 

Non , Monfieur. 

E P I M E N I D E. 

Et qui êtes -vous? 

N A U S I C A. 

Je fuis Naufica , la fille à Drome. 

E P I M E N I D E. 

Faites-moi venir Chremés. 


des Scienct's & Belles-Lettres» j 45 

N A U S I C A. 

Hélas , Monfieur , que demandés- vous ? Ne 
Içavés-vous pas que'mon Papa eft mort, il y a 
plus de huit ans & qu’il m’a laidee eu nourrice? 

EP’IMENIDE 

Chremés eft mort ! 

N A U S I C A. 

Apparemment : Je n'ai plus que ma chere 
Mere. 

E P I M E N I D E. 

Et que faites-vous ici ? 

N A U S I C A. - 

Nous y vivons , ma chere Merc , ma grand 
Maman & moi. 

epimenide. 

Ehl de quoi? 

N A U S I C A. 

De ce qu’Epiménidc, notre bon maître , 
avoit laide à mon Papa. 

epimenide. 

Comment Epiménide! eft - ce que vous nt 
le eonnoidèx pas ? 


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y j o Mémoires de U Sostcté Royale' 

[N A U S I C A. 

Eh! comment le connoîtrois-jc , il ÿa plus-' 
de trente ans qu’il eft mortî 11 y a ici un vieil- 
lard qui gouverne tous Tes biens , en atten- 
dant, dit-il, qu’il vienne quelqu’un qu’il ne 
nommepas, &à qui ils appartiennent. 

E P 1 M E N I D E. 

Tout cela me confond; Petite fille, faites^ 
moi venir ce vieillard. 

N A U S I C A. 

Oui, Monfieur>je m’y en vais. 

epimenide. 

1 Je n’y puis plus tenir. Parcourons un peu 
cet appartement- où je ne me rcconnois p.lus.< 


SCÈNE I V e .- 

p O L I G R T E. 

O U eft-il mon cher Maître, que j’embrafle 
fes genoux î Hélas ! l’enchantement eft 
donc cefi S,,& Epimenide fe réveille enfin a- 
près un fommeil de trente ans. Mais je juge 
de la fiirprift où il doir être, & je crains quo 
fa raifon ne s’égare , en revoyant un monde 


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des Sciences & Belles-Lettres. i 5 1 

nouveau : Notre Ville s’eft toute renouvellée 
depuis un fi long-tems. La bonne,, la tendre 
Afpafie, à peine revenue de Ion cvanouific- 
menr, ne peur fe foutenir & exige que je la 
lailTe feule \ elle ne fçait ce quelle doit faire, 
elle meurt d’envie de le venir embrallcr, & 
il femble qu’elle redoute 1a prcfence*, mais la 
voici. 

SCÈNE V e . 

P O L I O R T E, A S P A S I E. 

A S P A S I E. 

E Se-il bien vrai, mon cher Poliorte, où 
eft-il ? L’avcz-vous vû ? 

POLIORT E. 

Je l’entends dans cette galerie •, je ne me 
fois point encore préfenré à firsyeux : Le voi- 
ci , il ne me paroit pas vieilli d’un jour. 

SCÈNE V F. 

E'PIMENIDE, POLIORTE, ASPASIE. 

EPIMENIDE, (Uns le fond du Théâtre. 

Q Uel eft cet homme que je ne connois 
point.... Monfieur, qui êtes-vous , 8c 
que làitcs-vous ici ? 


/ 


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* 5 1 Mémoires de USoc ut e' Royale 

P O L I O R T E. 

Je fuis à vous. 

E P I M E N I D E. 

Et cette Dame ? 

A S P A S I E. 

Seigneur .... 

E P I M E N I D E. i 

Eft-cc votre femme ? 

P O L I O R T E. 

Je n’ai pas cet honneur là. 

E P I M E N I D E. 

: 

Madame , qui êtes-vous ? ' *j 

ASPASIE. 

Qui je fuis ! i 

E P I M E N I D E. 

D’où naît cet embarras ?... Il me fcmble . . . 

Mc trompai-je ? Eile a de l’air Ah 1 ~ 

Madame, c’eft vous. 

'ASPASIE. 

Quoi ! Il me reconnoxt î Seigneur .... 


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ties Sciences Èelles- Lettres. 1 5 ) 
E P I M E N I D E. 

C’cft vous , refpe&ablc Epidamic ! Vous* 
chez moi , vous que je n’aurois ofé aborder il 
y a quelques jours qu’en tremblant , qui [me 
bailliez fans me connoître , vous venez me 
chercher aujourd’hui. 

A S P A S I E. 

Seigneur , que dites-vous ? 

E P I M E N I D Ê. 

Qu’y a-t-il donc de nouveau } Vous aves l’air 
embarralfë , tandis que c’efl: à moi de l’être : 
Seroit-il arrive quelque malheur à ma chère 
Afoafic? Vous vous troublés, je fuis perdu J 
Alpalie! Ah! Madame, quittés ce vifage fë- 
vére; Alpafie n’cft coupable que d’être trop 
aimée.. . . Quoi ! <eroit-clle malade î Vous ne 
répondes rien ! Ah ! Alpafie eft morte ! 

A S P A S I E. 

Non , Seigneur , Afpafie n’efl point morte. 
Afpahc étoit digne , fans doute, de tout votre 
amour ÿ fa Mere lui*a rendu juftice ; calmez 
vous , & remettez-vous un peu du trouble où 
je vous,voi s. 


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ij4 Mémoires de la Société Royal# 

E P I M E N I D E. 

Eh ! Comment ne ferois-je point troubjé ? 
je ne fçak où je fuis, je me crois rranfporté 
dans une terre étrangère, je ne reconnoisricn 
de tour ce qui m’environne; vous feule, Ma- 
dame , vous feule qu’à peine j’ai vue trois fois, 
êtes la feule per-fonne que je reconnoifle; mais 
enfin. Madame, quel lu jet me procure l’hon- 
neur que vous me faites? Ce vieillard eft -il 
à vous ? Avez- vous des fecrcrs à me révéler? 
Où eft Afpafie votre divine fille ?• Je ne veux 
rien entendre que je ne fois inflruir de ce qui 
lui eft arrivé; fans doute un événement fin- 
ulier vous a conduite ici ; je laiffiu Afpafie 
icr au foir dans l’cfpérance de vous fléchir. 

À S PA 5 I E. 

Hélas J Que dit-il ? ; 

EPIMENIDL 

Serois-^e a fiez heureux pour qu’elle y eût* 
réüffi? Oiii, fins doute : Vous me regardés 
avec un air de bonté qui raflme mon ame: 
Afpafie vous aura fait connoîcte tout l'excès- 
de ma tendrefTc. Ah 1 Madame , clic ne vous la 
pas dit allez; & comment auroit-elle pu l’ex» 
primer? je fins que je ne le puis moi-mcmc. 



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des Sciences iS Belles* Lettres, 1 5 f 

ASPAS 1 E. 

Seigneur, foyez tranquilè , & fi la Mcrc 
d’Afpafie a des droits fur vous, je vous or-- 
donne de vous calmer. Mais il cft vrai que vous’ 
avés lieu d’étre furpris > desévénemens peu or- 
dinaires ‘demandent du tems pour vous les ex- 
pliquer: Vous avés befoin de quelque nourri- 
ture , & moi je fens qu’il me faut un peü de 
folitude. Je vous rejoindrai bien-tôfj en atten^ 
dant fiés- vous à ce vieillard comme à moi-- 
même , & fur-tour' ne t'entés poinc les Dieu*- 
par des queftions précipitées./ 

SCENE V r I 6 .- 

EPIMENI DE-, PO LIORTE.- 

EHME.N1DL- 

J E verrai Afpafie du c6n(ê tiré nient' de iâ? 

Mere. Quel Dieu a pii lever tous les obs- 
tacles qui fembloient nous devoir féparer à ja-' 
mais? Je verrai Afpafie fans contrainte, je ver- 
rai fes beaux yeux , je poflederai tant de char- 
mes j notre vie ne fera jamais aflez longue pour 
nous dire tout ce qye nous (entons l’un pour 
l’autre, divine Afpafie , 1 ’itnage de la beauté »• 
plus jeune que la jeunefle, plus vertueufe que 
Minerve , plus tendre que la Décflè de Gnidc. 


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1 $ <5 Mémoirei de la Société Roy ali 

Qui nous eût dit hier au foir que nous étions 
fi près du bonheur ; . « . Ah ! vous que je ne cori- 
nois point, entretenés-moi de tous fes char- 
mes, ou plutôt écoutés tout ce que j’en veu* 
dire. 

POLIORTE. 

• 

Seigneur, vous avez entendu les ordres de 
fa Mere ; fi vous l’aimés , marqués-le par vo- 
tre obéïïTancc à Ëpidamic , réglés tous vos pas 
f ur fes volontés, & commencés par venir man- 
ger ce que l’on vous a préparé. 

SCÈNE V I I I e . 
DAVE, EPIMENIDE, POLIORTE. 
D A V E. 

M Onfieur eft fervi. 

EPIMENIDE. 

» 

Je ne connois pas plds celui-là que les au- 
tres ; mais pourquoi eft-cc que je ne mange 
pas ici ? 

POLIORTE. 

Vous en êtes le Maître ; que l’on apporte la 

table. „ . 

On apporte U tuner. 


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des Sciences Belles-Lettres. \\j 

E P I M E N I D E. 

Eh bien donc! que l’on m’apporte à laver... uf*ge 
M’entendez-vous ? où eft le balîin pour laver • Rc,c ^ 
mes mains ? 

PAVE. 

Moniteur. 

P O L I O R T E, 

Je ne fçais où eft le baftîn , mais approchés* 

Tous de cette fontaine. 

Il la ve fes mains & fe met à table , 

P O L I O R T E. 

Voule's-vous que je vous fcrve de cet hçrs 
(d’œuvre? 

' E P I M E N I P E, 

Hem}..,. 

P O L I O R T E. 

Je vous demande fi vous voulés manger Terme 
de cet hors d’œuvre. «ourea* 

EPIMENIDE. 

Hors d’œuvre ! 

P O L I O R T E. 

Ah ! je vous demande pardon , c’eft une 
mauvaife façon dejparlcr que j’ai , je veux dire, - 
de cette entrée! , - 


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«î,5 S Mémoires de la Société Roy de 

EPIMENIDE. 

A la bonne heure. 

Jl mange. 

'Mais . , . j’écois fi troublé , qu’à peine vous ai- 
je regardé : Qui eces-rvous ici ? 

PO L I O.RTb 
Je fuis votre Maître d’Hôtcl. 

v EPI ME NID E, 

Vous? 

P O L I O R T E. 

/ 

Oiii, Monficur, mais vous oubliez la.*lé- 
,'fenfc d’Epidamie. 

E P I M E N I ? D E. 

Elle ne m’a pasdéfendu toutes les queftions, 
'.Vous êtes mon Maître d’Hôtcl ! Gela eft bien 
extraordinaire ^cependant quoique, je ne vous 
.connoiflè pas, je vous trouve une. refièmblan- 
cc qui augmente plus je vous regarde. Le pe- 
tit Agathon a de votre air : Oui , Agatncn 
mon Ecuyer: ]l faut que ..vous foyiez de la 
même famille. 

P O L I O R T E, 

•Il eft vrai. 


* 


( 

j 


\ 


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des Sciences & Belles- Lettres. ,i j-f 

EPIMENIDE. 

Ah i voilà enfin quelqu’un qui me rend un 
peu de confiance i au moins fi je ne vois pas 
mes gens , je vois de leurs parer*?. Pourquoi 
Agachon n’eft-il pas ici? 

P O L I O R T E. 

;Il n’eft pas loin. 

EPIM.EN1D E. 

Eh! comment vous appeliez-vous? 

P O L I O R T E. 

,On me nomme Poliortc. 

E PIMENIDE 

C’éroit le nom du Pcrc d’Agathon: Qu’on 
-me le cherche , il ne m’a pas rendu réponfc 
d’un cheval que je vif il y a quelques jours & 
que je veux avoir à quelque prix que ce foie : 
Au moins m’eft-il permis de parler de mon 
Æcurie. pQ UO RT E i part. 

; Guère plus que du refte. 

E P I MEN1 D E. 

'J’ai ces chevaux barbes que fins doute vous 
connoifics : inais ce ne (ont prefque que des 
poulains , & il faudra les attendre. 




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1 6 o Mémoires de U Société Royale 

POLIORTE à part, 

Long-tcras- 

EPIMENIDE, 

Mode* Et comme vous voilà fait ! Point de ruban 
fur les manches 1 Point fur les haut-de-chaufles ! 
Qu’cft-ce que c’eft que ces canons étroits qui 
vous brident les eûmes ? Et vos mouftaches 
que font-elles devenues } Les boutons de vo- 
tre habit font comme ceux d’un pourpoint ; 
Pourquoi cette perruque où il n’y a que qua- 
tre cheveux; Au moins ces queftions font-elles 
alîçs indifférentes. 

POLIORTE. 

Pas plus que les autres. 

E P I M E N I D E. 

J’ai l’air d’un fol à la manière dont on me 
répond. A la bonne heure ; mais pour ce que 
l’on me fert je veux être obéi. Que l’on difè 
à mon Cuifînier qu’il s’eft furieufêment né- 
Nouvei- gligé aujourd’hui ; tontes ces fauffes ne font 
i« cuifi- point lices , cela eû clair comme de l’eau, 

POLIORTE. 

Monfieur, votre Cuifînier cft pourtant le 
plus habile qu’il y ait. 


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des Sciences Çj Belle s^Lettr es. i6j 

E P I M E N I D E. 

Cela ne fent ni le citron, ni la mufcadc. 

P O L I O R T E. 

On a fait pour le mieux. 

E P I M E N I D E. 

Et qu’eft-cc que c’efl: que cette œconomie- ufajç 
là î une feule perdrix dans un plat , au lieu de 
fept ou huit qu’il deyroit y avoir ; quoi , par- 
eeque je fuis lèul! Que cela n’arrive plus .... 

Ou font donc mes grands baflins d’argent ? 

Ces plats rellèmblent à des palettes pour iài- 
gner ... Je ne içaurois manger j que l’on m o- Mode* 
te tout cela. Mais, Moniteur Poliorte, au moins j n e ° uvc1 ' 
me dirés-vous pourquoi dans le cœur de l’Eté 
il gèle aujourd’hui à pierre fendre. Hier on 
avoit peine à trouver de l’ombre. 

POLIORTE. 

Moniteur. 

E P I M E N I D E. 

Quoi , vous faites encore le myftéricux fur 
cela: Oh! parbleu, cela eft trop original. Je 
veux fortir, allons, accompagnés-moi. 

« v 

i ' 

Terne /. P d 

v ' . « 


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aA-. 



i 6t Mémoires de la Société Royale ' 

S G N É N E I X e . 

EPIMENIDE, POLIORTE 
D AVE, M EN IP PE. 

M E N I P P E.- 

C Ommenr, Monfieur,,vous n’avés points 
fait de teftament? 

POLIORTE, 

Que voulés-vous , mon ami ï 

M E N I P P E- 

Parler a Epimdnidc, il y a trente ansque. 
l’on dit qu’il n’y eft pas; il me doit de l’argent,, 
je n’ai point de billet de lui, .& il eft trop hon- 
nête homme pour nier une dette d’honneur. 

E P I M E N I D E. 

Trente ans! & mon pauvre homme vous* 
êtes fou, je n’drois pas au monde. 

MENI.PPE. 

Vous n’y étiés plus , voulës-vous dire ; mais’ 
enfin vous y voila revenu , cela vous appren- 
dra une autre fois à faire mention de. vos. 
Créanciers en mourant.. 





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des Sciences & Belles^Lettres « 1 6 $ 

EPIMENIDE,, 

Voilà qui eft ûouvcau. 

MENl P P E.. 

Quoi I Monfîeur, vous avez oublié Mcnippe. 

E P I M E NJ D E avec un air Jkrpris. 

Menippc! & vraiment je connois bien votre 
nom; mais vous fçavés que je ne vous ai ja- 
mais viL Parlés bas: C’eft à vous que je dois- 
les petics foupers que je fais porter en ville : 
Us font fort bons ». mais eft-ce vous qui les, 
faites ? 

• M E N I P P E. 

Âflùrcment; 

EPIMENIDE^ 

X I 

Vous êtes bien vieux pour cela. 

• ME NI P P E 

• c t - - • 

Eh! mais, Mr. dans ce tems-là j’étois jeun» 

E P I M E N I D E. 

Ope veut-il direJ 

, M E N I P P E ' 

On a tous les ans douze mois. 

Ddij 


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î 64 Mémoires de U Société Royale 

B P I M E N I D E. 

Mais , mon enfant , vous êtes bien pref. 
fànt, il peut y avoir une vingtaine de foupers. 

M E N I P P E. 

De ce qu’il n’y en a guère , me les devés- 
vous moins î 

E P I M E N I D E. 

Cela eft vrai : Mais le dernier n’eft que d’hier 
au foir. 

MENIPPE, 

D’hier au foir : Ah ! miféricordé. 

E P I M E N I D E. 

Vous ne m’en aviés pas encore rien fait de- 
mander , mais puifque vous êtes ü exadt , vous 
allés être payé, il vous faut , je crois, deux 
cens dra' mes. Poliorte , fatis faites cet homme- 
U. 

POLIORTE. 

Attendes là-bas. 

MENIPPE. 

Voilà un honnête homme de fou , comme 
je n’en ai jamais vu. 


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des Sciences & Belles- Lettres. i C 5 ' 

SCENE X e . 

EPIMENIDE fort puis il rentre. 

Q U’eft-ce que c’eft que cerrc voiture -là 
qui relTemble à une chaife de polie al- 
longée? . 1 

POLIORTE. 

C’eft un vis-à-vis. 

EPIMENIDE. 

Vis-à-vis de qui? 

POLIORTE. 

Eh! mais... 

EPIMENIDE. 

£r pourquoi pas ma calèche à cinq glaces ? 

POLIORTE 

i 

Votre calèche à cinq glaces l 

EPIMENIDE. 

. Eh ! oui , voulés-vous que j ’e'toufFe : Je ne re- 
connoiflois pas cette voiture-là ; Faites ôter 
mes chevaux , j’irai à pied. 


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Mémoires de U- Société Roy ai* 


ï 66 

— ' * 

S CÈNE X e .. 

E P I M E N I D E, P Q L I O R T E,. 

N ECRffGR APHE. 

N EC R O G R A PHE. 

P ourquoi donc eft-ce qji’Epimcnide n’elb 
pas mort? 

EP'IME N I D E. 

Je ne vois pas la nécelfité. 

NECRO GRAPHE 
Si fait, vraiment.- 

EPIMENID E’.- 
Qyi ctes* vous î 

NECRO G R A P H E.- 

Je fuis Sculpteur , Monfieur ,& je me nom* 
me Necrographe , je me fuis fur-tôut appliqué 
aux lampes fcpulchrales & aux urnes funèbres. 

EPIMEN1DE, 

• • , i 

Vous devés être bien trille > & bien Mon-- 
fijpur Necrographe , qu’eft-ce qpe cela me fait? 

/ 


\ 


Digitizecfby G 



dis Sciences & Belles- Lettres i \ü f 

N E C R O G R A P H E. 

Beaucoup. C’eft que , Monfieur , fouf votre ' 
Pefpedt, j’ai fai r votre urne \ & qui pis eft,. 
j’y ai gravé votre éloge. Il ell vrai que ce- 
la pourroit fervir à un autre ; mais., par mal- 
heur j’y ai mis yotre nom & la datte de vo- 
ete'mort. 

EPIMENID £ 

Il eft vrai que celaeft fort fâcheux. . . Ceci* 
cft une gageure i allés, mon enfant , gardés- 
moi tout cela pour dans cent ans. 

N E C R O G R A P H E. 

Mais, Monfieur , ce n’cft pas ma faute fil 
vous n’êtes pas mort* 

E P I M E N I E> E. 

Auflî je ne m’en prends pas à vous. Allons», 
Poliorre. , Il fort. 

N E C R O G R A P H E. 

Et mon urne ? 




iél Mtmoiret de U Société Royale 

SCÈNE XI r. 

ASPASIE, CLEANTHIS, « 

A S P A S I E m fleurant. 

I L fort, & nous pouvons rentrer: AhI ma 
chere Cléanthis. 

• * 

CLEANTHIS. 

Mais, Madame, d’où viennent ces pleurs? 

J’ai compris aifément votre premier faififlc- 
ment. C’eft quafi une réfurreétion que Je ré- 
veil d’Epiménide j tout ce que vous m’en avés 
raconté eft incroyable. Mais enfin le voilà, & 
au bout de trente ans il n’a point vieilli d’un 
jour.- 

ASPASIE 

Er moi je ne fiiis plus jeune. 

CLEANTHIS. 

L’erreur où il a été en vous voyant, vous 
a lailïe voir qu’il vous aime tout autant qu’il 
ait jamais fait. 

ASPASIE, 

Quel doit être mon changement l II m’a 
prife pour ma mere. 

CLEANTHIS. 


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dts Sciences & Belies^Lettrtf. 1 6 jÿ 

C L EANTHIS. 

"Eh bien ? 

ASP ASIE. 

,Eh bien? Clcanthis, il ne m’aimera plus. 
C L E A N T H I S. 

Il efltrop honnête homme pour cela. 

A S P A S I E. # 

La probité n’a que faire à cela. On peut 
continuer à s’aimer quand on a vieilli eniem- 
ble: Les rides font comme l’aiguille' d’une 
; montre, on ne s’apperçoit quelle avance que 
-quand on a été quelque rems faus y regarder. 
Je ferois aujourd’hui la mere dEpiménide : 
Cette penfée me tue. Non-pas que je regrette 
la jeunefle-, tu me connois, Cléanthis, je ne 
regrette que fes fentimens : Il ne m’aimera 
plus : L’amour a fes droits à part de toute au- 
,-tre affedtion : H commence par la beauté, il. 
(c continue par l’eftime,, & il fe perd avec 
nos charmes : A peine a-t-on. raifon à la fleur 
de fon âge de le plaindre d’un infidèle qui 
nous trouve changée, pareeque fon cœurl’eft 
pour nous : Qu’aurai-je àltti reprocher quand 
il verra que la mere d’Afpafie cft Afpafieclle- 
même. Chaque mot. qu’il me difoit, tantôt me 
perçoit le cœur ; plus al paroillbit m’aimer, 
7<nhel. * Ee 


ï’7-» Mémoires de U Société Royale 

plus je fentois vivement qu’il couchoitau mo- 
ment de ne m’aimer plus ; Epiménide, Epimé- 
nide, j’étoisréfervée à une étrange forte de màl- 
heu»! Vous ne m’aimerés plus fans être in- 
conftant, & je ne pourrai continuer de vous 
aimer £ms être ridicule. 

C JL E A N T H 'I S. 

Madame , encore une fois , il fera touché 
de vos fentimens pour lui. 

A S P A S I E. 

Et qu’ell-ce que de la pitié à côté de l’amour? 
( C L E A N T H I £. 

Mais enfin, quel parti allés vous prendre,? 
.A S P A S I E. 

Je ne fixais. Si jeie.iaiflè dans l’erreur, il 
continuera d’aimer un être imaginaire. Si je 
me. découvre , je lui.oterai tout le charme de 
fa vie ôc de la mienne , fon amour. Mais il 
vient ... Je n’ai pas encore le courage de l’at- 
tendre. Refie avec lui. 

I. 


1 


des Sc une cs Belles-Lettres. 


17* 


SCENE X 1 1 I e . 

E PIMENID E, CLE A.N T H I S, 

EPIMENIDE. 

Q (Ji êtes- vous , mon enfant» 

C L E A N T H I S. 

Je fuis à Epidamie, 8c je me nomme Cléan- 
this. 

EP.IMENI D E. 

Verrai-je enfin Alpafie? 

C L E A N T H I S. 

Bientôt , Monfieur. 

EPI MENID E. 

0 

J’éprouve prodige fur prodige, je fuis for- 
tipour aller chez Epidamic ; la folie de ce pays 
-ci eftbien lugubre; on veut qu’elle foit mor- 
te, j’ai eu beau dire que je venois de la quit- 
ter, on m’a ri au nés : De là j’ai parcouru 
quelques quartiers de la Ville , j’ai eu bien 
de la peine à me reconnoître , & la moitié des 
maifons étoit changée; j’ai pafle devant l'am- 
phithéâtre. où. je fuis entré: il faut que l’on jjc 
fait venir des Acteurs de Province, je n’en ai 

E c ij 


* 


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Comi- 
que lar- 
moyant. 


171 Mémoire de U Société Royale 
pas reconnu un » 6c Dieu fçait comme Us 
jouent! Il y a pourtant un Valet & une Sou- 
brette qui ne font pas mauvais. 

CLEANTHIS. 

Vous êtes bien bon ! 

E P IM EN I D E. 

» 

Oh ! mais Je comble de ma furprife , c’eftquc 
j’ai vu tous les Spectateurs en larmes. 

C L E ANTHI S. 

Pourquoi pas ? 

E P1.MENI D E, 

Et mais , Cléanthis > les ACtegrs étoient vê- 
tus pour joücr du comique: Comment! de- 
puis hier au loir on pleure à la Comédie ? 

;C L E A N T H I S. 

Oh 1 Monfieur > il .arrive bien des choies 
dans une nuit. 

E P I M E N 1 D E. 

« 

Enfuite on e(t venu aux intermèdes; j’at- 
tendois toujours de voir notre cher Dcnio- 
phon , cet illuftre joiieur de Lire , qui exprime 
li rendrement les chants du vieux Canj^aflc. 



des Sciences B elles- Lettres 17} 

CLEANTHIS. 

lion. 

EPIMENIDE. 

Au lieu de cela j’ai entendu un fanatique , 
«fui, un démoniaque, ou plutôt les trois furies 
fous une même tête, & tous un même archer, 
les grincemens de dents duTartare font des 
flûtes en comparaison. 

CE E A NT H I S. 

C’eft pourtant ce que l’on appelle du fçavant. 

EPIMENIDE. 

* « 

Je me fuis fàuvé, & j’ai rencontre à la por- 
te un bon vieillard que je ne connois point, 
mais à qui je n’ai pû m’cmpêchcr de raconter 
mon indignation : Obi que c’eft un bon hom- 
me, il m’a embrafté en me difant : „ Mon en- 
s , fànr . Dieu vous confèrve ce goût là. Ce- 
rf toit celui de nos Pcres; aujourd’hui tour a 
,i changé, nos Muiîciens ont qairté ta nature 
,i pour les tours de force ; nos Pocres ne 
>i font plus que des épigrammes, tâ morale 
» fe débite par traits & la politique par bons 
,, mors : On eft devenu avare de paroles , 
» bien-tôt on ne parlera plus que par gefte; 
» & la belle manière , c’eft T dc dire en quatre 
u mots ce qui auroir btfoio'de quatre lignes. 


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174 Mémoires de la Société Royal * 

» A mefure que Ton a plus pensé, on a ro-- 
j, gné les phrafcs au lieu de les allonger , & le 
„ grand mérite, c’eft que perfonne ne vous 
„ entende." J’oubliois de te dire que j’avois 
perdu Poliorte dans la foule: J’ai voulu rega- 
gner la maifon , & j’ai encore cté arrêté en 
chemin par un homme qui riva forcé de lire 
un papier pour un remède qui guérit toutes 
les maladies : Ah! paflè pour cela, je me rs- 
connois, lui ai -je dit, & je ne vois rien de 
changé à cet égard; enfin me voilà, mais Af- 
pafie ot\ eft-elle?.. . Ah ! je vois Epidamie.. 

SCÈNE XI V e . 

EPIMEN IDE, EPIDAMIE,. 
C L E A N T H I S. 

E P I M. E N I D E.. 

A H! Madame, que vous tardés à venir: 
Je viens de vous chercher ... Il eft rems 
que ceci finillè, je fuis hors de moi : Je ne 
rencontra perfonne de qui je fois connu, ni 
que je connoifle; jlai retrouvé la. Ville fans y 
retrouver un feul des Habitans que j’y laiflài 
hier au foir., vous êtes la feule dans le monde 
qui daigniés vous intéreflèr à moi , comme 
Afpalîe eft la feule pour qui je délire de vivre. 
Tout eft changé pour moi,, hors Alpafie qui> 


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des Sciences & Selles-Lettres. * 7 5 
ne l’eft pas. Et que m’importe une terre in- 
connue > pourvu qü’Afpafte 1 habité , n cft-elle 
pas pour moi le monde entier? Faites-moi la 
donc voir. Madame-, je la quittai hier au foir 
& il me fcmble qu’il y a un fiécle que j’en fuis 

leparé. - 

ASP ASIE 

Croyés Epiménide , que ce tems lui a paru 
plus long qu’à vous : Hélas ! * 

EPIMEND1 E. 

Vous m’avés afluré qu’elle fe portoit bien. 

ASPASI E. 

Oui. 

EPIMENIDE, 

Vous m’avés afluré que Ton cœur n’étô.t 
goint changé pour moi. 

ASP A SI E. 

Ah! mon Dieu, npm- 

E P I M. E N I.D E. . 

. M \ 

Vous approuvés notre amour. 

A S P A S 1 E. 

fit qui ne l’approuveroit pas? 


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V}* Mémoires de la Société Royale 

E P I M E N I D E. 

Qu’eft-ee donc qui nous arrête ? 

A S P A S I E. 

Mais .... 

EP1ME NID E. 

. Ah! je vous entends, vous croyés peut-être ' 
qu’Alpafie m’ainfpiré de cesfentimcns frivo-' 
les que la beauté feule excite & que le tems 
diminue. Vous craignes point elle un engage- 
ment qui feroit un jour fon malheur ah !• 
Madame, connoiffès-nous mieux tous lés deux, 
mon cœur atteint toutes fes vertus , j’aime au- 
tant quelle cft digne d être aimée, je n’aurois 
jamais rien aimé fans elle , & j’ai pitié de voir 
qu’on puifle en aimer d’autres. Alpalie eft ma 
maîtrellè , elle va devenir ma femme , elle 
fera mon amie, & je ne vois rien , ni hors • 
d’elle , ni après elle. \ 

A S P A S I E. 

Vous me rafliirés pour elle , & quelle que 
foit l’opinion qu’elle a de vous, elle eu a befoin. • 

EPIMEN1D E. 

Quel venin a-t-on pu répandre dans Ion 
ame depuis vingt-quatre heures : Ah ! elle étoit 
fl fûre ac.moi. Quoi ! Alpaixc me fbupçonne . . . - 


des Sciences & Belles-Lettres . 1 77" 

<^uel moc eft-cc que je prononce? Des foup- 
çons ! Afpafic eft trop vertueufe pour en pren- 
dre & Epiménide pour en donner. Mais quoi ! 
tôut ce qui m’arrive d étrange depuis vingt- 
quatre heures femble annoncer un fort que je 
n’imagine point. Je ne fçais ce que je dois 
craindre oit elpércr; il y a du furnaturcldans 
ceci , & vous devez enfin m’en éclaircir : Par- 
las , Madame » hors mon amour, je défie tou- 
té puilfimce de pouvoir rien fur moi. Les Dieux 
font trop juftes , & je les ai jufqu’ici trop 
bien fèrvis porte qu’ils continuent àrl c joiier 
de ma crédulité. - 

ASPASI E. 

Vous le voulésdonc, il faut vous fàtisfairéi* 
mais armés vous d’un grand courage. 

É P I M E N î D E. 

Ai-je perdu tour mes biens ï \ ' > 

ASP A S I E. 

Au contraire, vous les 1 1 ou verés- doublé».' 
E P I M E N I D E, 

Tant mieux pour A fpafie. ' 

A S P A S I E. -, 

Ëh ! que lui importe }■ 


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ï 7? Mémoires de la Société Royale 

EPIMENIDE. 

Parlés donc. 

ASP ASI Ë. 

Que vais- je lui dire !- 

E PIM Ë N I D E. 

Quel plaifir prenés-vous à me défefpérer ? 

ASPASIE. 

Etes-vous bien fur de votre cœur? 

EPIMENIDE. 

Plus (ur qüé de mon exiftertee.... 
ASPASI' E. 

Eh bien Ëpiménide ( vous le voulés ) nous 
femmes dans la quârantc-fixiéme olimpiade, 
& vous vous êtes endormi dans la vingt-hui-- 
riéme.- 

E ^ I Rï ÉNIDL 
Que dites-vous?' 

A S P A' S I E. . 

Qu'il y a trente ans que vous dormés.' 

EPIMENIDE.- 
Ah 1 Dieux...... 


des Sciences Belles- Lettres. vry 

ASP'ASI B. 

9. Que cc fommcil dont les Dieux fculs peu- 
vent nous donner l’explication, n’a fait que 
fufpcndre le cours de votre- vie, fans altérer 
votre jeunefle. 

EPIMENIDE. 

Ce font trente ans de plus que j’aurai vêcà' 
pour Afpafie. 

A S P A S I E. 

Il cil vrai, mais elle les a auüi vécu pour 
vous. 

E P I M E N I D E. 

Eh bien , Madame, de quoi avons nous à 
nous plaindre? 

A S P A S I E. 

Seigneur , elle n’a pas dormi pendant ce 
rems- là, mais elle a toujours pleuré. 

Ë P I M E N I D Ë.. 

Je vons enfends.... ma chcre Afpafie, ce 
n’efr point' le tems que vous avés paflé fans , 
moi que je regrette pour vous, c’cft le rems 
qu’il me faudroit palier fans vous, fi je vous 
furvivois: Mais ne craignés poinrwiesregfers;. 
on meurt toujours le même jour quand on n**. _ , 
point cefié.de s’aimer.. 


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Mémoires de U Société Royale 
A S P A S I E, 

Vous concevés donc que les jours d’Afpa- 
fie le font avancés pendant 1 que les vôtres 
étoient fufpendus ; vous prévoyés que votre 
Afpafie eft aufliî rendre, mais qu’elle a celle 
d’être jeune } vous vous attendés à ne plus re- 
voir cette beauté , dont elle ne connoilïoit 
le prix que pour yous } Epiménide , prçnés 
garde à vous} elle va paroître. 

EPIM E NID E. 

Ah! je la vois , il fe met à genoux , rhàts je 
la vois , telle que la veille que je m’endormis : 
Les Dieux m’ont laiflemes yeux d’alors, je 1*' 
vois la même , c’cft A (pâlie pour qui je veux 
vivre & mourir. 

A S P A S I 

Tout eft miracle aujourd’hui jufqu’a Tamoac • 
É P I ME N ID E. 

Allons remercier les Dieux > & nous jurer 
(ut leurs autels une rcndreÆè digne d’eux & 
de nous. 

A S P A S I E. 

Arrêtés ,’Epiménidè , je fuis larisfairc de vo- 
ét tendreâc ; mais je ne dois pas en abufer. 


W 'es Sciences & Bdüe s -Lettres. i 

E P I M E N I D H. 

; -QQoi encore des obftacles î 
A S P A S I E. 

Vous ne vous connoiflez pas vous-même, 
vous prends yotre furprire pour de la paillon > 
& votre attendrifièment pour de l’amour ! 
Mais bien - tôt ouvrant les yeux fur vous de 
. fur moi , b perte de votre cœur feroit la peine 
de mon injuftice. Vous ne fçauriés douter de 
mes fentimens ,& j’ai droit fur tous ceux que 
vous pouvés me donner *, je vous demande 
votre cftime, votre confiance, votre amitié* 
,yous ne fçauriés m’en accorder davantage: 
Peut-être dans ce moment n’aurai -je point 
allés de courage pour vous , voir de l’amour 
pour un autre , mais j’en ai allés pour n’en 
pas attendre dè vous, l’amitié n’eft pas fi peu 
de chofe que l’on croit , quand elle n’eft pas 
; contredite par l’amour. 

EPIMEN1D E. 

, • . *. - * 

^lon., Madame, non .... 

ASP ASIE 

Vous ne changerés point ma rdfolution ,jc 
ne veux pas vous perdre , Epiménide, &.c’eft 
le feu! moyeu de vous confccver > ne nous lé- 


* i&z Mémoi res de la Société Royale 

parons jamais , mettons à profit les .jours qiii 
me relient, 8c quand la mort nous Téparera , 
pleures comme votre époufe, celle qui a allés 
aimé pour ne vouloir être que votre amie. 

•SCÈNE X V e . 

/ • 

:LE GRAND PRÊTRE de PJJle de Grèce 
avec fa fuite & les yl fleurs de la Scène 
précédente. 

LE G R A N D ; P R Ê T RE. 

T Es Dieux font appailés. Leur jufticc, qui 
JL e efl toujours mêlée de clémence, s’eft con- 
tenté pour la punition de nos crimes » de nous 
priver pour un rems du plus vertueux de tous 
les hommes : Son réveil rend la pureté à l’air 
que nous retirons. .Epiménide a expié uos 
fautes, & la générpfîté d’Alpafic nous encou- 
rage à la vertu. Daignés être l’un & l’autredes 
témoins de notre rcconuoiflance. 

DIVERTISSEMENT. 

Entrée des 'Renfles de Crète. 

Pendant qu’ils danfent, on entend le ton- 
nerre , le Ciel s’ouvre Ôc l’on voit delccndre 
fur un nuage Hébé , Déclic de la Jeunefie ; 
elle rient daus (a main la coupe , d’ou elle ver- 


Digitizqji by.Googla 



des Sciences & Belles-Lettres. b - 
fe aux Dieux la liqueur qui entretient leur im- 
mortalité: elle en répand quelques goures fur 
Afpafic, quelle rajeunir. 

Divertijfement de la fuite ctHéke qui fe mêle 
aux danfes des Peuples. 


E N V O Y A S*** 

‘Stui m’ordonna de rajeunir Afpajie , (jr qui 
me fît ajouter , le mir ac le de la Jitf. 

'TT Ous que réclament tour à tour 
■V Et les grâces Sc la lageflè, 

Qu’Athéncs eut fait faDéefTe, 

Et dont^n eûcfcté le jour. 

Dans tous les Temples de. la Grèce : 

Lifés ce que j’écris ici 
D’Epiménide.& d’Afpafîc, 

"C’eft de l’Amour en racourçi 
"Le triomphe & l’apologie. 

Elle aima , car il faut aimer : 

Et qu’eft-ce qu’une ame inutile 
•Dont l’indifférence imbécille 
:Dans l’horreur d’un cliaos ftérile 
Se plaît à fe vojr renfermer r 
; Elle aima donc, mais fa tendreflè 
.N’eût rien de cette folle y vrefle 
Que produjfeut les pallions. 


f&4 Mémoires de U 'Socie'té RoyMe 
Elle aima fans prétentions 
De cette ardeur pure & divine 
Qui femblable au flambeau dc&Cieux* 

* Se nourrit de fes propres feux , 

Qui prend fa fourcc au fein dcsDicux 
Et fe fent de fon origine: 

Pour tout dire , elle aima fl bien 
, Que l’incomparable Sophie 
A jugé que lans rifquex rien , 
Ellejpeut être rajeunie. 



! 


discours 


I 


des Sciences & Belle s- Lettres. 1 8 J 


DISCOURS 

"Prononce devant le Roi par M. f Abbé 
D« Tervenus. 

S I R E,< 

Un Prélat refpeétàblc nous fît dans la der- 
nière Aflemblée le portrait du Philofophe , il • 
loua l’efprit philofophique , il n’oublia rien 
pour lé venger des reproches que lui font fou- 
vent l’ignorance fuperftition. J’adopte 
avec refpcdfc'fes fèntimensi qu’il me foit per- 
mis feulement d’ajouter aujourd’hui que c’eft 
le Philofophe Chrétien, qui feul eft ce vrai 
Sage digne de nos cloges, que les prétendus 
efprits forts qui font conlifter l’efprit philofo- 
jphiqye à fecoiier le joug de la foi, ne méri-' 
tent pas le nom de Philofophe j que leur fa- 
çon de raifonner eft auffi défeftüeufe que leur 
niioralc eft équivoque, & qu’enfin la Philofo- 
pthie, dès qu’ellé n’eft pas guidée par la Rcli- 

f ion , donne à l’homme moins de fcicnce que 
'orgueil. 

Mais avant de plaider ici lacaufc de la Re- 
ligion, permettés, SIRE, quelle emprunte, 
mafoible voix' pour publier l’hnportant fervi- 
• T-ome J. Ff 


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' f 


i» *T 


< . 


* 


1.86 Mémoires de la Société Royale 
ce que vient de lui rendre Votre Majesté..,. 
Ceux qui ont parlé avant moi fe font acquittés, . 
au nom de la Patrie , des devoirs de reconnoif- 
fance que leur impofoit la multiplicité de vos 
bienfaits i le caraâére facré dont.je fuis revê- 
tu , m’autorife en quelque forte à porter au 
nom de l’Eglife, le jufte tribut de fa gratitude. . 
Jufqu’à prélent lès Miniftrcs chargésd’inflrui— 
re, étoient dépourvus des moyens nécelîàires • 
pour le faire efficacement-; les talens parmi eux : 
n’étoient pas rares , mais ils n’étoient pas allés 
cultivés jleur zèle droit ardent, il étoitpur, mais; 
il n’étoit pas également éclairé. Ayant à com- 
battre l’erreur, l'indocilité, l’irréligion , tou- 
tes les paffions humairflfc, il nous faut des ar— 
mes pour en triompher. Nos armes font nos ; 
Livres, 5c ce font ces Livres que Votre 
MajestL met entre nos mains par l’établif- - 
fement d’une Bibliothèque publique. Ce nou- 
veau fervicerendu à là Religion , ajoute beau- 
coup à tous les autres. Vous u’êtes plus feule- 
ment le Pere de vos Peuplés , vous en êtes de- 
venu l’Apôtre. Dès les premières années de • 
irotre régne vous aviez banni du milieu de* 
nous la raifére par vos largeliès, la chicane par 
vos Ordonnances, l’impiété par vos exemples-; 
il reftoit encore à bannir l’oilivetéjla conapa— 
gne de l’ignorance 8c la mere de tous les vi- 
ces. Vous la proferivés, SI RE,. de vos Etats, 


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des Sciences & Belles-Lettres. ï $7 
'en ouvrant des tréfors de lumières & d’éru- 
dition , où chacun pourra puifcr au gré de Tes 
défirs 6c de Tes befoins. Nous en profiterons 
S I RE, & notre principale attention fera de 
recueillir de nos leétures tout ce qui eft le plus 
capable d’infpirer à vos Sujets les fentimens 
d’amour, de reconnoiflànce &de fidélité qui 
vous font dus à tant-de- titres.- 

Sous des aufpices aufli favorables, fous la 
protection ,& en préfenccd’un Monarque qui 
fait profefllon d’une Philofophie toute Chré- 
tienne, j’entreprends de prouver combien. la 
raifon feule eft infufiri^te à l’homme pour le 
conduire, fi elle n’eft guidée par la Religion. 
Cette matière n’a rien d’étranger aux occupa- 
tions , ni aux Statuts de l’Académie dont j’ai' 
l’honneur d être Membre i Votre M a j es t>é 
en exclut par un Article de fes Réglemens,le 
libertinage de l’elprit , comme le libertinage 
du cœur ; Elle y appelle des Sçavans & des 
Philofophes - , mais des Sçavans qui connoiflènt 
les bornes de la raifon; mais des Philofcphes- 
qui refpcCtent l’autorité de la Foi. 

C’eft donc entrer dans vos vues que de com- 
battre une vaine Philofophie , qui ne peut, ni 
éclairer fûrement nos efprirs , ni régler fixe- 
ment nos mœurs. Je cônfulre d’abord la raifon, 
qui eft le plus glorieux appanage de l’homme ; 
j’en reconnois les prérogatives , j’en rclpeCte. 

Kf ij, 




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J'S 8 Mémoires de Ik Société ICojulè 
lès droits ; mais comme les autres dons de la^ 
nature, la raifon humaine a fes bornes; on 
fçait que fes opérations dépendent beaucoup 
des impreffions qye tous les objets font fur 
elle, Sc des rapports que lui font les fens; or 
l’impreffïon des objets extérieurs & le témoi- 
gnage de nos lèns font fu jets à bien des mé-- 
prifes & n’occafionncnt que trop fouvenr de 
dangereufes illufions: Nous avons donc be- 
foin d’un guide plus lur pour rrous conduire 
dans les fenriers delà vérité, & fur-tout pour, 
bous élever, à lâ connoiflànce de ces vérités- 
fublimes qnc l’œil d^l’homme n’a point vû , . 
que fes oreilles n’ont point entendu. Sc qüe~ 
fon cfprit ne peut comprendre. . 

D’ailleurs dans la plupart des Sciences , dès 
Sciences mêmes les plus proportionnées à nos • 
lumières naturelles , il eft peu de principes gé- 
néraux qui foienr démonrrés; & parmi ceux 
qu’otv-donne pour , tels , combien font révo- 
qués en doute î Ce qui paroît évidence aux 
uns, ne paroît ‘aux autres qu opinion. Enfin- 
quoique le vrai feu! foie l^bicc de notre intel- 
ligence & que notre railbn fe porte naturelle- - 
ment à le rechercher , elle eft fouvent entraî- 
née dans l’erreur, ou par dés partions qui la 
troublent, ou par des préventions qui l’avcu- 
glènt ; une erreur qui eft utile , une erreur 
qu’on aune, ccffe. d’êcrc une erreur ,.ou. du 


dès Sciences Çj Belles-Lettre * . iJTf 

•moins celle de le paroître à des yeux foibles 
ou prévenus. L’cfprit Canonifê bien-tot ce qui 
a furpris l’afFetStion du cœur; on approuve fa- 
cilement ce qui plaît beaucoup,' & on étouffe' 
fouventfes lumières pour contenter fès incüf- 
nations. • 

Il me feroit aifé , Mes sieurs, de vous ; 
faire voir en détail, que ces maximes*rrouvent 
leur application dans les différentes routes * 
, qu’on prend pour découvrir la vérité: Mais - 
^ pour peu que nous rentrions en nous-même,' 
ou que nous réfléchiflîons fur les égaremens « 
d’autrui, nous nous appercevro'ns bien-TÔC&~ 
des bornes ôc des écarts de la raifon humaine, . 
quand elle cft abandonnée à fes feules lumié- - 
res. 

S’il n’eft encore prefqueriendé certain da^s • 
la plupart des Sciences; fi dans la Phyfique^ 
nous n’avons guéres que des vrai-fcmblances ■ 
& des conjectures ; fi le Mécanifme de la na- 
ture cft' encore pour nous un labyrinthe im- 
pénétrable; fi le Philofôphe le plus éclairé ne 
peur encore difeerner l’efTènce & les proprié- - 
tés de la madère, nous aflîgner avec ceirini- 
de la véritable caufc da flux & du reflux de la = 
Mer, nous découvrir l’origine de la végéta- 
tion des Plantes, nous dire préeifêmcnt ce que • 
c’eft que le principe des fenfations , ou l’infc- 
tin& dans les animaux j fi l’homme cft pour 


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< 


i f o Mémoires de la Société Royale 
lui-même un myftére incompréhenfible ; s’il 
ignore ce qui fe paife dans la partie la plus 
intime de ion Être ; comment s’y forme la 
penict* ; comment s’y excitent les fentimens ; 
comment la mémoire s’y prend pour produire 
Tes idées ; quelieflort l’ame met en jeu pour- 
mouvoir les difFcrcns membres d’un corps qui 
lui cil uni ; en vérité une raiion fi bornée dans - 
les choies même qui. font le pjus à fa portée , 
pourra-ellc par fes forces feules s’élever juf-- 
qu’à l’Être Suprême? Ofera-r-clle fonder les- 
profondeurs de l’Èternel? Expliquer la nature-' 
de fon ciience &c la manière de ion exifttnee? -' 
Déterminer’ l’efpécc de ailte le pjus piopor- - 
tionné à l’homme,. & qui convient le mieux 
à la Divinité , foumettre enfin à fon examen , 
ou l’œconomie de faGrace,ou la conduite de 
{a Providence? 

Quoi, pourrions-nous dire aux plus grands» . 
Pliilolophes de la terre , tous les efforts de vo- - 
tre raifon , toutes les rc/pourtes dé votre Phi- 
loiophie- n’ont p,u jufqu a préfent vous ame-' 
ncr au pointde nous rendre un compte bien 
exaél de l’organifâtion des pju$ vils infcc--, 
tes; vous craignés de donner trop aux ani-- 
maux en les élevant an rang des elp.rits, ou 
de ne pas leur donner ailes en les réduiiânt : 
à de pures machines ; un grain de fable vous > J 

arrête-, .un atome eft pour vous un écueil où . ^ 

* / 


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des • Sciences & Belles-Lettres. 19. T' 
va'échoiicr toute l’adtiviréde votre intelligent* 
ce ; vous, n’avés encore pu parvenir à nous dé- 
cider Il la plus petite portion de matière qiiit 
ne fe détruit point en fe divifant, cft,oun’eft 
pas diviiible à l’infini; vous voyés chaque jour* 
éclorre des fleurs & naître des fruits dont l'é- 
clat vous charme, & dont le goût vous fatis-- 
fait, fans que vous puiflîcs expliquer d’où vien- 
nent aux ânes ces couleurs differentes , & ce 
qui occafiormc par le moyen des autres cc goâf- 
délicieux; de tout ce qui fe fait fur la-terre & 
fous vos yeux, vous ignorés la caufe, la ma- 
nière , le comment, le pourquoi ;& vous vou— 
lés de l’évidence par-tout en faic de Religion, . 
& vous vous choqués de trouver de l’obfcu- - 
rité dans les.chofcs furnaturelles,& vous vous- 
révoltés contre les myftéres que vous propofe 
la révélation ; vous ne voulés les croire que 
lorfqu’on aura fçu vous les faire comprendre; . 
vous vous récriés contre le joug.de l’autoûté 
Divine qui vous les certifie ; vous vous raillés 
de notre foumilfion ; vous nous donnés des 
régies de raifonnemervt & des leçons de con- 
duite ; ah! commencés par vous connoître, 8 c 
quand vous y aurés réülfi , nous ferons difpo— 
fés à vous écouter. 

En vain , pour accréditer vos fentimens par- 
ticuliers, appellerés-vous à votre fccours le fuf— 
frage de tous les Philofophes qui vous ont pré-» - 



* 


I 


! 


? 


!• 


i 


jCfèintires de là Seeie’té Royale 
cédé :|Qa’ont-ils dit, ces grands hommes, dont 
l’Hiftoirc nous a confervé les noms, 6c dont 
les écrits h vantés ont faitl’admrrarion de tous 
lés fîéclcs: l’entends l’un , qui après avoir étu- 
dié route u vie, m’afj ure pofitivement qu’il 
ne fçait rien •, l’autre croit qu’on ne peut rien 
Ravoir, & doute de tout - , celui-ci veut qu’on 
cherche la félicité dans les feuls pjaifîrs de l’ef- 
prit ; celui-là ne la fait confifter que dans la 
làtisfaélion des -fens j l’homme n’cft pas libre, 
félon quelques-uns , il eff entraîné par les loix 
invariables du deftin. Le Ch'iifde laSeéte la plus 
célébré, 6c que Pécole regarde comme un O- 
racle , refufe au Créateur une éternité indé- 
pendante, qu’il donne à la- matière, & attri- 
bue à tous les étires des qualités occultés dont 
il ignore la caufe. Platon, le divin Platon, fait 
préfider à tous les phénomènes de la nature un 
aftre dominant , Sc attache à chacun d’eux je 
rit fçâi quelle intelligence particulière pour en 1 
diriger lés mouvemens. Epicure 5c Lucrèce, ^ 
dans les -merveilles dont le Ciel &c la Terre 
offrent le fpeéfaclc , & dans le bel ordre qui 
régne dans l’Uhivers, méconnoiffènt l’ouvra- 
ge d’une Providence univétfelle, &n’y voyent" 
que les effets d’un hafardàveugle, qu’une com-- 
binaifon fortuite d’atômes, exiftans fins Au- 
teur, mus fans Moteur, Auteurs 6c Moteurs ■ 
de toute la nature. 


Ofecés- 


des Sciences & Ê elles- Lettres '. î j ) 

Oferés-vous me citer un Socrate, un Ca- 
ton , un Sénéque ? Ignoreriés-vous que ces pré- 
tendus Sages , fans être les partifans de l’idolâ- 
trie, en furent les efclaves ? Qu’ils faillérent 
en fecreC les Divinités qu’ils adoroient en pu- 
blic , & que leur principe favori étoit qu’il fal- 
loit accommoder fa Religion à celle de la mul- 
titude, condamner un culte s’il étoit mauvais, 
mais le pratiquer s’il eft général ; «S c lacrificc 
avec fes Concitoyens, non -pas pour plaire à 
des Dieux qu’on ne croit pas , mais pour ne 
pas déplaire aux hommes qu’on craint? Maxi- 
mes odieufes qui fout bien l'entir combien la 
fagelfe humaine eft aveugle, quand livrée â 
elle-même elle veut parler de Dieu , & qu’il 
n’appartient qu’à cet Être infini de nous ap- 
prendre à le connoîtrc, Stnltet mens qns de 
Deo extra Deum pbilofophatxr. 

Encore fi l’on n’avoit vû que certains Peu- 
ples fauvages donner dans des erreurs fi dés- 
honorantes pour l’humanité , on auroit pu re^ 
jetter la fupcrftition de leur culte fur la grof- 
fiéreté de leur efprit. Comme ils étoienttous 
matériels, il n’étoit pas bien furprenant qu’ils 
n’adoraftènt que la matière. Mais que les Na- 
tions les plus éclairées foient tombées dans les 
mêmes égarcmens ; qu’en Egypte on ait ado- . 
ré & des Plantes & des Reptiles ; que dans 
l’Aréopage d’Athéaes & que dans le Sénat d« 
Terne L Ge 


î 94 Mémoires de la Société Royale 
Rome on aie érigé des Autels à des Statues de 
bois & de pierre ; que dans le Lycée, dans le ( 

Portique , lurle Capitole, on ait proftitué Ton 
encens àdes hommes connus par leurs brigan- 
dages & fameux par leurs débauches \ qu’en un 
mot, les erreurs les plus palpables , les opi- 
nions les plus nlorfftrileufes, ayent trouvé dés 
Seétateurs& des Partifans chez les Peuples les 
plus cultivés 6c les plus polis -, voilà de quoi 
déconcerter la Philofôphie <k confondre l’or- 
gueil. 

La Providence la permis pour faire connoî- 
tre à l’homme fa foibleflè» pour le convain- 
cre de fon ignorance, pour le préparer en quel- 
que manière à la foumiflîon de la Foi, par la 
trifte épreuve qu’il a fait de Ion infuffilânee 
pour fe conduire : en un mot, pour lui faire 
lentir par fes propres égàremens l’indifpenfa- 
ble nécdîïtéde chercher hors de lui-même des 
lumières fupérieures & une régie certaine peur 
lâilîr le vrai. 

Les fiécles les plus reculés avoient déjafour- 
hi des exemples de cette conduite admirable 
‘de la Divine Providence. Tandis que d’épaifles 
ténèbres couvroient la face de la terre, il cft 
ün Peuple relégué dans un côin du monde » | 

qui perpétue dans Ton fein la conftoilîànce des 
plus lubiimes vérités \ je n’en fuis pas furprisi 
docile à la révélation la plus lunplc» un Iliaé- 




» 


des Sciences & Èeîlei-Lettres, i 57 jf 

JÏte eft mieux inftruit que tous les Sages dé 
la Grèce & de l’Italie j (ur là deftination dé 
. l'homme & fur la nature de Dieu » fa foi lui 
fait connoître plus de vérités, & des vérités* • 
plus intéreflànces que tout le refte de l’Uni- 
Vers n’en à découvert par là voye du raifon- 
hemenr. 

Prodige qui jüfques fdusnds yeux fe renou- 
velle encore tous les jours ; que Ion deman- 
de, par exemple, à nos prétendus efprits forts 
qu’elle eft l’Origine de cette foule de mdux 
'qui affligent l’humanité. Le fidèle le plus bpr- 
hé,qüe la révélation a inftruit de la faute que 
fcommit & de la peine que fubit le premier qeS 
humains, nous découvrira ailèmencla fojircc 
de toutes nos dîfgraces; Mais le Philofoplié qui 
he confulte que la raifon, 8c à qui là raikm 
h'ap prend rien fur là caufe de là déprava- 
tion de la nature 8c de fes fuites füneftes ; 
pourrà -i-t- il expliquer pourquoi fous l'Em- / 

pire d’un Dieu jufte , & auifi bon qu’il cft 
puiffàntj parmi les hommes qu’il à créés, il 
On éft tant de malheureux? 

Qu’on demande pourquoi eri cercé vie tout 
féüffit fouveilt au méchant , 8c que malgré 
fes forfaits il eft comblé d’Horineurs & dé 
tiens i tandis que le jufte gémit orditiaire- 
iftent dans l’obfcurité , & traîne une vie lan- 
guiffànte dans le» fouffrances 8c i’opprefiï on f 

Ggi) 


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i çkj Mémoires de U Société Roy Jilt 

Le fidèle j que la révélation a instruit des châ- 
timens réfervés au crime, Sc des récompen- 
ses allurées à la vertu dans une autre vie > 
n’aura aucune peine à juftifier la fagefiè de > 
la Providence. Mais le Philofophc qui ne 
confulte que la raifon , Se à qui la raifon ne 
montre Sc ne fait efpérer de bonheur & de 
malheur que pour la vie préfente , pourra- 
t-il concilier avec la juftice d’un Dieu, d’un- 
côté la profpcrité confiante dont jouïfiènt 
tant de coupables , les Succès de la perfidie, les 
ris inlolens de l’impiété j Sc de l’autre les mé- 
pris outrageux , les noires calomnies Sc les 
perfécutions cruelles qu’éprouve ici-bas l’in- 
nocence ? 

Qu’on demande d’où vient cette guerre in- 
tcfiine qui s’élève fans celle au dedans de 
l’homme, d’où viennent ces combats intérieurs 
de la chair contre l’efprit,des pcnchans con- 
tre les devoirs, des pallions contre la raifon : 
Non , cette railon réduite à fes feules lumiè- 
res ne pourra jamais répondre d’une manière 
fatisfailânte à ces queftions& à tant d’autres. 
A-t-clle même été capable depuis la création 
du monde, de nous donner un corps de doc- 
trine bien four.enu dans toutes fes parties; tm 
plan de morale bien lié? Eft-il forti de l’ef- 
^rit humain d’n fiftême de Religion qui fut 
à la portée de tous les hommes, qui bien «f- 



êtes Sciences & Belles-Lettres\ ! 97 
forti 8c bien appuyé) n eût à -efiuyer ni la vi* 
ttilfitudedes rems, ni la révolution des e'prits, 
qui fe perpétuât d’âge en âge , de génération 
' en génération avec la même certitude , qui 
renfermât avec clarté 8c fans la moindre coiv 
tradition routes les vérités pratiques , qui 
établît en général tous les principes des mœurs, 
8c montrât à chacun en particulier un précis 
jufte de fes devoirs ? . 

Avoüons-le, Messieurs, un pareil ou- 
vrage eft au-deflus de la fageflc humaine; 8c 
dans les ouvrages les plus lumineux des Phi- 
lofophes du Paganifme on ne peut trouver 
tout au plus que des vérités détachées , que 
des vérités difpcrfées qui ne concourent pas 
à former un rout,ni à donner des régies fuivies 
en matière de culte & de mœurs. 

Ces Philofophes enfin reconnurent la né- 
ceffité d’une révélation pour garantir l'hom- 
me de route erreur, pour le guider vers fa fin, 
de le conduire au fou veraiiV bien. Non , il ri eft 
perfonne , di foi t l’un d’entre eux , qui puijj'e nous 
inftruire infailliblement , Ji Dieu lui-même ne 
dirige Cinftrtiüion ; jamais, continue- t-i 1 , nous 
ne parviendrons a avoir en cette vie des princi- 
pes invariables de conduite ,fi Dieu ne les trace 
de fa main. Attendons, difoir un autre, quit 
mus vienne et en haut un Dotieur nouveau qui 
ntus apprenne tous les devoirs que nous avons 


l$t JMemoires de la Société Royal* 

à remplir envers Dieu & envers les hommes. 

Témoignage qui n’eft pas fufpeéï:, & d’au* 
Çant plus propre à convaincre qu’il eft fondd 
fur la railon même ; elle nous prie fans céda 
qu’elleabcfoin d’une autorité qui la fixe. Pouç 
peu en effet que l’homme s’érudiç , il décou-, 
yre ayz dedans de lui une fourcc univerfellc du 
doutes, d’incertitudes & d’erreurs» tantôt c’cft 
un efprit trop peu étendu pour cnyifager en 
même rems un même objet fqus toutes les fa- 
ces , & qui n’en peut juger que félon les af- 
peds difrérens fous lefquels il l’cnvilàge; tan- 
tôt c’eft une imagination trop vive qui fur- 
prend précipitamment de nous des décifions^ 
dont , après un examen plus mûr & plus réflé- 
çhi , on reconnoîtla faufleté } tantôt c’cft una 
humeur qui nous domine , & qui dominant 
çgajement nps opinions, les fait changer au 
gré de lés caprices} tantôt ç’eft la prévention 
ç^ui confeille , c’cft la coutume qui (ervit , 
çcft l’exemple qui féduit , quelquefois c’eft'un 
air de vrai-lenqblance qui perfuade , ou de mer-r 
veilleux qui éblouit, une grande éloquenca 
qui entraîne , ou une myftéricufe obfçurité qui 
çn impofe. 

Ouvrons les Annales du monde , interro r 
geons les Maîtres de toutes les Nations , étu-; 
dions l’Hiftoire de toutes les Sedes, examir 
lions leur paiffance , leur aggrandiflèmenc , 



des Sciences & Bettes-Lettres. 199 
kur décadence & leur chute \ que nous onc- 
çllcs appris? Que font-elles devenues? Un des 
plus grands génies que la terre ait vû,c’eft Arif- 
rote \ dès qu’il parut , il édipfa tous ceux qui 
l’a voient précédé - , bien-tdr les Hpraclites, les 
Démocrites , les Diogénes 3c bien d'autres fu-». 
rent conrraints.de céder la place au Précepteur 
d’Alexandre, qui le fut enluite très long-cea^s 
de prefque tout le genre humain. Delcartdij 
après bien des iiéçles, ola penfer différemment. 
Par la clarté, la {implicite 3c la juftdîè de fa 
méthode, il fit oublier Audace; chacun, le fit 
Carcélien;& pendant ceraans on auroit rougi 
d’être Péripatéticien , à peu près comme cent 
ans auparavant op rougifloit de nç l’être pas. 

Mais les tourbillons de Dcfcartes s'évanoui- 
rent bicn-tôt devant les preuves Géométriques 
de Newton ; aux calculs de çclui-çi , quoique 
préfentés avec tant d’exactitude & de préciûon, 
on oppole déjà des obje&ions infurmontablesi. 
ainfi aux fiftêmes fuccédcnt les hypochéfes , les 
hypothéfêsfont renverfées par des expériences, 
quelquefois les expériences Cç conrredilenc 
louvent ; d’un fait mal obfcrvé , on ne peut rien, 
conclurre de certain pour un fait d’un autre, 
genre , & on ne peut les obier ver cous. 

De là tant de contradictions, tant d’ineer- 
titudes 3c de vaines difpures dans les Ecoles des 
Philofoph.es > chacun prétend, avoir pour foi la 


to o Mémoires de U Société R ojale 

vérité, 6c n’appcrçoitque des erreurs dans fes 
opinions des autres. Tous les raifonnemens 
purement humains, ne portant que fur des 
luppofitions , des inductions , des apparences, 
des cbnjeétures, que deviendroit la Religion 
fi elle n’avoit d’autre fondement , elle qui doit 
être invariable dans fes dogmes & aufli iné- 
branlable que fon objet? Entre les mains des 
fibmmes, elle changeroit aufli facilement ÔC 
aufli fouvent que les opinions de l’Ecole \ elle 
deviendroit l’organe de leurs préjugés & le 
joiiet de leurs caprices. 

Mais quand même on fuppoferoit que quel- 
que efprit fupérieur feroir parvenu par fes ré- 
flexions & à force de raifonnemens à fe faire 

Î >our lui-même un plan fuivi de religion ; quel- 
e conséquence pourroit-on en tirer pour le 
refte des hommes? Si la nature a favoriféd’un 


génie extraordinaire un petit nombre dames 
privilégiées , combien d’autres n’ont en par- 
tage, ni cette ouverture pour les Sciences, ni 
cet attrait pour le travail ? Combien qu’une 
averfion prefqu’infurmontable pour tout ce 
qui s’appelle étude, éloigne de l’examen, qui 
leroit cependant indifpcnfable pour fe déter- 
miner dans le choix d’une religion? Combien 
qui fans manquer de difpofltions fuflifantes 
pour un pareil ouvrage , manquent.de loilîp 
pour l’entreprendre , & qui en font diftraiw 



des Sciences & Belles-Lettres. loi 
contifiuellemcnt , ou par l’embarras de leurs 
affaires, ou par la multiplicité de leurs befoinsî 
v Ceux fur-tout qui par leur incapacité natu- 
relie font dans l’impoflibilité phyfique de faire 
une pareille difcuflion, ne feroient-ils pas fon- 
dés à le plaindre de la Providence , qui doit 
étendre les foins paternels fur tous les hom- 
mes? Ne pourroicnt-ilspas lui reprocher qu’il 
leur a refufé un fecours abfolument nécellair# 
pour difeerner le culte qu’elle leur demande ? 
Ce n’eft donc pas la voye du raifonnement que 
Dieu a choifî pour nous conduire , puifquc 
cette voye eft d’une pratique évidemment im- 
poflîble à la multitude; puifqu’elle 1ère plus à 
cternifer les difputes parmi les Sçavans, qu’a 
les terminer ; puifqu’clle expoferoit les uns & 
les autres à une infinité d’erreurs, de change- 
mens, de contradictions; puifqu’enfin elle fc- 
roit infuffifante pour réunir tous les mortels 
dans l’unité d’une même croyance. 

Sans doute que l’Être Suprême en nous 
créant, n’a pas prétendu qu’il y eût fur la terre 
autant de Religions différentes qu’il y auroic * 
d’hommes. C'eft cependant ce que nous ver- 
rions fi les raifonnemens humains étoient fur 
ce point la feule loi & la feule régie qu’on dût 
fuivre. Chaque particulier prévenu en faveur 
de fes lumières , ou réelles, ou imaginaires , fc 
feroit à part une croyance qu’il préférerait à 


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\mi Mémoires de U Société Ro yale. 
toutes les autres. On croiroit fc déshonores, 
fi l'on adoptoit des opinions ou des dédiions, 
étrangères ; la Religion étant confiée aux vues 
capricieufes des faibles mortels , Ce fcroit poui 
eux une efpéce de gloire de fe lîngularifer tous, 
les jours par de nouvelles découvertes» & com- 
me 1’opiniàtreté. efl: au fit, naturelle à l’homme 
que la prévention 8ç 1,’orguéil , chacun s’obfti-. 
nant dans fes préjugés , on verroit dans tous, 
les Royaumes, on yerrojt dans toutes les fa- 
milles une diverfité de fentimens , qui en par- , 
tageant les efprits aigriroit enfuite les cœurs. 

Nos frères féparés en.ont fait une expérience 
bientrifte, ils n'ont voulu. reconnoitre pour 
interprète des Ecritures, & pour arbitre des, 
çonteftation» que la raifon feule j l’examen par- 
ticulier de chacun fait leur unique régie - , de 
là ces variations infinies qui font nées avec 
leur Seéte 8c ne finiront qu’avec elle v on les f 
a vu d’abord, chanceians dans leur croyance 8c 
timides dans leurs démarches , s’élever contre 
quelques pratiques qui leur paroiffoicnc peu 
cflèntielles *, encore répondaient - ils de leur 
fourni (lion dès que l’autorité légitime inter- 
yiendroit pout les décider. Devenus enfuite 
plus hardis par les roénagemens qu’on eût pour 
eux , ils firent infenfiblcmenc des changement . 
plus confidérablcs dans la Doétrine ; comme 
Une mauvaife Philofephie les conduifoit, elle 


des Si 'tences & Belles- Lettres. 10} 

leur infpiroit chaque jour des fentimens dik 
férens ; leurs erreurs fe reproduifoienc fous 
mille formes toutes diverfes ; tantôt ils les ca- 
choient fous des exprelîîons radoucies ; tantôt 
ils les laifl'oient tranfpirei par des raifonne- 
mens captieux; les uns devinrent EnthoufiaG 
}cs, & les autres fe firent Tremblcurs ; quel- 
ques-uns pour fe fouftraire au Tribunal qui 
}es condamnoit > aférent difputer le pouvoir 
de les juger ; d’autres s’érigèrent un nouveau 
Tribunal &jugérent ceux qui les avoient con- 
damnés. La plupart carrfommérent leur rébel- 
lion en élevant Autel contre Autel; ceux-ci 
cachèrent leur révolté & la fomentèrent en fil- 
fret; les uns & les autres défefpérans de for- 
mer un fiftème général, biçn prouvé & bien 
lié dans toutes (es parties , donnèrent dans 
des extrémités oppolées, s’ accuférent mutuel- 
lement d’hétérodoxie , s’anathématiféirent ré-, 
çiproquement, & le$ plus, zélés d’entre eux en 
(ont venus jufqu'à adopter, en fait de croyance 
dé de culte, une tolérance univerfclle. Tant il 
eft vrai que l’efprit humain qui ne yeut (c laif* 
fer guider que par une vaine Bhilofophie , erre 
incellamment d’opinion en opinion, rien ne 
peut le fixer; il ne fait qu’échanger fes pré- 
jugés & multiplier (es erreurs; jamais d’accord 

long-rems avec lui , il retombe bien-rôt dans 
{'incertitude & ne peut fe défendre malgré fes 


i o 4 Mémoire s de U Société Royale 

efforts de l’inquiétude & du trouble. 

Le grand Auguftin l’avoit éprouvé ; en proyc 
à fes pallions 8c ne consultant dans fes pre- 
mières années qu’une orgu'éillcufe Phiiofo- 
phie , il cherchoit à dilTiper fes doutes ;dilons 
mieux, à rafîurer fa confcience 8c i. calmer 
fes remords. Je paflois , dit-il , précipitamment 
■d’opinion en opinion, fuivant les différentes 
lueurs de mon efprit préoccupé; tantôt j’étois 
Partifan d’une Seéte, tantôt je me déclaroia 
pour l’autre; pas une que je ne voulut d’a- 
bord embraflcr, pas une que je n abandon- . 
nafle aufli-tôt ; aujourd’hui Manichéen , de- 
main je ne l’étois plus; enfin, dans l’impuif- 
fance où je me voyois de trouver par moi- 
même la vérité, jedevenois Pyrrhonien , ai- 
mant mieux douter de tout & ne rien croire*, 
que de croire fans preuve 8c me décider fans 
principe. Image bien naturelle de ce qui fe 
paflè dans lame de tous ceux qui ne prennent 
confeil que de leur raifon , 8c qui n’ont d’au- 
tres guides que les lumières incertaines d’une 
Philofophie toujours combattue , 8c qui fe 
dément fans ceffe. Comme leur fiftême n’cfl 
point fondé fur des principes infaillibles , ils 
y ajoutent tous les jours, ou en retranchent 
quelque chofc ; pour peu qu’on les preflè , ont 
les force de recevoir ce qu’ils rejettoient , ou 
de rejetter ce qu’ils rccc voient ; ils craignent 



dès Sciences & Belies-Lcttres . , zoj 
•de fubir le joug de la Foi , & ils font le joüec 
■de leur propre inconftance $ leur vie s’écoule 
fans qu’ils Içachent ni ce qu’ils croyenc , ni ce 
qu’ils ne croyent pas. 

Or , dans une matière aufïï importante 
que la Religion , eft - il rien de plus déplo- 
rable que ces contradictions perpétuelles & 
ces variations toujours ramifiantes , fourcede 
trodblc & d’amertume ? Non , dit un homme 
•célébré, il n’eft point de fituation plus défef- 
pérante dans toutes les chofes qui intérelTent 
eflenticllemcnc , que l’état d’incertitude & de 
doute : Que fcra-ce donc li ce doute roule fur 
des vérités capitales? Y a-t-il une Providence , 
n’y en a-t-il point ? L’homme fut-il produit par 
le hafard ? Suis-je créé pour une fin? Dieu eft- 
il mon Perc?Lui fuis-je indifférent? En quoi 
puis- je admirer fa fageffe? Qu’ai-je à efpérer 
de fa bonté? Que dois-je craindre de fa jufti- 
ce? Lame de l’homme eft -elle immortelle? 
Tout finit-il avec le corps ? N’y a-t-il en ce 
monde ni vice, ni vertu? Le fils parricide ÔC 
le fils fournis, auront -ils la même deftinée? 
N’y a-t-il ni peine, ni récompenfe à attendre 
dans une autre vie? Cruelle incertitude ! Au 
milieu de ces agitations effrayantes , de quelle 
refîource peut être la Philofophie humaine? 
Que me dira-t-elle pour me raffurer & pour . 
me calmer ? Après mille & mille réflexions > 


% • 

/ 

1 o S Mémoires âe h Société Royale 

tout te que je pourrai conclurre de plus rai- 
fonnable, c’eft que ma raifon ne m’elt donnée 
que pour me conduire à la Foi, pour m’aider 
à examiner, balancer, difcuter, pefer lafoli- 
dité des preuves qui décident en faveur de la 
révélation: Une fois démontrée, je n’ai d’au- 
tre parti à prendre que de foufcrirc fans balan- 
cer à tous les dogmes qu’elle me pro^olè ; dès- 
lors le raifonnemeht doit ceder à 1 autorité* 
& la parole de Dieu tient lieu de toute preuve. 

Et effectivement fi Dieu a cxigéde la créa- 
ture intelligente & libre, un hommage, des' 
adorations \ n’cft-il pas également & de fa fk- 
gclTe & de la bdnté , de lui révéler le culte , & 
de lui faire connoître cette révélation par un 
moyen lur, facile, a la portée de tout le mon- 
de , en établilfanr fur la terre une autorité tou- 
jours fubfîftarjte & toujours vifiblc, qui par 
uri enfeignement uniforme & autentique,fur 
ch état, fous la direction de fa Providence* 
d’inltruire infailliblement tous les hommes 
tous les jours & pendant tous les fiécles. 

Or ce moyemnous le trouvons dans l’établif- 
fèment de l’Eglifc, qui par une fuccelfion non 
interrompue de Palteuts légitimes, remonte a 
h naillànce du Chriftianifme , & nous atrefte 
l’autenricité delà révélation Divine, dont elle 
cft la Dépofitaire. 

il me fèrok* Missïbitrs, bien facile de 


des Sciences & BelUs-Lef très. lof 

Vous préfcnter dans un détail de faits notoires 
& marqués au Sceau de la T oute-Puiflànce de 
Dieu , la preuve incOriteftdblc d’une vérité fi 
confolaiite; mais une matière fi relevée n’eft. 
pas du reflort d’un Difcours Académique ; Sc 
d ailleurs je craindrois de pdfler les bornes qui 
me font prclcrices. . . 

Je finis par une preitvc morale qui me frap- 
pe, & ]C me perfuade qu’elle a fait la meme 
imprelfion fur vos efprirs > c’eft: l’eitemple d’un 
Prince qui unit aux connoiflànces que donne 
la Philofophie, la docilité quVxige la Foi : Si 
dans le Monarque qui nous gouverne, laRe- 
iigion étoit équivoque, ou fi les lumières é- 
’toient bornées , les .prétendus efprits forts 
fçauroient en tirer avantage 1 , & les incrédules 
pourroient s’en prévaloir; mais l'heureux ac- 
'cord qü’on remarque entre les lumières de fort 
cfprit & les fentimens de fort cœur, entre fes 
principes & là conduite, ne lai fie aucune ref- 
fource à la prévention ni à l’incrédulité. Urt 
Roi Philofophe & un Roi Chrétien , un Mo- 
narque fçavant & un Monarque fidèle; voilà 
le triomphe de la Foi. Après un pareil témoi- 
gnage , il faut croire , ou Te raire, rendre hom- 
inage à la Religion par fon fiknee, ou l’ho- 
'norer par fa foumilïion. 

r 

fin du premier folum* 



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